Sir John Barbirolli, le latin dans un jardin anglais

Artistes, Chefs d'orchestre, Musique symphonique, Portraits

John Ireland (1879-1962) : A London overture ; Ralph Vaughan Williams (1872-1958) : symphonie °2 “A London Symphony”, Symphonie n°5 en ré ; Arnold Bax (1883-1953) : The Garden of Fand ; Frederick Delius (1862-1934) : The Walk to the Paradise Garden ; In a Summer Garden ; George Butterworth (1885-1916) : A Shropshire Lad ; Jean Sibelius (1865-1957) : Finlandia, Op. 26 ; Karelia Suite Op. 11, La fille de Pohjola, Valse Triste, The Swan of Tuonela ; Sir Edward Elgar (1857-1934) : Concerto pour violoncelle et orchestre, Op85 ; Introduction et Allegro, Op. 47 ; Sérénade, Op. 20 ; Elegy, Op. 58 ; Sospiri, Op. 70 ; Sea Pictures, Op. 37 ; Symphonie n°1, Op. 55 ; Variations sur un theme original Enigma, Op. 36 ; Johannes Brahms (1833-1897) : Ouverture tragique, Op. 81 ; Symphonie n°3, Op. 90 ; Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°5, Rückert-Lieder ; Claude Debussy (1862-1918) : La Mer ; Maurice Ravel (1875-1937) : Daphnis et Chloé, suite n°2 ; Ma Mère l’Oye-Suite ; Pyotr Ilyich Tchaikovsky (1840-1893) : Sérénade en ut pour cordes, Op. 48 ; Symphonie n°4 en fa mineur, Op. 36 ; Giacomo Puccini (1858-1924) : Madama Butterfly (extraits) ; Hector Berlioz (1803-1869) : Les nuits d’été, Op. 7. André Navarra, violoncelle ; Janet Baker, mezzo-soprano ; Renata Scotto, Butterfly ; Annna di Stasio, Suzuki ; Piero de Palma, Goro ; Ronaldo Panerai, Sharpless ; Giuseppe Morresi, Yamadori. New Philharmonia Orchestra de l’opéra de Rome, Orchestre philharmonique de Vienne, Hallé Orchestra, London Symphony Orchestra, Philharmonia Orchestra, Sinfonia of London, direction : Sir John Barbirolli. 1 coffret de 10 CD EMI. Référence et code barre : 50999 4 57767 24. Enregistré entre 1957 et 1969. Notice de présentation en : anglais, allemand et français. Durée : 12h49

 

Hommage

Le 29 juillet 1970, le chef d’orchestre Sir disparaissait ! À l’occasion des quarante ans de sa mort, il est important de se souvenir d’une des grandes baguettes britanniques du XXe siècle.

Né en 1899 à Londres, Giovanni Barbirolli était d’origine française par sa mère et italienne par son père. La musique était au cœur de la famille : le père et le grand-père de Sir John avaient été membres de l’orchestre de La Scala et avaient joué lors de la création d’Otello !

Dès son plus jeune âge, le garçon fréquente les concerts et commence l’étude du violon, puis du violoncelle. Les débuts sont brillants et le futur chef gravit les échelons : bourses, prix, concerts. Il est remarqué par Henry Wood qui l’engage dans son Queen’s Hall Orchestra. En 1917, il donne son premier récital en solo et s’engage dans l’armée où il a l’occasion de diriger pour la première fois. Sa carrière continue son ascension : l’artiste donne même, en soliste, la deuxième exécution du concerto pour violoncelle d’Elgar avec l’orchestre de Bournemouth. Mais Barbirolli est depuis toujours attiré par la carrière de chef : il fonde (en 1924) le Barbirolli Chamber Orchestra et est nommé chef de la British National Opera Company (1926). Il remplace Thomas Beecham à la tête du LSO (1927) et devient le plus jeune chef à diriger la Royal Philharmonic Society (1929). Suite au concert, de 1927, avec le LSO dans la redoutable symphonie n°2 d’Elgar, le chef signe un contrat d’enregistrement avec EMI. Au programme de ce premier disque : l’Introduction et Allegro d’Elgar. Le succès le poursuit et le chef est engagé au de Manchester et à l’Opéra d’Ecosse.

Mais le tournant de sa carrière va se passer aux USA au milieu des années 1930.

En 1936, le Philharmonique de New York recherche un chef d’orchestre ! Toscanini a quitté la formation pour prendre la tête du NBC Symphony Orchestra dévolu aux programmes radios ; Furtwängler, alors contacté, a refusé de quitter Berlin. L’orchestre choisit une direction multi-céphale et invite Sir à diriger une série de concerts. Le succès est tel que l’orchestre lui demande de devenir chef permanent et dès la saison 1937-1938, l’artiste est aux commandes de la phalange. Les programmes offrent une large part de musique contemporaine et le chef donne les premières mondiales d’œuvres majeures, comme la Sinfonia da requiem de Britten. Pourtant, les relations avec la presse sont tumultueuses. Le chef est souvent attaqué et comparé à Toscanini (ce qui ne joue pas en sa faveur). À la fin de la saison 1942, le chef quitte son poste. Le Los Angeles Philharmonic lui propose de devenir son chef principal, mais l’artiste préfère rentrer dans sa chère Grande-Bretagne !

De retour en Angleterre, Barbirolli, se lie avec le de Manchester. C’est le début d’un mandat de vint-sept ans qui durera jusqu’à la mort du chef. C’est aussi, comme Karajan-Berlin, Bernstein-New York ou Mravinski-Leningrad, l’un des grands tandems de l’histoire du disque avec des centaines de galettes éditées pour EMI, le label auquel le chef voue une belle fidélité. Cet attachement à l’orchestre de Manchester ne l’empêche pas de mener une carrière de chef invité à travers la Grande-Bretagne (LSO, Philharmonia, BBC Symphony Orchestra) et à travers le monde (Berlin Philharmoniker qu’il conduit régulièrement à partir de 1961). En 1960, il reprend goût aux voyages transatlantiques et accepte de succéder à Leopold Stokowski à la tête du Houston Symphony Orchestra ; jusqu’en 1967, le chef se rend au Texas, à raison de douze semaines annuelles.

Barbirolli accorde aussi du temps à une de ses passions : l’opéra. Il dirige à Covent-Garden, mais aussi au Staatsoper de Vienne et à l’Opéra de Rome. Mais fatigué par un corps qu’il n’a pas ménagé, Barbirolli s’éteint presque au pupitre alors qu’il allait entrer en répétition, avec le Philharmonia, en vue d’une tournée au japon.

Le répertoire du chef était des plus vastes même si l’on associe son nom essentiellement aux œuvres anglaises, à Mahler ou Sibelius. Avec le Hallé Orchestra, le chef a enregistré une vaste palette de compositeurs compris entre Corelli et Stravinsky !

Ses interprétations des classiques et surtout de Schubert lui ont valu une grande réputation auprès de ses contemporains.

L’artiste a toujours soutenu la création, essentiellement les partitions de ses compatriotes. De nombreux compositeurs lui en ont été reconnaissants : ainsi Vaughan-Williams lui a dédié ses Symphonies n°7 et n°8. Curieusement, l’image qui nous reste de Barbirolli est celle d’un chef intuitif capable de souffles incroyables en concert mais peu porté sur la précision ! Certains témoignages de concerts (édités chez BBC Legend) donnent une idée des imprécisions et d’un certain relâché orchestral (on pense à une Symphonie n°8 de Bruckner !).

Pourtant, de son vivant, Barbirolli était plutôt apprécié par ses pairs pour son soin et l’attention portée à la préparation des œuvres. Ainsi, pour sa première exécution de la Symphonie n°9 de Mahler, le chef a exigé plus de cinquante heures de répétition, alors qu’il avait entamé près de deux ans auparavant un travail sur l’analyse de la partition et la préparation des matériels ! Un chef comme Adrian Boult respectait et admirait cette méticulosité !

Lors de ses premières années comme chef, Barbirolli fut cantonné à l’accompagnement de concertos. Tous les plus grands solistes de l’époque : Schnabel, Cortot, Rubinstein, Heiftez ont gravé des sessions majeures sous sa conduite pour HMV. Pourtant, ces collaborations occultèrent ses talents de chef symphonique et ce point lui fut reproché lors de ses années new-yorkaises ! si bien que le chef devint très tatillon sur le sujet et n’accepta que tardivement d’accompagner, à nouveau, des solistes pour des enregistrements.

Au disque, pour EMI, le chef nous a laissé des témoignages majeurs des symphonies de Mahler (n°5, n°6 et n°9), une intégrale oubliée mais magistrale des symphonies de Sibelius (avec l’un des plus belles Symphonie n°4 de l’ensemble de la discographie), mais surtout des gravures majeures de pièces d’Elgar, Britten, Bax, Vaughan Williams. De ses compatriotes, Elgar est certainement le plus représenté dans sa discographie. Barbirolli grava à quatre reprises l’Introduction et Allegro pour cordes alors qu’il laisse des versions incontournables du Dream of Gerontius, des Variations Enigma et des symphonies. Le chef était aussi à son aise dans le grand répertoire et il eut la chance de graver les symphonies de Brahms à Vienne bien qu’il fut assez déçu des réactions de l’orchestre à ses interprétations. On lui doit aussi des très beaux témoignages dans la musique française (Berlioz, Ravel, Debussy). Le chef a également laissé des témoignages avec le Hallé orchestra pour l’éditeur Pye Records. BBC Legend, spécialisé dans l’édition de concerts des archives des radios publiques anglaises nous a offert la publication de bandes majeurs montrant le charisme du chef en concert. On peut ainsi relever une Symphonie n°3 de Mahler et un album de musique anglaise centrée sur une lecture incandescente de la Sinfonia da Requiem de Britten.

Dans la fosse, Sir John put laisser des témoignages d’Otello et de Madama Butterfly. EMI lui avait proposé d’enregistrer les Maîtres chanteurs de Nuremberg à Dresde en 1970, mais choqué par l’attitude des Soviétiques à Prague en 1968, l’artiste refusa tout engagement de l’autre côté du Rideau de fer ! Les sessions revinrent à Karajan. EMI avait également planifié un enregistrement de Manon Lescaut de Puccini que le décès du chef de permit pas de concrétiser.

Le legs du chef est bien édité par la filiale anglaise de EMI. Par ailleurs, nombre de ses disques sont des piliers des collections économiques du label anglais. De son côté la société Barbirolli fondée en 1972, édite de nombreux témoignages studios ou de concerts du chef.

Le coffret anniversaire officiel :

EMI publie un beau coffret qui fait au fond une belle introduction à l’art du chef, même si la firme n’a guère pris de risques en recyclant les enregistrements les plus connus de Barbirolli.

On regrette tout de même quelques choix très curieux : les miettes de Sibelius alors que deux belles symphonies auraient eu légitimement une place et les courts extraits de Madama Butterly, version de référence, certes, mais tronqués sans aucun intérêt et compilés en même pas une demie-heure !

Du côté des grands tubes, il y a la symphonie n°5 de Mahler, longtemps considérée comme l’un des sommets de la discographie. Pourtant, au fil des ans, il est légitime de lui trouver un intérêt moindre à cause de certains choix de tempo curieux dont un «Stürmisch bewegt» excessivement lent. La direction plutôt nonchalante du chef anglais convient mieux à la musique française (belles lectures des pièces de Debussy et Ravel) qu’à la musique russe (Tchaïkovski trop gras et peu précis) et germanique (Brahms assez décevants car trop peu fignolés).

C’est la musique anglaise qui présente l’apport incontestable du chef à l’art musical. Sous la baguette à la fois dynamique et narrative les pièces d’Elgar et de Vaughan-Williams brillent de mille feux et explosent en un feu d’artifice coloré et bigarré. En dépit d’un son parfois touffu et peu précis, on n’a rarement entendu mieux !

Un coffret inégal, attachant mais qui offre une belle image d’un chef incontournable de la scène britannique.

Crédit photographique : Sir John Barbirolli © DR

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