La Scène, Musique de chambre et récital

Anne-Sophie Mutter – Lambert Orkis, un duo complice et bien rodé

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Paris. Salle Pleyel. 24-VI-2010. Claude Debussy (1862-1918) : Sonate pour violon et piano en sol majeur. Félix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847) : Sonate pour violon et piano en fa majeur. Johannes Brahms (1833-1897) : Sonate pour violon et piano n°3 en ré mineur op. 108. Pablo de Sarasate (1844-1908) : Fantaisie sur des airs de Carmen de Bizet op. 25. Anne-Sophie Mutter, violon ; Lambert Orkis, piano.

Voilà maintenant quelques années qu’ et se sont associés pour jouer ensemble le vaste répertoire pour piano et violon. Sauf erreur de notre part on trouve première trace de leur association dans l’enregistrement DGG d’un récital berlinois de septembre 1995 où, coïncidence, était donnée la sonate de Debussy inscrite au programme de ce soir. Ils ne se sont plus quittés depuis, et c’est donc un duo bien rodé que nous retrouvions en cette chaude soirée de début d’été Salle Pleyel.

Le programme du concert alliait quatre pièces assez variées, qui n’avaient quasiment que leur «raisonnable» durée comme point commun, et même si les sonates de Mendelssohn et de Brahms puisent leur inspiration dans le romantisme germanique, elles sont de facture fort différente. Le concert s’ouvrit par la moins spectaculaire des quatre œuvres du programme «officiel» (nous eûmes en effet droit une ribambelle de bis en fin de soirée) avec la Sonate en sol majeur de Debussy. Abordée avec une relative sobriété, sinon discrétion, par les deux instrumentistes, cette œuvre avait un peu de mal à trouver ses marques et à captiver l’attention. Un peu comme s’il s’agissait d’un round d’échauffement de la part des deux protagonistes. Néanmoins, on pouvait déjà noter une certaine prédominance sonore et expressive du violon sur le piano, caractéristique il est vrai assez habituel de ce duo.

La Sonate en fa majeur de Mendelssohn débute sur le ton d’un final par un Allegro vivace qui produisit sur le public l’irrésistible envie d’applaudir à l’issue de ce seul premier mouvement comme si l’œuvre était déjà finie. «Il y a un deuxième … et un troisième mouvement» annonça alors, avec un sourire amusé, avant d’attaquer, retrouvant aussitôt sa concentration, la suite de la sonate. Le ton y était bien différent du Debussy précédent, avec un panache et une vitalité toute mendelssohnienne que les deux interprètes surent maintenir jusqu’au Assai vivace final. On remarqua par ci par là que la violoniste n’était peut-être plus aussi infaillible que par le passé, en même temps que le pianiste n’essayait pas de lui voler la vedette.

Certains des enregistrements récents d’Anne-Sophie Mutter montraient un style volontiers imaginatif et sophistiqué voire chargé, qui ne plait pas nécessairement à tout le monde par son manque de naturel. C’est bien sûr dans la Sonate pour violon et piano n°3 de Brahms que le risque était le plus grand, et même si nous avons retrouvé le style attendu, il fut plus sobre qu’on pouvait le craindre et cette interprétation globalement solide, avec il est vrai, un pianiste qui s’y est plus vigoureusement engagé qu’ailleurs, et avec raison. Jouant et respirant réellement ensemble, ils purent se permettre certains rubatos qui, du coup, sonnèrent justes et parfaitement dans la continuité du flux musical. S’il y avait un petit reproche à faire il porterait sur un vibrato parfois un peu trop accentué.

Avec la Fantaisie sur des airs de Carmen de Sarasate, nous nous étions dit que le concert se terminait sur un long bis, tant les extraits de cette pièce ont de nombreuses fois servi de bis virtuoses. Il en fut ainsi ce soir aussi, où il fut évident que les interprètes prirent un réel plaisir à jouer cette œuvre. Et comme le public semblait également enchanté, nos deux artistes enchaînèrent avec une évidente complicité bis sur bis, allant de Gershwin à Prévin, en revenant à Brahms avec une inévitable Danse hongroise et à Debussy avec Beau soir.

Crédit photographique : © Harald Hoffmann/DG

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Paris. Salle Pleyel. 24-VI-2010. Claude Debussy (1862-1918) : Sonate pour violon et piano en sol majeur. Félix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847) : Sonate pour violon et piano en fa majeur. Johannes Brahms (1833-1897) : Sonate pour violon et piano n°3 en ré mineur op. 108. Pablo de Sarasate (1844-1908) : Fantaisie sur des airs de Carmen de Bizet op. 25. Anne-Sophie Mutter, violon ; Lambert Orkis, piano.

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