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Mirandolina de Bohuslav Martinů, gaieté sans partage

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Bobigny. MC 93. 24-VI-2010. Bohuslav Martinů (1891-1959) : Mirandolina, opéra en trois actes sur un livret du compositeur d’après La Locandiera de Carlo Goldoni. Mise en scène : Stephen Taylor. Décors : Laurent Peduzzi. Costumes : Nathalie Prats. Lumières : Christian Pinaud. Avec : Olivia Doray, Mirandolina ; Alexandre Duhamel, le Chevalier ; Vincent Delhoume, le Comte ; Damien Pass, le Marquis ; Stanislas de Barbeyrac, Fabrizio ; Carol Garcia, Hortenzia ; Aude Extremo, Dejanira ; Manuel Nuñez Camelino, le serviteur du Chevalier. Orchestre-Atelier Ostinato, direction : Marius Stieghorst.

L’Atelier Lyrique de Bastille et l’ sont de belles entreprises dont le but est de former de jeunes solistes à l’art lyrique. En cette fin d’année, ils joignent leurs forces pour nous proposer cette production attachante d’une œuvre méconnue de Martinu, Mirandolina, basé sur une des pièces les plus connues de Goldoni, La Locandiera.

L’intrigue de cet opéra posthume repose sur une série de badinages dans une auberge transalpine, d’où le titre de la pièce originale. Comme la révolution sexuelle (et la révolution tout court, d’ailleurs) n’est pas encore passée par là, le spectateur est plongé en pleine guerre des sexes compliquée d’une guerre des classes. Mais rien de bien méchant : s’agissant d’une comédie, on se doute que la gent masculine en prend pour son grade, de même que l’aristocratie triomphante. Les hommes, littéralement envoûtés par l’aubergiste Mirandolina, sont de fait les hochets qu’elle manipule pour se venger d’un pensionnaire misogyne.

La musique néo-classique de sert bien les multiples situations qui en découlent : agréable autant qu’efficace, elle laisse toute leur place aux répliques incisives dont regorge le livret, tout en réservant quelques beaux passages assez inspirés, sans toutefois qu’on tombe en pâmoison. Il est à noter qu’elle est servie par un ensemble, certes jeune, mais qui a su trouver sa sonorité, pleine et riche.

Du point de vue des acteurs, on est frappé par leur assurance vocale, leur parfaite diction ainsi que la grande souplesse de leur jeu de scène. Seul bémol notable, et de taille, le rôle-titre : la chanteuse ne paraît pas toujours très à l’aise, elle cherche visiblement ses marques, quand ses comparses les ont trouvées et cabotinent pour notre plus grand plaisir. Nous citerons à ce titre en particulier le personnage du marquis, interprété par ………, tout bonnement irrésistible dans la peau de cet aristocrate désargenté, plein de la dignité de son rang malgré ses soucis pécuniers.

Les acteurs évoluent dans un espace scénique habilement exploité, où les multiples transformations d’un unique mobile figurent les divers changements de décor, ce qui apporte une touche de poésie dans le parti pris assez réaliste par ailleurs de la mise en scène.

Au final, tout dans cet opéra serait d’une grande légèreté, n’était le personnage ambivalent du Cavaliere, le seul qui témoigne d’une véritable profondeur psychologique, et donc aussi le seul qui donne un peu d’épaisseur dramatique à l’œuvre ; incapable de surmonter ses sentiments tantôt d’attirance, tantôt de répulsion envers les femmes, il est finalement laissé sur le carreau et n’a d’autre option que de prendre la fuite quand arrive le dénouement. Que pouvait-il faire d’autre ? La gaieté qui se dégage de l’ensemble ne pouvait tolérer davantage cette fausse note.

Crédits photographiques : (Mirandolina) ; (le Comte), (le Chevalier) & (le Marquis) © Mirco Magliocca / Opéra national de Paris

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Bobigny. MC 93. 24-VI-2010. Bohuslav Martinů (1891-1959) : Mirandolina, opéra en trois actes sur un livret du compositeur d’après La Locandiera de Carlo Goldoni. Mise en scène : Stephen Taylor. Décors : Laurent Peduzzi. Costumes : Nathalie Prats. Lumières : Christian Pinaud. Avec : Olivia Doray, Mirandolina ; Alexandre Duhamel, le Chevalier ; Vincent Delhoume, le Comte ; Damien Pass, le Marquis ; Stanislas de Barbeyrac, Fabrizio ; Carol Garcia, Hortenzia ; Aude Extremo, Dejanira ; Manuel Nuñez Camelino, le serviteur du Chevalier. Orchestre-Atelier Ostinato, direction : Marius Stieghorst.

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