De l’original Schnittke au (trop) classique Tchaïkovski

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Salle Pleyel. 10-IV-2010. Alfred Schnittke (1934-1998) : Concerto pour violon et orchestre n°4. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie n°5 en mi mineur op. 64. Gidon Kremer, violon. Symphony Orchestra of New Russia, direction : Yuri Bashmet

Symphony Orchestra of New Russia

Ce concert était la première étape d’une tournée européenne qui se poursuivra par Cologne (le 11) et se terminera à Eindhoven (le 13) avec le même et unique programme constitué par le Concerto pour violon n°4 d’ et la Symphonie n°5 de Tchaïkovski. Dédicataire et créateur de l’œuvre en 1984, accompagné alors par le Philharmonique de Berlin et Christoph von Dohnányi, nous promettait une première partie de concert originale avec Schnittke, alors que la seconde partie restait dans le très classique avec Tchaïkovski. Néanmoins l’intérêt subsidiaire était de faire connaissance avec un jeune orchestre fondé en 1990, et dont , un des plus fameux altistes actuels, prit la direction en 2002, devenant ainsi lui-même un peu plus chef et un peu moins altiste.

En regardant le découpage du Concerto pour violon n°4 de Schnittke, avec trois mouvements plutôt lents (Andante, Adagio et Lento) encadrant le seul mouvement vif justement indiqué Vivo, inversion exacte de la forme classique avec son passage lent encadré de mouvements rapides, on aurait pu craindre un risque d’ennui ou d’uniformité, mais l’imagination du compositeur et le talent des interprètes rendit l’écoute assez captivante. Le tout début orchestral de l’œuvre, aux belles sonorités fort bien rendues par les instrumentistes, était digne de l’introduction des plus belles œuvres classiques ou romantiques. Mais là n’était point le propos du compositeur, et l’entrée du soliste se fit en rupture brutale avec ce qui précédait, autant dissonante, douloureuse et déchirante que l’introduction avait été paisible et harmonieuse. Ainsi le principe de la lutte entre le soliste et l’orchestre était posé d’emblée, et persistera pendant tout le concerto. Avec comme apogée le jeu purement visuel demandé au violoniste dans les deux cadences des mouvements pairs puisque à chaque fois il devait mimer un effort désespéré pour se faire entendre face à un orchestre de plus en plus écrasant, d’où un archet aphone se débattant cinq centimètres au dessus des cordes. joua parfaitement ce petit jeu d’acteur qui lui était dévolu, mais il impressionna surtout avec un jeu très imaginatif, vivant, contrasté, mettant remarquablement bien en lumière toute la variété d’écriture de cette pièce. Et si on regretta ici ou là que l’orchestre ne soit pas un peu plus expressif, en particulier de la part de l’harmonie, il se montra globalement à la hauteur de la tâche, tant en précision qu’en dynamique et l’entente chef soliste fonctionnait parfaitement.

Le début Andante de la symphonie fut, à l’image du début du concerto, fort beau, avec un son d’orchestre plein, tendu et doux à la fois. Impeccable donc. Mais autant la transition brutale vers quelque chose de complètement différent était plus que justifiée dans le concerto, autant il nous semble que l’Allegro con anima doit s’enchainer sinon sortir organiquement de l’Andante dans une continuité parfaite. Ce que ne choisit pas de faire, lançant l’Allegro comme si l’Andante n’avait jamais existé, changeant radicalement et instantanément tout, tempo, couleur, climat, comme si une nouvelle œuvre commençait ici. Impression d’autant accentuée qu’il ne changea plus d’un pouce le climat de tout ce mouvement, l’exécutant d’une seule traite dans un tempo assez allant, très énergique, mais bien peu varié. Passant du coup, à notre avis, à côté d’une partie de l’intérêt de l’œuvre. C’était clairement plaisant à entendre, mais finalement pas plus. Cohérent avec lui-même le chef conserva cette optique interprétative jusqu’à la fin, évitant toute langueur ou excès de pathos, ce qu’on ne lui reprochera sûrement pas, dirigeant avec précision et sans la moindre sècheresse, pour une lecture vive, directe et enthousiaste, mais un peu premier degré quand même.

L’orchestre est encore jeune, tout comme beaucoup de ses instrumentistes, mais montre déjà une cohésion remarquable, aves des belles sonorités, toutefois assez classiques, ayant quelque peu perdu la spécificité russe d’antan. Peut-être effet de l’origine altiste de son chef, il a montré, sous la baguette de Yuri Bashmet, une certaine prédominance expressive des cordes sur les vents, et un bon pupitre de percussions emmené par un remarquable timbalier. Si cet ensemble ne se démarque pas encore par une forte personnalité sonore, il est déjà d’un excellent niveau qualitatif, comme l’a montré la performance de ce soir.

Crédit photographique : © Yuri Bashmet

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