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Avalanche russe au Festival de musique de Dresde

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Crédits photographiques : Semperoper Dreden © DR ; Kulturpalaast © DR ; Murray Perahia © Sony Classical ; Manfred Honeck © Jason Cohn ; Misha Maisky © Alix Laveau

En dehors des incontournables Bayreuth et Munich, les festivals de musique allemands restent encore une terre à découvrir pour la plupart des mélomanes francophones. Pays éminemment musical, l’Allemagne est un véritable vivier de festivals : des petites manifestations aux gros évènements incontournables. Le mois de mai voit traditionnellement les regards se tourner vers le Festival de Dresde dont le bouillant directeur, le violoncelliste , fourmille d’idées brillantes. Le festival 2010 accueillait l’Assemblée générale des International Classical Music Awards (ICMA).

Ville de musique, liée à tant de compositeurs, Dresde accueille un festival musical depuis 1978. En pleine amorce de l’agonie des régimes communistes, le gouvernement de la RDA décida d’organiser, chaque année, un festival de musique dans la capitale saxonne. La manifestation s’impose rapidement comme un événement majeur et elle est marquée par la venue d’artistes et d’orchestres légendaires : Herbert von Karajan, Claudio Abbado, l’Orchestre de La Scala de Milan, le New York Philharmonic…La chute du mur de Berlin amène une nouvelle dimension au festival qui s’ouvre à l’Europe et aux influences.

Depuis l’année dernière, est l’intendant du Festival et il continue de lui faire explorer de nouveaux horizons. Le thème de l’année 2010 est : la Russie. Cette Russie est déclinée en près de quarante concerts étalés sur trois belles semaines. L’affiche donne le vertige par le prestige de ses invités, la rareté des répertoires (une symphonie de Taneïev ! ) mais aussi par sa volonté d’intégrer toute la population avec un concert gratuit en plein air mais surtout avec un projet pédagogique : l’Oiseau de feu dansé par des enfants et adolescents de Dresde sur une chorégraphie de Royston Maldoom. Connu pour son travail autour du Sacre du printemps avec et l’orchestre philharmonique de Berlin, le chorégraphe s’est lancé dans l’aventure du premier ballet de Stravinsky.

L’incroyable réussite de ce projet ne réside pas tant dans le fait de mettre des jeunes sur scène mais de proposer un spectacle de niveau professionnel avec des jeunes absolument profanes en matière de danse ! Dans l’immense enceinte du palais des expositions de Dresde et devant près de 2000 personnes, l’orchestre de la radio de Leipzig (MDR Sinfonieorchester), le chef Karl-Heinz Steffens et les enfants offrent une lecture réjouissante et dynamique du ballet introduit par Une nuit sur le mont chauve de Moussorgski. Assez proche du livret, le chorégraphe sait organiser des mouvements de masses qui parviennent à saisir l’éclat et l’énergie du ballet. Le public absolument enchanté réserve de très longues minutes d’ovation à ce spectacle hors normes.

Changement d’ambiance le lendemain avec un programme intégralement russe donné dans le cadre réfrigérant du Kulturpalast de Dresde, sorte de salle très typique de l’esthétique néo-moderniste de la RDA ! L’affiche devait confronter l’, l’autre orchestre permanent de la ville, avec le légendaire Gennadi Rozhdestvensky. Pas de chance, le chef a annulé ses prestations, entraînant avec lui la défection de son fils au violon et de l’altiste . Le concert fut tout de même sauvé par le jeune chef que l’on avait entendu, avec succès, à Bruxelles en début de saison. Le programme opposait la suite n°2 de Tchaïkovski et la célèbre symphonie n°5 de Chostakovitch. Las, la prestation globale et surtout la tenue de l’orchestre posaient question. Les suites pour orchestre de Tchaïkovski n’ont guère les honneurs des salles de concerts ! C’est tout à fait logique car, en dépit de quelques jolis passages, elles sont longues, délicates à équilibrer et surtout très difficile à transcender. Le chef s’est prudemment limité à une lecture proprette, solide mais avare de prise de risques, de couleurs et d’énergies. La symphonie n°5 de Chostakovitch était encore plus décevante avec des choix de tempi qui scannaient cruellement les carences de l’orchestre. Il est tout de même triste de constater qu’un orchestre aussi prestigieux que la philharmonie de Dresde, soit si mal en point. Après les mandats illustres d’Herbert Kegel, Günther Herbig, Kurt Masur, le vétéran est-il la bonne personne pour sortir la phalange de sa torpeur ?

Contraste total avec les deux concerts du dimanche joués dans la grande salle étincelante du Semperoper ! En matinée, Murray Perhahia se présentait avec l’Academy of Saint Martin in the Field dans un programme très classique. Si reste un grand artiste, force est de constater que la magie n’opère plus autant qu’avant : quelques raideurs et scories dans les doigts et une certaine absence de vécu et de transparence limitent l’impact du concerto n°23 de Mozart et le concerto BWV 1058 de Bach. C’est curieusement dans la symphonie n°92 Oxford de Haydn, dirigée par le pianiste, que l’orchestre se trouve à son meilleur. Certes, il existe des interprétations plus mordantes et plus contrastées, mais l’élégance toute classique et la conduite des mouvements s’avèrent autant excellentes qu’inspirées.

Dans le cadre de sa tournée printanière en Europe, l’orchestre de Pittsburgh et son chef Manfred Honeck faisaient escale au Semperoper. Après un concerto de Schumann joué par Jan Vogler dans une optique plutôt puissamment romantique, l’orchestre, en grande formation, se lançait dans la symphonie n°1 de Gustav Mahler. Viennois de culture, le chef a inculqué à son orchestre le sens de la pulsation et surtout de la respiration si caractéristique du son mitteleuropa des symphonies de Mahler. C’est plus viennois que viennois avec un fini orchestral proche de l’idéal. Dans l’acoustique généreuse, chaude et précise du Semperoper, la formation étasunienne fait chauffer à blanc ses pupitres dans un final véritablement explosif. Comme toujours avec les orchestres américains, le spectateur est récompensé par une avalanche de bis : la polka Die Libelle du Johann Strauss (aussi viennoise qu’avec Carlos Kleiber !), le final de la suite du Chevalier à la rose de et une inévitable danse hongroise de Brahms. Le tout se clôt par une standing ovation amplement méritée.

Dernier temps de notre visite du festival, un récital de et de sa fille Lily. On connaît les qualités et les défauts de , capable, quand il est canalisé, d’atteindre des sommets émotionnels mais on regrette souvent ses facilités très «cœur sur la main» auxquelles l’artiste se laisse très souvent aller ! Ce récital nous a fait évoluer sur la frontière entre ces deux aspects. En première partie, l’artiste propose, comme à son habitude, un florilège de pièces courtes russes. En quelques minutes, le violoncelliste sait donner forme à ces miniatures et raconte une histoire généreuse et parfumée. Ce traitement, très sirupeux convient fort peu à la Sonate pour violoncelle et piano Op. 40 de Chostakovitch traversée par un vibrato envahissant et des effets faciles.

En quelques heures, le festival de Dresde offre une palette d’artistes et de concerts caractéristiques des grands festivals internationaux. L’énergie de son directeur Jan Vogler, le brio de ses idées et sa force de persuasion emportent l’adhésion.

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