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Paul Kletzki, un très grand chef sans tapage médiatique

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Felix Mendelssohn (1809-1847) : Le Songe d’une Nuit d’Été, ouverture op. 21 et musique de scène op. 61. Franz Schubert (1797-1828) : Rosamunde, ouverture et musique de scène D. 797. Adrienne Cole et Eileen McLoughlin, sopranos ; Chœurs de la BBC (Le Songe d’une Nuit d’Été). The Philharmonia Orchestra, direction : Paul Kletzki. 2 CD-R séparés Forgotten Records fr285 et fr295. Pas de code barre. Enregistré les 4 et 5 février et 12 avril 1954 (Le Songe) et les 7 et 9 juillet 1952 (Rosamunde) au Kingsway Hall, Londres. ADD [mono]. Pas de notice. Durée : 41’31 et 44’18.

 

Il nous faut être particulièrement reconnaissant envers Forgotten Records de remettre à l’honneur le très grand chef d’orchestre suisse d’origine polonaise Paul Kletzki (1900-1973) ; son nom polonais s’écrivait en fait Paweł Klecki, tandis que Kletzki en est l’écriture phonétique, telle qu’elle doit se prononcer. Cet homme immensément musicien n’était pas concerné par le vedettariat médiatique si prisé par certains dont nous tairons les noms. Il accomplissait tout simplement son métier en noble artisan, avec la plus haute conscience artistique ; le reste ne l’intéressait guère. Chaque réalisation qu’il nous a léguée en apporte le témoignage le plus éclatant.

Il fut d’abord un artiste sous contrat EMI pour lequel il réalisa dès septembre 1946 quantité de gravures plus remarquables les unes que les autres avec le , le Royal Philharmonic Orchestra, l’Orchestre National de la Radiodiffusion Française, l’Orchestre du Festival de Lucerne et l’Orchestre Philharmonique d’Israël ; puis, après un passage chez Supraphon de 1965 à 1968 pour un cycle Beethoven avec la Philharmonie Tchèque, il clôtura sa carrière discographique en 1969 chez Decca avec des gravures absolument éblouissantes des Symphonies n°5 de Nielsen, n°2 et n°3 de Rachmaninov, d’Une Nuit sur le Mont-Chauve de Moussorgski, de la Symphonie «Mathis der Maler» d’Hindemith et du Concerto pour orchestre de Lutosławski, apothéose d’une existence toute dévouée à la musique.

Lorsque enregistra pour la Columbia anglaise Le Songe d’une Nuit d’Été de et Rosamunde de Schubert au début du microsillon des années 50, il fit œuvre de pionnier. Avant lui, Toscanini avait fait du Scherzo du Songe d’une Nuit d’Été l’un de ses chevaux de bataille, et par après, le maestro italien et d’autres chefs nous gratifiaient de la Marche Nuptiale, de l’Ouverture et parfois de l’Intermezzo et du Nocturne. Pour ce qui est de Rosamunde, on en était réduit à l’Entracte n°3 et le Ballet n°2 qui pouvaient tenir chacun sur une seule face de 78 tours, à condition d’omettre les reprises. Furtwängler avait associé à ces deux pages l’ouverture Die Zauberharfe (La Harpe Enchantée) devenue traditionnellement partie intégrante de Rosamunde.

Kletzki fut le premier à consacrer un disque entier à chacune des musiques de scène de Mendelssohn et Schubert : avec Ferenc Fricsay (Forgotten Records fr211), il fut donc instrumental dans la découverte progressivement «intégrale» du Songe d’une Nuit d’Été et conséquemment ouvrit la voie à des chefs tels que Rafael Kubelík (DGG), Otto Klemperer (EMI), Peter Maag et Rafael Frühbeck de Burgos (Decca). On pourra ergoter sur l’absence des pages relativement courtes telles que les mélodrames intermédiaires, ainsi que la Marche des Elfes et la Marche funèbre (ce qu’il est permis de regretter), et des textes parlés (ce dont nous ne nous plaindrons certainement pas), mais il convient de souligner que Kletzki rétablit les superbes parties chantées, et en fin de compte, en comparaison aux cinq chefs précités, il est le seul à savoir doser et concilier idéalement transparence et consistance sonore sans la moindre lourdeur, ainsi que tempos vifs à l’extrême (flûtes et hautbois dans le Scherzo !) et précision absolue dans cette musique aérienne, féerique, magique. Et la performance est d’autant plus exceptionnelle que même en captation mono, elle est d’une présence et d’une dynamique extraordinaires, heureusement sauvegardées dans ce transfert idéal en CD.

Pour conquérir Vienne, Schubert se lança dans la musique de théâtre dont découla une douzaine d’opéras, Singspiel et autres musiques de scène auxquels il confia toutes ses espérances, depuis Le Pavillon du Diable (1814) jusqu’à Rosamunde, Princesse de Chypre (1823). Il en tira bien peu de satisfactions, et même la musique pour Rosamunde, pourtant délicieuse et fréquemment jouée de nos jours, fut à sa création un échec qui le découragea définitivement du théâtre.

Ici aussi, la réussite de – et du merveilleux Philharmonia londonien ! – est totale, dans une partition qui, si elle est moins exigeante au niveau technique que celle de Mendelssohn, demande néanmoins de la délicatesse et une intense poésie. regravera cette œuvre en stéréo le 29 octobre 1958 avec le Royal Philharmonic Orchestra, mais ce qui fait le prix de cette interprétation-ci, c’est qu’elle est d’un tel charme et d’une telle tendresse que le respect absolu de toutes les petites reprises, loin de lasser, nous comble et nous maintient dans le ravissement ; on peut bien sûr regretter l’absence des parties chantées, mais à l’époque, le microsillon ne pouvait se permettre une intégrale en un seul disque. Voici donc les parties gravées : l’Ouverture (celle, traditionnelle, de La Harpe Enchantée D. 644) ; l’Entracte n°1 en si mineur ; le Ballet n°1 en si mineur (dont la seconde partie andante un poco assai est d’un tendre lyrisme purement schubertien) ; l’admirable Entracte n°3 en si bémol majeur (dont la bouleversante mélodie hantera Schubert au point d’être réutilisée dans l’Andante du Quatuor à cordes n°13 D. 804 et l’Impromptu n°3 D. 935) ; et enfin le lumineux et pétillant Ballet n°2 en sol majeur. Ici également, le transfert en CD de Forgotten Records a su idéalement préserver les qualités sonores de l’enregistrement original, ce qui le rend tout aussi recommandable que celui de Mendelssohn.

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Felix Mendelssohn (1809-1847) : Le Songe d’une Nuit d’Été, ouverture op. 21 et musique de scène op. 61. Franz Schubert (1797-1828) : Rosamunde, ouverture et musique de scène D. 797. Adrienne Cole et Eileen McLoughlin, sopranos ; Chœurs de la BBC (Le Songe d’une Nuit d’Été). The Philharmonia Orchestra, direction : Paul Kletzki. 2 CD-R séparés Forgotten Records fr285 et fr295. Pas de code barre. Enregistré les 4 et 5 février et 12 avril 1954 (Le Songe) et les 7 et 9 juillet 1952 (Rosamunde) au Kingsway Hall, Londres. ADD [mono]. Pas de notice. Durée : 41’31 et 44’18.

 
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