Artistes, Chanteurs, Opéra, Portraits

Giulietta Simionato (Forli, 12 mai 1910 – Rome, 5 mai 2010)

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Avec la disparition de , l’opéra italien voit s’éteindre l’une des plus impressionnantes voix de mezzo-soprano. Celle qui disait d’elle-même d’avoir «toujours été une bête de la musique» allait fêter son centième anniversaire dans quelques jours

En décembre 1963, j’étais en voyage d’affaires à Milan. Le désœuvrement d’un soir amène mes pas devant le mythique palais de La Scala. J’entre et acquiers un billet pour la représentation du soir. Mon ignorance des choses d’alors ne m’a pas interpellé un seul instant de la chance exceptionnelle d’obtenir une place dans ce temple de l’art lyrique. Ma méconnaissance de l’opéra et de ses interprètes du moment ne m’a non plus pas fait réaliser que j’allais assister à un moment rare.

L’affiche annonçait deux opéras dans la même soirée. D’abord L’Amico Fritz de Pietro Mascagni dans lequel une jeune soprano du nom de Mirella Freni faisait ses débuts à La Scala. Puis Cavalleria Rusticana avec le Turridu de Franco Corelli et la Santuzza de . L’orchestre de La Scala sous les ordres de la baguette de Gianandrea Gavazzeni.

Si j’avoue alors n’avoir pas tout compris à l’intrigue du premier opéra donné ce soir-là, le second m’a envahi d’un choc musical dont les années n’ont pas effacé l’intensité. D’abord par la luminosité de la voix de Franco Corelli qui, à rideau encore fermé, envoie sa romance qui pénètre et remplit la salle comme par enchantement. Lorsque le rideau se lève, et qu’il apparait, magnifique et apollonien, le public l’ovationne à tout rompre. Plus habitué que j’étais dans ces années aux concerts de jazz qu’à l’opéra, jamais je n’avais vu et entendu aucun Louis Armstrong, Sidney Béchet ou autre Colleman Hawkins recevoir de tels applaudissements. Déjà comblé par l’émotion de ces premiers accents, je devais encore être submergé par ceux de Giulietta Simionato dont la voix puissante comme un coup de canon me transperçait. Jamais je n’avais entendu une autorité vocale aussi évidente. Jamais je n’avais ressenti une vocalité aussi juste, aussi puissante, aussi théâtralement colorée. Devant cette voix d’airain, le vilain décor de carton-pâte disparaissait pour laisser place à l’actrice qui occupait toute la scène sans même que ses gestes soient démesurés. Elle ne chantait plus, elle parlait. Directement aux émotions. On vivait sa douleur dans son chant extatique. Je me souviens d’avoir été incapable d’applaudir son «Voi lo sapete, o mamma» tant j’étais ému de sa douleur. Ce n’était pourtant que le début de mes émotions, quand Giulietta Santuzza-Simionato, à terre, implore Franco Turridu-Corelli de ne pas l’abandonner et, accrochée à sa jambe se laisse traîner par son amant qui lui échappe. Une image insoutenable bientôt relayée par sa terrifiante malédiction «A te la mala Pasqua, spergiuro !». Comment oublier la ferveur qui habitait cette voix unique ?

En réécoutant aujourd’hui le document sonore heureusement conservé au disque (Opera d’Oro OPD 1448) de cette soirée, je ne peux que regretter la disparition d’artistes de la dimension de Giulietta Simionato et combien elle va manquer à l’opéra italien.

On savait Giulietta Simionato habitée d’un jugement sans compromis, et les journalistes ne manquaient jamais de lui demander son avis au sortir des premières de La Scala auxquelles elle ne manquait jamais d’assister. Ainsi, au sortir d’une représentation de La Traviata on lui demandait comment elle avait «trouvé» la Traviata. Elle répondit sans hésiter : «On ne trouve pas La Traviata, on est la Traviata !»

Pour revivre quelques-uns des moments de cette mezzo-soprano qui aura marqué l’opéra italien de ses plus beaux moments, un admirateur argentin a réuni quelques vidéos de Giulietta Simionato à ne pas manquer. En particulier, une répétition avec piano (Leone Magiera) de la formidable scène de la rupture de «ma» Cavalleria Rusticana.

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