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Cesare Siepi, basse (Milan, 10 février 1923 – Atlanta, 5 juillet 2010)

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C’est la noblesse de la voix italienne qui s’éteint avec celle de . La chaleur de son timbre, sa légère noirceur faisait de un interprète d’une admirable aristocratie. Une aristocratie vocale qu’il portait dans tous ses rôles. Jamais dans le paraître, ses personnages étaient habités de la beauté des musiques qu’il servait avec rigueur.

L’extrême dignité de sa voix a contribué à forger la légende autour de ses nombreuses interprétations de Don Giovanni de Mozart dont il reste l’un des plus grands interprètes du XXe siècle. Jamais depuis, la scène n’a connu un Don Giovanni aussi raffiné et aussi fascinant. Le disque rend largement hommage à ses interprétations puisque, entre les versions « live » et de studio, ce ne sont pas moins de vingt enregistrements de ce rôle qui ornent la discographie de . Mais si, Don Giovanni reste son rôle-fétiche, et si le Comte des Nozze di Figaro figure aussi en bonne place, les rôles verdiens se sont largement faits l’écho de sa voix. Au premier rang desquels, celui de Philippe II du Don Carlos qu’il chantera dès 1950 à ses débuts au Metropolitan Opera de New-York. La basse bulgare Boris Christoff était programmée pour le rôle, mais le Congrès américain ayant voté une loi interdisant l’entrée aux Etas-Unis à toute personne née dans un pays associé à un parti totalitaire, son visa lui fut refusé ! La carrière américaine de Cesare Siepi était ainsi lancée. Il restera attaché pendant plus de vingt-cinq ans aux productions du Met y chantant quelques trente-cinq rôles lors de plus de cinq cents représentations.

Cesare Siepi n’a que dix-huit ans quand il chante le rôle de Sparafucile dans le Rigoletto de Verdi sur la scène du charmant théâtre à l’italienne Teatro Civico de Schio près de Vicence. Mais la guerre faisant rage, Cesare Siepi fuit l’Italie fasciste pour se réfugier à Lugano en Suisse. En 1945, il rentre en Italie et chante Zaccharia dans le Nabucco de Verdi à La Fenice de Venise avant de reprendre ce même rôle à La Scala pour la réouverture de la scène du temple de l’art lyrique terriblement endommagé pendant la guerre.

L’épisode américain de la carrière de Siepi ne l’éloigne pourtant pas des scènes européennes. Ainsi, il revient fréquemment en Italie où les plus grandes scènes l’accueille dans des rôles aussi différents que le Cardinale Brogni dans La Juive d’Halévy, Fiesco du Simon Boccanegra, Padre Guardiano de La Forza del Destino de Verdi, Baldassare de La Favorita de Donizetti. Le Festival de Salzbourg se souvient encore de son formidable Don Giovanni qu’il chantait aux côtés d’Elisabeth Schwarzkopf en Donna Elvira, Elisabeth Grümmer en Donna Anna sous la baguette de

Cesare Siepi était un chanteur de la « vieille école », celle qui a fait la gloire d’un Tancredi Pasero ou d’un Ezio Pinza, dont Siepi était certainement le plus digne descendant. Un pur représentant de la tradition des basses italiennes n’émettant jamais de sons autres qu’issus de la colonne d’air. Une émission vocale permettant l’accentuation des pianissimi, des sons filés, et une variété de phrasés aujourd’hui disparue. C’est ainsi que la voix de Cesare Siepi n’avait pas sa pareille dans l’élégance et la solennité.

Si Cesare Siepi avait une prédilection pour les rôles de nobles personnages du répertoire lyrique, il brillait tout autant dans les rôles comiques comme le Don Basilio du Barbiere di Siviglia de Rossini, un rôle qu’il a porté sur scène pendant plus de trente-cinq ans !

Une longévité dans l’excellence et dans le sérieux. Dans le milieu de l’opéra, on raconte volontiers que Cesare Siepi ne manquait jamais une seule répétition, et qu’il répondait toujours présent alors qu’il fallait remplacer un chanteur ou un autre.

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