Au Baltic Sea Festival de Stockholm : Salonen et Harding, supers stars !

Depuis 2000, le festival de la mer baltique, à Stockholm, rythme les derniers jours du mois d’août. Initié par , et Michael Tydén, l’intendant de la Berwaldhallen, salle de concert de l’Orchestre de la radio de Suède, la manifestation ambitionne de faire honneur aux orchestres, musiciens et compositeurs des rives de la Baltique.

Très soucieux, comme toute institution suédoise, du respect de l’environnement, le festival agit en étroit lien avec le WWF pour sensibiliser son public aux problèmes du réchauffement climatique (Michael Tydén est d’ailleurs un ornithologue émérite).

Du côté de la programmation, l’affiche n’a rien à envier aux autres grandes manifestations européennes. Lors de ces dix jours de concerts, le mélomane croise des têtes d’affiche : Gergiev et Salonen, , , Bernada Fink, , et , pour une première attendue à la tête de l’Orchestre de la radiophonique ! Les jeunes artistes ne sont pas oubliés, tout comme la musique contemporaine. Egalité scandinave oblige, l’édition 2010 fait la part belle aux compositrices suédoises de deux générations. Si pour un compositeur, il est toujours difficile de se faire jouer, on ne peut que saluer cette mise en avant de la musique contemporaine, surtout, servie par des interprètes comme Salonen ou Harding.

Des quatre partitions contemporaines entendues, c’est Der Vogel der Nacht, introduction à la symphonie n°3 de Mahler qui témoigne d’un grand intérêt et d’une science de l’orchestre très maîtrisée pour une compositrice de juste trente ans. La composition par blocs sonores renvoie à alors que certaines citations de la symphonie de Mahler s’intègrent avec intelligence au propos. Solar Flares de Katarina Leyman est une autre belle partition au traitement de l’orchestre efficace, autant par ses textures que par le beau raffinement des timbres. C’est de la musique puissante, évocatrice même si un peu carrée dans ses effets. Sans démériter Virga d’Helen Grime touche moins ; certes l’orchestration en dentelle fait la part belle à de belles mises en avant de pupitres (cordes et celesta) mais on attend peut être une forme plus maîtrisée et des envolées. Enfin Capriccio Quasi Fantasia pour piano solo de YLVA Q ARKVIK tire plus vers l’histoire du piano que vers le futur avec une révérence appuyée pour Debussy. On oublie cette partition dès ses dernières notes en dépit d’un professionnalisme compositionnel à toute épreuve.

Les concerts symphoniques proposaient des «grosses» partitions, toujours capables de drainer le public. Dans la symphonie n°3 de Mahler, Salonen dirige en compositeur, soignant les textures et la science de l’écriture mahlérienne. L’acoustique claire et précise lui permet de mettre en avant certains détails (harpes, percussions) tout en galvanisant l’orchestre dans les dynamiques. Les trois premiers mouvements sont absolument passionnants, mais c’est l’ultime mouvement «Langsam. Ruhevoll. Empfuden» qui emporte l’adhésion et prouve la hauteur de vue du chef. Très différente d’atmosphère et inattendue après les passages instrumentaux et choraux, cette partie est, presque systématiquement, le parent pauvre des interprétations ; à courts d’idées, les chefs évoluent quelque part entre Dvorák et Tchaïkovski. Poursuivant la logique mahlérienne, Salonen gère parfaitement ce mouvement en mettant en avant les choix radicaux de d’une orchestration moderniste, avec des premières mesures qui sonnent déjà comme Berg ou Schœnberg. L’Orchestre de la radio suédoise fait bloc avec panache même si l’acoustique de la salle ne laisse rien passer aux cuivres, parfois un peu fatigués. , les femmes du chœur et les enfants chœur Adolf Fredrik se fondent, à merveille, dans cette interprétation.

Deux jours plus tard, Salonen change d’orchestre se monte au pupitre de l’excellent Philharmonique d’Helsinki. Sa direction ultra-virtuose fait exploser les extraits de Roméo et Juliette de Prokofiev alors que l’orchestre donne une véritable leçon d’homogénéité et de précision. Mais c’est l’interprétation du Château de Barbebleue de Bartók qui restera comme le grand moment de ce festival. Donnée dans un bain de lumières différentes qui collent aux indications du livret, les artistes se lancent à l’assaut d’un océan orchestral avec un chef qui déchaîne les tumultes et soigne les angles. A la fois opulente et soignée, la direction de Salonen n’oublie rien des détails et de la force dramatique de cette musique. Inattendue dans cette partition, la wagnérienne est pourtant l’émotion même en Judith quant au baryton , il campe un Barbe-Bleue juvénile, séducteur et vocalement impérial.

En clôture de la première semaine de concerts, emportait les troupes de l’orchestre radio-symphonique (dont il est directeur musical) à l’assaut de la Symphonie alpestre de . Le charisme du chef anglais et son autorité dans cette musique galvanisent les musiciens qui offrent une prestation techniquement irréprochable. La lecture narrative du chef n’oublie rien, ni du spectaculaire requis, ni du génie orchestral du compositeur. L’acoustique ultra-précise de la salle permet à Harding de fignoler certains petits détails, rendant sa lecture absolument passionnante.

Toujours hyperactif, Daniel Harding, se présentait face à son public à la tête du son autre orchestre : la Mahler Chamber Orchestra pour une lecture de l’oratorio Elias de Mendelssohn. Le jeune homme est très à son aise dans ses partitions chorales qui composent une grande partie de son répertoire et il sait faire briller cette musique. Il est entouré d’une belle brochette de pointures : , , Bernada Fink et Julia Kleiter, tous rompus à cet exercice stylistique délicat. Le chœur de la radio suédoise, montre, encore une fois, l’étendue de ses couleurs, de ses nuances et son homogénéité. Enregistré pour DGG, ce concert fera l’objet d’une prochaine parution.

Enfin, îlot instrumental dans cette mer symphonique, le jeune pianiste Stanislaw Drzewiecki honorait Chopin à travers un concert, introduit par la pièce de YLVA Q ARKVIK et centré sur les grands tubes du génie polonais. On ne pouvait rêver Chopin plus juvénile mais à la fois mature, virile, séducteur mais toujours intéressant. La beauté du toucher et l’inspiration du jeune homme ravissent le public.

Crédit photographique :  © Mattias Ahlm/Sveriges Radio

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