Ernest Chausson, mélodies de chambre

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Ernest Chausson (1855-1899) : Poème de l’amour et de la mer op. 19, transcription pour piano, quatuor et voix de Franck Villard ; La Chanson perpétuelle op. 37 ; Quatuor à cordes op. 35. Salomé Haller, soprano. Nicolas Kruger, piano. Quatuor Manfred : Marie Béreau, Luigi Vecchioni, violons, Emmanuel Haratyk, alto, Christian Wolff, violoncelle. 1 CD Zig-Zag Territoires. Réf ZZT100402. Code barre 3 760009 292253. Enregistrement réalisé du 27 au 30 octobre 2009 en l’église du Bon Secours, Paris 11e. Livret en français et anglais. Durée : 64’03’’

 

est un compositeur bien oublié des catalogues des disquaires, lui qui est pourtant un maillon important entre César Franck et Claude Debussy dans l’histoire de la musique française du XIXe siècle. Grâces soient donc rendues à la fondation située à Venise, au Palazzetto Bru-Zane qui tente de faire connaitre la musique romantique française en favorisant la diffusion d’œuvres méconnues. Cet oubli s’explique sans doute par un catalogue assez restreint, qui tourne avant tout autour de la musique de chambre et de la mélodie ; on l’aura compris, Chausson est un poète, et un poète exigeant, attiré par les saveurs délicates, par les images rares, par les sons raffinés. A ce titre, il est tout à fait dans la mouvance symboliste et il fréquentait d’ailleurs les milieux artistiques propices aux échanges dans cette même sensibilité ; c’est cette sensibilité qu’ont parfaitement assimilée les interprètes de cet enregistrement.

La transcription opérée par du Poème semble tout à fait légitimée par l’instrumentation de la Chanson perpétuelle et ces deux œuvres encadrent avec bonheur le Quatuor opus 35, dernière composition de Chausson, restée inachevée. La formation piano, quatuor et voix, rare il est vrai, sied remarquablement au propos développé par Maurice Bouchor dans les poèmes regroupés sous les titres La Fleur des Eaux et La Mort de l’Amour ; ceux-ci parlent des amours défuntes avec une retenue poignante, mais confrontent aussi le présent exquisément douloureux avec les senteurs suaves du printemps de la rencontre amoureuse, survenue dans un passé maintenant atrocement lointain.

L’élan passionné et la sensibilité à fleur de peau sont parfaitement rendus par le caractère intimiste de la formation, et la voix de possède le timbre sensuel qui convient à cette sorte d’atmosphère un peu décadente. La diction est parfaite, suivant sans appuyer les inflexions du texte. Le sentiment extrêmement romantique peut être exprimé par la virtuosité du pianiste ; l’aspect fugitif, presque impressionniste par des bariolages du violon dans l’aigu. Un très bon équilibre des nuances met en relief les mélodies de chacun des partenaires. Un interlude à l’instrumentation dépouillée amène tout naturellement La Mort de l’Amour. Autant La Fleur de l’Amour exprime la violence de la passion, autant ce poème-là exprime la désolation ; la transcription adhère d’une manière dépouillée à la scansion poétique en tercets : « Le temps des lilas et le temps des roses / Avec notre amour est mort à jamais ».

Ecrite par Charles Cros, La Chanson perpétuelle développe en fait les mêmes idées poétiques, mais on dirait que la désillusion est plus grande encore : les interprètes servent au plus juste l’écriture extrêmement sobre de Chausson et dévoilent ainsi le raffinement de l’harmonie de ce musicien original.

Le Quatuor resta inachevé à cause d’une mortelle chute de bicyclette… Et c’est Vincent d’Indy qui termina le troisième mouvement d’une œuvre qui devait sans doute en comporter quatre. On retrouve dans ce dernier opus les mêmes élans passionnés que dans les pièces avec voix, et des surprises harmoniques qui confirment l’originalité du compositeur. Les deux premières parties sont souvent écrites comme une sorte d’épure, et on éprouve le sentiment que Chausson a voulu rejoindre la lignée des grands compositeurs de musique de chambre, lui qui écrivait au dédicataire : « Je crains que cela ne ressorte un peu de Beethoven ».

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