Der Golem, résurrection d’un chef d’œuvre difficile

La Scène, Opéra, Opéras

Bonn. Oper. 21-II-2010. Eugen d’Albert (1864-1932) : Der Golem, drame musical en trois actes sur un livret de Ferdinand Lion. Mise en scène : Andrea Schwalbach. Décors : Anne Neuser. Costumes : Stephan von Wedel. Lumières : Max Karbe. Mark Morouse/Bernd Valentin, Der Golem ; Alfred Reiter, Rabbi Lœw ; Tansel Akzeybek, Sein Jünger ; Ingeborg Greiner, Lea ; Giorgos Kanaris, Kaiser Rudolf II. ; Mark Rosenthal, 1. Jude ; Sven Bakin, 2. Jude ; Katrin Schyns, Jüdin. Chœur de l’Opéra de Bonn (chef de chœur : Sibylle Wagner). Beethoven Orchester Bonn, direction : Stefan Blunier.

Sortir des sentiers battus et présenter chaque saison au moins un opéra peu connu fait partie du programme de l’Opéra de Bonn depuis bien des années. Ainsi, le public de l’ex-capitale allemande a pu (re-)découvrir récemment des chefs d’œuvres tels que Adriana Leucouvreur, Die Tote Stadt et Krol Roger.

Cette année pourtant, la surprise était grande lorsque le théâtre annonçait la résurrection du Golem, l’un des derniers opéras d’ dont le seul Tiefland apparaît ici et là sur une scène lyrique. Pas un enregistrement n’existe de cette œuvre complètement oubliée que , directeur de l’Opéra de Bonn, compte néanmoins parmi les opéras les plus passionnants du premier XXe siècle. A raison ?

Seul le sujet du Golem est connu. C’est l’histoire du légendaire rabbin Lœw qui se serait créé un être féroce – moitié monstre, moitié homme – pour l’aider dans la lutte contre les excès anti-judaïques à Prague dans la deuxième moitié du XVIe siècle. Chez d’Albert et Ferdinand Lion pourtant – le livret vaguement symboliste est d’une poésie inouïe – le Golem devient homme. La fille adoptive du rabbin lui apprenant à parler, une histoire d’amour aussi douce que dérangeante se développe, quasiment irréelle et se terminant par le suicide des deux amoureux. Pour cela, d’Albert a composé une musique scintillante, rappelant à la fois Strauss et Korngold, le tout agrémenté d’un peu de Puccini et d’un autre peu de Massenet. Mais à vrai dire, cela concerne surtout l’orchestre, les chanteurs s’exprimant souvent dans un éternel parlando. Ce n’est qu’au troisième acte que la sensualité de la musique orchestrale trouve enfin un pendant dans la ligne mélodieuse des protagonistes.

Ainsi, au moins avant l’entracte, ce sont les richesses de l’orchestration qui marquent le plus les esprits – et la prestation magistrale du Beethoven Orchester sous la baguette délicate de son chef . Une performance qui force le respect ! Parmi les chanteurs, la palme revient au formidable remplaçant au pied levé souffrant. Quelques heures ont suffi à ce jeune baryton pour se familiariser avec la partition complexe de d’Albert, chantée et interprétée avec une aisance confondante, Morouse assurant la partie scénique de son rôle. A ses côtés, campe une Léa finement musicale, aux aigus pianos aériens, faisant preuve, de surcroît, d’une justesse sans faille dans plusieurs passages a cappella d’une grande difficulté. Dans le rôle du disciple, fait valoir un beau timbre de ténor lyrique, alors qu’ déçoit dans celui du rabbin Lœw. Doté d’une voix de basse certes de velours, mais mal projetée et bien trop courte pour le rôle, il manque également du charisme nécessaire pour incarner ce caractère à la fois fascinant et déroutant.

Crédits photographiques : (Lea), (Der Golem) / (Der Golem), (Lea), (Rabbi Lœw) © Lilian Szokody

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