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Gautier Capuçon dans un Don Quichotte très expressif

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Luxembourg, Philharmonie. 12-VI-2010. Franz Schubert (1797-1828) : Rosamunde Princesse de Chypre, ouverture op. 26 D797 (D 644) ; Symphonie n°8 en si mineur « Inachevée » D759. Richard Strauss (1864-1949) : Don Quichotte op. 35 TrV184 ; Gautier Capuçon, violoncelle ; IIan Schneider, alto. Orchestre Philharmonique du Luxembourg, direction : Emmanuel Krivine

Comme à son habitude, dirigea d’une main tout en souplesse et légèreté son orchestre dans l’ouverture de Rosamunde de , l’amenant avec adresse au meilleur de lui-même. On est toujours en admiration devant la finesse de ses codes de communication, les petits signes de tête, le doigt sur la bouche, la précision du regard, exprimant le caractère sombre de l’Andantino initial puis le trouble et enfin l’aspect dansant de l’Allegro avec beaucoup de sensibilité et d’élégance. Ce fut d’une grande beauté. Avec la Symphonie inachevée, le chef et son orchestre transmirent avec une grande pureté, tout l’aspect dramatique, toute l’émotion attendue, la tristesse, le lyrisme, l’angoisse ressentie certainement par Schubert pendant sa création. Il avait en effet contracté cette année-là une grave maladie, sans doute la syphilis, et vivait une période sombre et pleine d’anxiété. Une magnifique interprétation. Certains musicologues ayant considéré le premier entracte de Rosamunde comme la véritable finale de cette symphonie, on aurait aimé entendre cette pièce à la suite de la symphonie, comme si elle en était le troisième mouvement.

Don Quichotte est non seulement la transcription musicale de la célèbre œuvre littéraire espagnole mais certainement aussi du vécu émotionnel de . Celui-ci ayant été très touché par la maladie mentale de sa mère et l’attitude tyrannique de son père, a réussi à créer un poème musical illustrant merveilleusement le combat contre la démence. Nous avons assisté à une interprétation de haut niveau tout en relief et sensibilité, le chef, le violoncelliste et les différentes personnalités données aux instruments protagonistes étant en superbe interaction. par les expressions de son visage, par ses coups d’archets passionnés, tantôt tendres, tantôt fougueux, devint l’acteur talentueux d’un Don Quichotte sublime envahi par la folie délirante, amoureux attendrissant d’une adorable Dulcinée, combattant endiablé et grotesque, accompagné d’un Sancho Pancha certes rustre mais fidèle, sensé, modérateur et protecteur. Nous avons assisté à des scènes à la fois pathétiques, cocasses et touchantes. La mort tragi-comique du héros s’achevant dans un dernier soupir du violoncelle fut à l’image de l’œuvre, à la fois dramatique, émouvante et burlesque. Un grand moment musical. Une œuvre au caractère fantastique pour une soirée fantastique.

Crédit photographique : © Julien Mignot

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Luxembourg, Philharmonie. 12-VI-2010. Franz Schubert (1797-1828) : Rosamunde Princesse de Chypre, ouverture op. 26 D797 (D 644) ; Symphonie n°8 en si mineur « Inachevée » D759. Richard Strauss (1864-1949) : Don Quichotte op. 35 TrV184 ; Gautier Capuçon, violoncelle ; IIan Schneider, alto. Orchestre Philharmonique du Luxembourg, direction : Emmanuel Krivine

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