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Anne Sofie von Otter & Brad Mehldau, de Brahms à Brel

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Paris, Palais-Garnier. 28-VI-2010. Johann August Söderman (1832-1876) : Serenad ; Jungfrun i Rosengard. Jean Sibelius (1865-1957) : Maj op. 57 n°4  ; Jag är ett träd op. 57 n°5 ; I Systar, I Bröder op. 86 n°6. Gabriel Fauré (1845-1924) : Clair de lune op. 46 n°2  ; Après un rêve op. 7 n°1  ; Nocturne en do dièse mineur op. 74 n°7. Johannes Brahms (1833-1897) : Die Mainacht op. 43 n°2  ; Juchhe ! op. 6 n°4  ; Unbewegte laue Luft op. 57 n°8. Richard Strauss (1864-1949) : Das Rosenband op. 36 n°1  ; Blauer Sommer op. 31 n°1  ; Nichts op. 10 n°2. Brad Mehldau (né en 1970) : Trois pièces op. 6. Chansons de Michel Legrand, John Lennon & Paul McCartney, Barbara, Léo Ferré, etc. Anne Sofie von Otter, mezzo-soprano ; Brad Mehldau, piano

Le Palais Garnier présentait une affiche inédite et prometteuse, réunissant deux sommités, chacun dans sa sphère musicale, à savoir la mezzo-soprano suédoise Anne-Sofi von Otter, et le pianiste de jazz américain . Deux colosses, l’une issu du monde lyrique, l’autre des musiques improvisées, mais tous deux aguerris dans l’exercice du cross-over. En 2001, von Otter signait un disque avec le truculent Elvis Costello, auteur-compositeur-interprète cent pour cent folk-rock, tandis que Mehldau, qui travaille entre autre avec le producteur pop John Brion, se fraye sur la route du classique, lentement mais sûrement, depuis quelques temps déjà. Notons la création de son propre concerto pour piano et orchestre au Théâtre du Châtelet en 2007 (The Brady Brunch Variations) et de la sortie de son dernier disque Highway Rider (Nonesuch/Warner 2010), dont il signe lui-même toutes les orchestrations. Bien avant cela, il faut rappeler que le Carnegie Hall lui commanda deux œuvres pour piano et voix (The Blue Estuaries et The Book of Hours : Love Pœms to God) créées au printemps 2005 par la soprano Renée Fleming, puis enregistré sur l’album Love Sublime, sorti un an plus tard.

Les deux artistes, ayant donné quelques jours plus tôt ce même programme à Londres, nous offraient en avant-première parisienne le fruit de leur récente collaboration. La première partie du concert était réservée à l’interprétation de mélodies et de lieder du répertoire classique exclusivement. De Söderman à Strauss, la cantatrice polyglotte interprète de très beaux textes en norvégien, finnois, allemand et français, connus (Après un rêve, Das Rosenband) et moins connus. Mehldau prend très au sérieux son rôle d’accompagnateur, en s’effaçant presque trop derrière la chanteuse. Il interprète le Nocturne n°7 de Fauré, dont le caractère âpre et l’atmosphère nébuleuse lui siéent parfaitement, servis par son jeu clair, presque sans pédale, et une écoute palpable qui donne à l’harmonie sinueuse toute son éloquence. C’est la deuxième partie du concert que l’on attendait, celle qui a priori justifiait une telle affiche, avec l’interprétation du cycle de mélodies composé par Mehldau spécialement pour la voix d’, ainsi qu’une succession de chansons populaires, annoncées au cours du récital. Le cycle de Mehldau, composé sur des poèmes de Sara Teasdale, s’inscrit davantage dans la continuité de ce qu’on a pu entendre en première partie, le compositeur cherchant à «perpétuer la tradition du lied», comme nous en avertit le programme. Mais soyons honnêtes, l’œuvre ne présente rien de saillant et de véritablement personnel. Nos espoirs se reportent alors sur les chansons. Les artistes font la part belle aux auteurs de chansons français : Barbara (Nantes), Jacques Brel (La chanson des vieux amants), Léo Ferré (Le Pont Mirabeau ; Saint-Germain-des-Prés), Michel Legrand (Chanson de Maxence). Ces chansons s’entremêlent à quelques standards anglo-saxons : Walking My Baby Back Home -chanté en suédois, Marcie de Joni Mitchell, et deux chansons des Beatles (Across the Universe et Blackbird). est aussi enthousiaste que Mehldau semble éteint ; on regrette qu’il n’y ait guère d’arrangements pertinents qui donneraient au moins une couleur cohérente à l’ensemble, ou que le pianiste ne s’engage pas plus que dans deux chorus furtifs. On aurait espéré que la mezzo s’aventure davantage dans les méandres pierreux de la voix de poitrine, surtout dans la reprise en bis de Jevetta Steele (I’m Calling You), qui pour le coup, frôlait le mauvais goût.

Si la voix lyrique employée dans la variété vous hérisse le poil, passez votre chemin. Le contrat chez Naïve étant signé, on attend de voir le résultat au disque. On leur souhaite du succès, à moins qu’ils n’aient déjà un public conquis.

Crédit photographique : Anne Sofie von Otter © Båstad Kammarmusikfestival 2009

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Paris, Palais-Garnier. 28-VI-2010. Johann August Söderman (1832-1876) : Serenad ; Jungfrun i Rosengard. Jean Sibelius (1865-1957) : Maj op. 57 n°4  ; Jag är ett träd op. 57 n°5 ; I Systar, I Bröder op. 86 n°6. Gabriel Fauré (1845-1924) : Clair de lune op. 46 n°2  ; Après un rêve op. 7 n°1  ; Nocturne en do dièse mineur op. 74 n°7. Johannes Brahms (1833-1897) : Die Mainacht op. 43 n°2  ; Juchhe ! op. 6 n°4  ; Unbewegte laue Luft op. 57 n°8. Richard Strauss (1864-1949) : Das Rosenband op. 36 n°1  ; Blauer Sommer op. 31 n°1  ; Nichts op. 10 n°2. Brad Mehldau (né en 1970) : Trois pièces op. 6. Chansons de Michel Legrand, John Lennon & Paul McCartney, Barbara, Léo Ferré, etc. Anne Sofie von Otter, mezzo-soprano ; Brad Mehldau, piano

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