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Un Bruckner bien pâlot et déboulonné

À emporter, CD, Musique symphonique

Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n° 6 (version 1899) ; Adagio du Quintette à cordes. Orchestre symphonique de l’Opéra de Norrlands, dir. Ira Levin. 1 CD Lindoro AA-0105, code barre : 8 436003 801054. Enregistré salle de concert du Norrland Operan, Umeå (Finlande), en mai 2008. Notice bilingue (anglais, espagnol). Durée : 71’45

 

Un chef américain exerçant au Brésil, un orchestre finlandais fondé en 1974, un jeune label espagnol joignent leurs efforts pour servir un compositeur autrichien : .

La Symphonie n° 6 en la majeur (1879-1881), dans sa version révisée et finale, dite de 1899, est retenue et servie semble-t-il plutôt consciencieusement. Mais est-ce pour autant suffisant pour rendre justice à une partition de cet acabit ? Notre fréquentation et notre connaissance des immenses chefs et orchestres qui ont défendu avec la réussite que l’on sait les symphonies de Bruckner rend d’emblée suspect tout nouveau venu dans la compétition, surtout s’il n’est pas précédé d’une réputation flatteuse et à toute épreuve. L’Orchestre symphonique de l’Opéra de Norrlands et son chef jettent toutes leurs forces et leur bonne volonté dans une aventure hardie et non dénuée de risque. Si, à première vue, l’ensemble nous paraît de bonne tenue et respectueux dans ses grandes lignes de l’esthétique d’, il nous faut rapidement regretter toutefois une trop faible densité du tissu orchestral (Maestoso initial), une fluidité proche de l’insouciance et dépourvue du dramatisme si typique du maître de Saint Florian (dans l’Adagio notamment) et la disparition quasi totale de l’urgence psychologique qui conduisit le musicien à confier à la partition ses sentiments, ses états d’âme les plus intimes et douloureux.

Tous ces paramètres manquent cruellement au rendez-vous. Ces absences dommageables ôtent à l’esprit de la Symphonie n° 6 son souffle vital, sa raison d’être, sa justification. L’impériosité du discours, la véracité du texte, l’intensité de la phrase passent tout simplement à la trappe de la superficialité, de l’effleurement et de la trivialité. Le vertige, parfois inquiet, parfois agréé, qui la sous-tend (Scherzo, Ruhig bewegt) n’affleure que trop rarement cette exécution très décevante. La discographie ne subit ni choc ni déclassement. Et la version orchestrale de l’Adagio du splendide Quintette à cordes en fa majeur (son troisième mouvement), légèrement antérieure à cette symphonie (1878-1879), correctement mise en place ne change rien à l’ordre discographique traditionnellement admis.

Voici un travail inabouti trop peu maturé et pas assez vécu de l’intérieur pour justifier une gravure… d’avance hors compétition !

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