La Scène, Spectacles divers

Les Musiciens de Saint-Julien, la veillée imaginaire

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Paris. Musée d’Orsay, Auditorium. 23-III-2010. Anonyme, Las nossas de la senzilha e del pinsou ; Maurice Ravel (1875-1937) : Janeta ount anirem gardar. Julien Tiersot (1857-1936) : Allons mes jolis bœufs ; Le coucou & l’alouette. Anonyme : C’était une p’tit’jeune fille – Mariez- moi ; Andantino & Bourrée d’Aurore Sand ; Allons au bois ; Marche de l’Anglard ; Tant que j’avais des noisettes ; Bourrée. Frédéric Chopin (1810-1849) : Bourrée. Edmond Lemaigre (1849-1890) : Bourrée ; Villageoise & Bourrée. Emmanuel Chabrier (1841-1894) : Bergère & chasseur & Que les amants ont de la peine. Augusta Holmès (1843-1903) : Les lavandières. Maurice Emmanuel (1862-1938) : Lorsque j’aivions des noisettes. Franz Liszt (1811-1886) : Pastorale extrait de Les années de pèlerinage. Pauline Viardot (1821-1910) : Vieille chanson. Joseph Canteloube (1879-1957) : Brezairola ; Ound’onoren gorda. Françoise Masset, mezzo-soprano ; François-René Duchâble, piano ; Nita Klein, récitante ; Les Musiciens de Saint-Julien : François Lazarevitch, cornemuses, cabrette, chabrette, traverso, chant & direction ; Anne-Lise Foy, vièle à roue & chant ; Basile Brémaud, violon & chant

Conçu par – directeur de l’ensemble Les Musiciens de Saint-Julien –, le projet dénommé La veillée imaginaire rassemble tout un répertoire appartenant au Berry, au Bourbonnais, à l’Auvergne et à l’Ardèche. Ce répertoire n’est pas du répertoire authentiquement rural mais résulte d’un autre regard : celui par lequel la bourgeoisie, certains intellectuels et des artistes se saisissent d’un matériau poético-musical d’origine orale que, par des amendements et des arrangements divers, ils conforment à l’idée qu’ils se font des «paysans» et de leur vie réputée simple.

Ainsi une chanson populaire de Ravel, de Chabrier ou de Canteloube côtoie-t-elle le chant anonyme Tant que j’avais des noisettes ; ainsi une bourrée de Chopin ou une pastorale de Liszt se mêlent-elles à des danses populaires dont l’auteur est encore inconnu. Jusqu’à ce projet, les deux répertoires s’ignoraient : aux instrumentistes savants, la musique écrite ; et aux musiciens de bal «popu» ou aux folkeux, les musiques orales ou «légères» qui leur sont assignées. L’un des mérites de cette Veillée imaginaire est d’entrelacer ces répertoires, tandis que s’annihilent les frontières entre musiques «dignes» et «ignobles» (étymologiquement : non nobles). Enfin, une nouvelle poétique surgit qui ne penche ni du côté d’une naïveté que, de nos jours, on qualifierait d’écologique, ni du côté d’une hiérarchisation des répertoires.

Une fois cet assemblage musical réalisé, il reste à le rendre vivant et touchant. et ses acolytes s’y emploient avec un ineffable bonheur. Aussi à l’aise en Ottavia (cf le récent Couronnement de Poppée créé, janvier passé, par l’ARCAL et mis en scène par ) qu’à offrir, avec limpidité, finesse et profondeur, ces poésies populaires (avec ou sans guillemets), est, au sens le plus accompli du terme, une «diseuse» qui rend sensible chaque mot, y compris en langue occitane. Est-ce utile de dire combien réentendre est un régal ? Dans un répertoire qui ne sollicite pas sa virtuosité mais requiert une collégiale écoute d’autrui, il est toujours un aussi grand musicien. Et, socle de cette Veillée imaginaire, l’ensemble Les Musiciens de Saint-Julien est unique en son genre. Son animateur, François Lazarevitch, possède une qualité rare, cette vie rythmique fondamentale qui, apanage des grands jazzmen, amène le musicien à avoir une infinitésimale avance sur la pulsation. Ainsi mise en mouvement, l’imagination sonore, les arrangements et le jeu instrumental se déploient, avec une enthousiasmante générosité, dans ce travail qui mêle recherche musicologique, préoccupations anthropologiques et pratiques musicales orales.

Ce programme tourne en France, guettez-en le passage près de chez vous. Sinon, retrouvez-le sur un CD tout aussi savoureux (Alpha 528).

Crédit photographique : François Lazarevitch © Les Musiciens de Saint-Julien

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Paris. Musée d’Orsay, Auditorium. 23-III-2010. Anonyme, Las nossas de la senzilha e del pinsou ; Maurice Ravel (1875-1937) : Janeta ount anirem gardar. Julien Tiersot (1857-1936) : Allons mes jolis bœufs ; Le coucou & l’alouette. Anonyme : C’était une p’tit’jeune fille – Mariez- moi ; Andantino & Bourrée d’Aurore Sand ; Allons au bois ; Marche de l’Anglard ; Tant que j’avais des noisettes ; Bourrée. Frédéric Chopin (1810-1849) : Bourrée. Edmond Lemaigre (1849-1890) : Bourrée ; Villageoise & Bourrée. Emmanuel Chabrier (1841-1894) : Bergère & chasseur & Que les amants ont de la peine. Augusta Holmès (1843-1903) : Les lavandières. Maurice Emmanuel (1862-1938) : Lorsque j’aivions des noisettes. Franz Liszt (1811-1886) : Pastorale extrait de Les années de pèlerinage. Pauline Viardot (1821-1910) : Vieille chanson. Joseph Canteloube (1879-1957) : Brezairola ; Ound’onoren gorda. Françoise Masset, mezzo-soprano ; François-René Duchâble, piano ; Nita Klein, récitante ; Les Musiciens de Saint-Julien : François Lazarevitch, cornemuses, cabrette, chabrette, traverso, chant & direction ; Anne-Lise Foy, vièle à roue & chant ; Basile Brémaud, violon & chant

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