Concerts, La Scène, Musique symphonique

Soirée symphonique de bon goût à l’Opéra Bastille

Plus de détails

Paris. Opéra-Bastille. 12-VI-2010. Anton Webern (1883-1945) : Passacaille pour orchestre op. 1. Robert Schumann (1810-1856) : Concerto pour violoncelle et orchestre en la mineur op. 129. Johannes Brahms (1833-1897) : Symphonie n°4 en mi mineur op. 98. Mischa Maisky, violoncelle. Orchestre de l’Opéra National de Paris, direction  : Philippe Jordan

Joli programme construit autour de la variation puisque commençant et se concluant par une passacaille, avec en son cœur le très romantique mais pas si virtuose Concerto pour violoncelle de Schumann, voilà ce qui attendait les spectateurs venus nombreux en ce samedi soir de juin à l’opéra Bastille. L’orchestre habituellement locataire de la fosse était pour l’occasion monté sur le podium, conduit par son chef en titre, accompagné par le violoncelliste .

Opus 1 de Webern, la Passacaille pour orchestre ne porte évidemment pas encore en elle la révolution que la seconde école de Vienne donna à l’histoire de la musique, elle est plus classique, même si elle fait appel à un orchestre bien fourni issu des romantiques du XIXe siècle. Elle commence par une série de pizz certes marqués ppp qui furent ce soir un peu trop confidentiels pour être déjà expressifs et donna l’impression que l’œuvre commençait sur l’entrée du thème et non dès le premier accord. Et ne respectait pas à la lettre le pppp qui viendra plus tard et qui du coup, sonnait plus fort que le triple piano initial. Néanmoins, si on oubli ces petits détails de comptable, il faut reconnaître que le chef a essayé et plutôt réussi à donner toute sa fluidité à cette succession de variations qui s’enchainent sans la moindre rupture, gonflant en trois vagues du ppp initial au ppp final, réussissant remarquablement la dernière vague fff, sommet expressif de l’œuvre. Sa direction resta toujours assez distinguée, comme vêtue de la tenue de soirée que certaines spectatrices avaient le bon gout de porter ce soir, sans toutefois oser pousser le registre expressif vers plus de tension ou d’hédonisme. La clarté et la limpidité de la direction n’allait pas non plus vers une fusion des plans sonores qui aurait donner plus d’impact ici ou là, au profit d’une précision jamais relâchée.

Avec le Concerto pour violoncelle de Schumann nous allions être confrontés une fois de plus à la difficulté pour l’auditeur d’entrer dans l’œuvre et de se laisser emporter par elle, pour de simples raisons de distance acoustique. A dire vrai nous n’avons jamais entendue une interprétation prenante de cette œuvre dans une grande salle, l’exécution de ce soir n’y fit pas exception. On se prit plus d’une fois l’envie d’être à la place du chef, non pour brasser de l’air, mais pour être au cœur du fleuve musical schumanien, alors que de notre siège, plutôt bon a priori, nous le voyions s’écouler bien au sec. Il est des œuvres où cette distance acoustique nuit peu, mais pas vraiment celle-ci. Est ce pour cela que la direction du chef nous sembla moins précise et inspirée que dans les deux autres pièces de la soirée, sans doute un peu, mais pas seulement. Evidemment souffrit lui aussi de ce manque de présence sonore. Restait un jeu assez vivant, peut-être pas aussi précis et sobre que chez d’autre, avec des phrasés parfois un peu bousculés mais sans exagération ni contresens. En bis il nous offrit une très lente mais jamais ennuyeuse Sarabande de Bach.

Etait-ce une particularité du public de l’opéra, habitué à applaudir après les airs, ou était-ce la réussite de l’interprétation de et de son orchestre, mais, chose rare ailleurs, les quatre mouvements de la Symphonie n°4 de Brahms furent applaudis chacun leur tour. Il est vrai que chaque fin de mouvement peut inspirer cette spontanéité enthousiaste, et il faut reconnaître que cela avait belle tenue ce soir. Encore une fois propre, sans débordement, sans aussi la force tellurique donnée par l’assise sonore à l’allemande basée sur des contrebasses un peu discrètes ce soir, la direction de avançait bien. Et si, ici ou là, certains phrasés auraient pu être plus simples (tel le solo de flûte dans le final inutilement appuyé), il fallait chercher, comme dans la Passacaille introductive, la réussite dans la rigueur et la précision d’une direction globalement de bon gout et cohérente d’un bout à l’autre, et dans la remarquable qualité de la prestation de l’orchestre.

Crédit photographique : Philippe Jordan © Johannes Ifkovitz

Plus de détails

Paris. Opéra-Bastille. 12-VI-2010. Anton Webern (1883-1945) : Passacaille pour orchestre op. 1. Robert Schumann (1810-1856) : Concerto pour violoncelle et orchestre en la mineur op. 129. Johannes Brahms (1833-1897) : Symphonie n°4 en mi mineur op. 98. Mischa Maisky, violoncelle. Orchestre de l’Opéra National de Paris, direction  : Philippe Jordan

Mots-clefs de cet article

Banniere-ClefsResmu-ok

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.