Plus de détails

Hugo Wolf (1860-1903) : 45 Lieder extraits des Mörike-Lieder. Dietrich Henschel, baryton ; Fritz Schwinghammer, piano. 2 CD Fuga Libera FUG568. Code barre : 5400439005686. Enregistré en public en 2009, à la Ehrbar Saal, à Vienne. Notice trilingue (anglais, français, allemand), textes chantés traduits en anglais et français. Durée : 124’42’’

 

Dans l’œuvre de , comme dans tout le répertoire du lied, les 53 poèmes du pasteur Eduard Mörike (1804-1875) doivent être comptés comme un sommet. Sous un propos apparemment banal, décrivant des peines d’amour, des objets, des légendes populaires ou des fêtes religieuses, chaque poème recèle une mélancolie prenante et une profondeur que Wolf a su exprimer, en plus d’exalter la beauté de la langue et du rythme. et proposent la quasi-totalité du recueil, laissant de côté les lieder explicitement féminins (Das verlassene Mägdlein, Agnes) et quelques autres. L’ordre choisi, sensiblement différent de l’édition originale, gêne moins que les nombreuses distorsions entre le texte chanté et celui fourni dans le livret, pas toujours excellemment traduit en français, d’ailleurs.

Le duo possède certainement les qualités d’interprètes de lied sans lesquelles il est vain de s’attaquer à Wolf : pour le chanteur, exactitude absolue de la diction, maîtrise des redoutables problèmes de souffle et de justesse ; pour les deux artistes, cohésion rythmique et capacité à adopter un style à la fois naturel et recherché. On admire ainsi la franchise du ton, qui, mieux que les artifices, met en valeur les poèmes les plus subtils (Im Frühling) ou les plus abstraits (Neue Liebe). La sobriété profite à la superbe méditation de Auf ein altes Bild, mais aussi aux sous-entendus ironiques de Nimmersatte Liebe ou de Gebet. Les ballades surnaturelles (Der Feuerreiter, Die Geister am Mummelsee) révèlent un véritable talent de conteur. Seuls quelques textes ne paraissent pas convenir au tempérament des deux artistes, comme Der Tambour, qui manque de truculence ou Elfenlied, peu convaincant.

Malgré ces qualités, l’album peut ne pas emporter une pleine adhésion. Il faut d’abord apprécier le timbre sombre et mat du baryton, qui donne à son chant une allure austère, malgré ses efforts de colorations et d’allègement. On peut trouver le grave trop appuyé, mais cela ne devient un défaut que dans les lignes longues (Gesang Weyla’s). On perçoit aussi une fatigue vocale dans une partie du premier disque, où la voix se tend et blanchit. Le pianiste, encore plus inégal, se montre trop souvent moins attentif, moins varié, et sa discrétion confine parfois à la platitude, malgré la beauté du toucher. Ainsi, desservi par un piano peu spirituel, le chanteur peine dans la satire de Zur Warnung et de Abschied.

En définitive, la comparaison semble inévitable avec Dietrich Fischer-Dieskau, qui laisse dans ce recueil un souvenir indélébile (EMI et DG, sans compter de nombreux enregistrements en concert). A son meilleur, peut certainement rivaliser avec lui en termes d’accomplissement du chant et de sensibilité littéraire ; même lorsqu’il est moins inspiré, il demeure remarquable. Il pourra donc servir de guide à ceux qu’effraient les manières parfois excessivement virulentes de Dietrich Fischer-Dieskau.

(Visited 58 times, 1 visits today)

Plus de détails

Hugo Wolf (1860-1903) : 45 Lieder extraits des Mörike-Lieder. Dietrich Henschel, baryton ; Fritz Schwinghammer, piano. 2 CD Fuga Libera FUG568. Code barre : 5400439005686. Enregistré en public en 2009, à la Ehrbar Saal, à Vienne. Notice trilingue (anglais, français, allemand), textes chantés traduits en anglais et français. Durée : 124’42’’

 
Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.