Marek Janowski en psychanalyste de Bruckner

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Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°5 en si bémol majeur. Orchestre de la Suisse Romande. Direction : Marek Janowski. 1 CD Pentatone PTC 5186 351. Code barre : 8 27949 03516 6. Enregistré au Victoria Hall de Genève en juillet 2009. Livret de présentation en anglais, allemand et français. Durée : 73’54’’

 

Le régime nazi fort de ses contradictions culturelles (parmi tant d’autres) jugeait les symphonies de Gustav Mahler trop longues pour qu’elles justifient des critères de la préférence nationale. On lui préféra donc celles d’ (qui ne sont pas toujours plus concises !). Aujourd’hui, ces considérations imbéciles n’ont plus cours. Et ce n’est certainement pas pour des raisons politiques que chez nous, les symphonies de Mahler ont, pendant de nombreuses années, été préférées à celles de Bruckner. Mystères des goûts et des couleurs. Heureusement, la raison a triomphé et le compositeur autrichien, probablement le plus grand symphoniste de l’histoire de la musique, retrouve la place qui lui est due.

Et particulièrement avec l’ qui, sous la pulsion de son chef titulaire , entreprend l’édition de l’intégrale des symphonies de Bruckner. Ces jours, le troisième volet de cette entreprise nous livre la Symphonie n°5 en Si bémol majeur qui fait suite aux deux précédents enregistrements, la Symphonie n° 9 en ré mineur et la magistrale Symphonie n° 6 en la. On y retrouve un orchestre romand magnifique de précision dans un exercice musical plus complexe que dans ces précédentes conversations avec le compositeur autrichien. En effet, les entrelacs de tonalités orchestrales, les subits changements de tempi, les variations de volume sonore donnent rapidement l’image des difficultés interprétatives de cette œuvre.

Dans sa direction d’orchestre, favorise l’aspect tourmenté de cette composition que Bruckner réalise pendant une période particulièrement douloureuse de son existence. Janowski en fait une introspection quasi psychanalytique où il peint des climats tantôt apaisants, tantôt agités, qui semblent toucher au mal-être et aux questionnements existentiels du compositeur. Exacerbant la moindre dissonance, appuyant le tempo comme un martèlement de l’esprit, il pénètre l’esprit préoccupé de Bruckner pour livrer une musique à l’écoute moins aisée qu’il n’y paraît à premier abord. Comme si la ligne mélodique était toujours remise en cause, comme si les éclats orchestraux cherchaient à libérer un esprit encombrés des maux de la vie, le chef polonais module «son» dans les méandres de cette symphonie pour en sublimer en apothéose dans un feu de cuivres superbe et libérateur.

Au moment où on apprend que Marek Janowski quittera son poste de chef titulaire de l’Orchestre de la Suisse Romande en 2012, soit trois ans avant la fin de son mandat, on ne peut qu’espérer qu’on mettra les bouchées doubles pour que le projet de cette intégrale des symphonies de Bruckner puisse s’accomplir sous sa direction. Indispensable, si l’on veut avoir un jour une intégrale de référence au disque.

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