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Wilhelm Furtwängler, quand le génie de l’interprète rejoint le génie du compositeur

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Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Suite pour orchestre n°3 BWV 1068 (24/10/1948). Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour violon en ré majeur op. 61 (28/09/1947) ; Symphonie n° 3 en mi bémol majeur « Héroïque » op. 55 (20/06/1950 et 08/12/1952) ; Symphonie n°5 en ut mineur op. 67 (25/05/1947 et 23/05/1954) ; Symphonie n°6 en fa majeur op. 68 (25/05/1947 et 23/05/1954). Boris Blacher (1903-1975) : Musique concertante pour orchestre op. 10 (24/10/1948). Johannes Brahms (1833-1897) : Symphonie n°3 en fa majeur Op. 90 (18/12/1949 et 27/04/1954) ; Symphonie n°4 en mi mineur Op. 98 (24/10/1948) ; Variations sur un thème de Haydn Op. 56a (20/06/1950). Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°8 en ut mineur (13/03/1949). Wolfgang Fortner (1907-1987) : Concert pour violon (18/12/1949). Christoph Willibald von Gluck (1714-1787) : Ouverture d’Alceste (05/09/1951). Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Concerto Grosso Op. 6 n°5 (27/04/1954) ; Concerto Grosso Op. 10 n°1 (20/06/1950). Paul Hindemith (1685-1759) : Concerto pour orchestre Op. 38 (20/06/1950) ; Symphonie « Die Harmonie der Welt » (08/12/1952). Félix Mendelssohn (1809-1847) : Ouverture du Songe d’une nuit d’été (28/09/1947). Franz Schubert (1797-1828) : Ouverture de Rosamunde (15/09/1953) ; Symphonie n°8 « Inachevée » (24/10/1948 et 15/09/1953) ; Symphonie n°9 en ut majeur D. 944 (15/09/1953). Robert Schumann (1810-1856) : Manfred, ouverture (18/12/1949). Richard Strauss (1864-1949) : Don Juan op. 20 (27/04/1954). Richard Wagner (1813-1883) : Le Crépuscule des Dieux – Marche funèbre (19/12/1949) ; Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg – Prélude acte I (19/12/1949) ; Tristan et Isolde – Prélude et Mort d’Isolde (27/04/1954). Carl Maria von Weber (1786-1826)  : Der Freichtütz, ouverture (08/12/1952). Gerhard Tascher, Yehudi Menuhin, violon. Orchestre Philharmonique de Berlin, direction : Wilhelm Furtwängler. 12 CD Audite 21. 403 (+ 1 CD bonus en allemand), code barre 4 02214321403 4. Enregistrés par la RIAS Berlin entre 1947 et 1954 à Berlin. Notice bilingue (allemand, anglais). Durée : 14h33’15’’

 

Audite a eu l’idée originale de réunir dans un copieux coffret de plus de quatorze heures trente de musique, autant qu’une tétralogie wagnérienne, l’exhaustivité des enregistrements de à la tête du Philharmonique de Berlin sous le simple prétexte qu’ils aient été enregistrés par la RIAS Berlin. Cela va donc du fameux concert du 25 mai 1947 marquant le retour du chef à Berlin après la guerre avec les Symphonies n°5 et n°6 de Beethoven jusqu’au dernier concert du 23 mai 1954, avec les deux mêmes symphonies, bouclant ainsi une boucle couvrant les sept dernières années d’activité de ce chef de légende qui allait disparaître quelques semaines plus tard après avoir enregistré pour Walter Legge une Walkyrie de feu, prélude d’une tétralogie complète qui, regrets éternels, s’arrêta net. Ces enregistrements pour la plupart déjà été publiés en LP ou en CD sous différents labels mais rarement à partir des bandes originales, trouvent ici un nouveau mastering réalisé à partir des originaux. Le travail est fort bien fait et l’auditeur pourra parfaitement ressentir tout au long des œuvres reproduites ici le fameux «Furtwängler sound» que ceux qui l’ont entendu ne peuvent s’empêcher encore aujourd’hui de l’évoquer sans une forte émotion dans la voix. Et qui fit, et fait encore, l’admiration de presque tous les chefs, sans qu’aucun ne parvienne réellement à comprendre comment le grand «Furt» s’y prenait et qui excitait tant la convoitise de ses prétendants à la succession berlinoise, Celibidache et Karajan, qui essayèrent d’en retrouver, chacun à sa manière, une partie de la substance, sans y parvenir totalement.

Si le style de Furtwängler évolua au cours de sa carrière, avant, pendant et après la seconde guerre mondiale, le fond resta le même, et, hormis le dramatisme exacerbé à l’extrême propre à la période de guerre, nous retrouvons ici tout l’art du chef. De son coté l’orchestre a lui aussi subi une évolution forcée par les événements, car en plus d’avoir perdu sa salle sous les bombes alliées, il a perdu de nombreux membres, fatalement pour certains, ou par éparpillement dans d’autres formations, elles aussi en reconstruction après la guerre. Ce n’est donc plus le Philharmonique formé et entrainé à sa gestique si particulière par le chef depuis 1922 que nous retrouvons ici et cela s’entend dans les premiers concerts par quelques imprécisions qui n’étaient pas de mise auparavant, comme ce faux départ des violons sur le pizz des violoncelles et contrebasses à la fin de l’Ouverture du nuit d’été. Mais ces imprécisions ne durent pas et bien vite on retrouve l’excellence attendu d’une formation de ce calibre.

On s’en doute, le niveau musical est tout en haut, là haut, très haut, dans des œuvres qui furent de tout temps au cœur du répertoire du chef. Car, dans ce style d’interprétation, fondamentalement organique, envisageant chaque œuvre comme un tout dont la logique interne doit être trouvée au-delà des notes, donnant l’impression que l’œuvre nait, vie, palpite, s’épanouit spontanément sans contraintes externes avec une phénoménale dynamique orchestrale où aucun détail de la partition n’est laissé pour compte (c’est à dire où tout trouve sa place), une profondeur et une noblesse de ton qui ne se démentira jamais, Furtwängler étaient déjà à son époque le plus grand. Et comme il n’a pas vraiment de successeur aujourd’hui, où la mode actuelle ne va pas vraiment dans son sens, ces témoignages enregistrés restent encore aujourd’hui irremplaçables et indispensables pour qui s’intéresse à l’art de l’interprétation musicale dont nous avons là un niveau d’accomplissement exemplaire et exceptionnel.

Il est inutile de rappeler aux connaisseurs de l’art de ce chef ce qu’ils trouveront dans ce coffret, hormis des doublons dont il faudra s’accommoder (occasion de réorganiser sa discothèque en revendant ou offrant ses doubles), mais pour les autres, donnons ici quelques pistes d’écoute. On recommandera d’écouter en premier la Marche funèbre du Crépuscule des Dieux où on défie quiconque de faire quoi que ce soit d’autre pendant ces 10 minutes qui capturent l’auditeur dès les premiers accords, et qui donnent tout son sens à l’expression «puissance expressive». On peut enchainer ensuite sur la plus extraordinaire ouverture des Meistersinger qu’on puisse entendre, ou un Freichtütz narratif comme rarement et un Manfred de génie. Puis, pour changer radicalement de climat, passer à l’Ouverture d’Alceste pour entendre la grandeur et la virtuosité que savait mettre ce chef dans une œuvre malheureusement trop souvent anodine ailleurs. Pour avoir une idée de ce que «croissance organique» signifie, écouter les premiers mouvements des symphonies de Brahms, où on passe de retenu à déchainé avec une souplesse et un naturel qui n’existent nulle part ailleurs, sans compter l’exceptionnelle performance de l’orchestre car ici la barre de mesure n’existe plus (là il n’y avait que Vienne et Berlin pour y arriver). Pour comprendre comment maintenir la tension sur une longue durée et utiliser toute l’étendue dynamique de l’orchestre symphonique, écouter deux des plus fameuses Héroïque de l’histoire (dans un son fabuleux en plus). Pour comprendre comment «tout trouve sa place», écouter par exemple dans ces mêmes symphonies comment sont joués les fameux accords répétés six fois dans le premier mouvement, combien de fois sonnent-ils arbitraires, pas ici. Pour se faire une idée de commet animer une symphonie de Bruckner, écouter cette géniale Huitième (dont les accords finaux ne s’effondrent pas sur eux-mêmes comme avec Thielemann et tant d’autres). Pour l’art du phrasé et du legato (qui marqua tellement le jeune Karajan), écouter la magie du premier mouvement de la Pastorale pris dans un tempo très lent qu’on ne recommandera à personne de prendre tellement c’est «casse gueule» mais qui, quand il est réussi comme ici atteint au plus pure génie. Enfin, même dans des pièces où l’évolution du style d’interprétation s’est faite le plus radical depuis, Bach et Haendel, l’optique purement musicale, hors de toute chapelle historique, prise par le chef s’impose d’elle même, offrant une solution très différente mais aussi réussie qu’impressionnante (la célèbre Aria de Bach n’a jamais été phrasée avec autant de tension et d’élégance réunies qu’ici) de ce qu’on entend aujourd’hui.

Audite nous offre donc là un coffret idéal à offrir à qui ne connaitrait pas encore l’un des plus importants chefs de l’histoire. Un vrai jalon dans l’art de l’interprétation musicale et une référence faisant l’admiration de presque tous les chefs même s’ils s’en éloignent dans leur propres interprétations (d’Harnoncourt à Barenboïm pour ne parler que des chefs actifs). Bref une page d’histoire est contenue dans ces disque, mais pas seulement, c’est aussi de la très grande musique.

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Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Suite pour orchestre n°3 BWV 1068 (24/10/1948). Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour violon en ré majeur op. 61 (28/09/1947) ; Symphonie n° 3 en mi bémol majeur « Héroïque » op. 55 (20/06/1950 et 08/12/1952) ; Symphonie n°5 en ut mineur op. 67 (25/05/1947 et 23/05/1954) ; Symphonie n°6 en fa majeur op. 68 (25/05/1947 et 23/05/1954). Boris Blacher (1903-1975) : Musique concertante pour orchestre op. 10 (24/10/1948). Johannes Brahms (1833-1897) : Symphonie n°3 en fa majeur Op. 90 (18/12/1949 et 27/04/1954) ; Symphonie n°4 en mi mineur Op. 98 (24/10/1948) ; Variations sur un thème de Haydn Op. 56a (20/06/1950). Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°8 en ut mineur (13/03/1949). Wolfgang Fortner (1907-1987) : Concert pour violon (18/12/1949). Christoph Willibald von Gluck (1714-1787) : Ouverture d’Alceste (05/09/1951). Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Concerto Grosso Op. 6 n°5 (27/04/1954) ; Concerto Grosso Op. 10 n°1 (20/06/1950). Paul Hindemith (1685-1759) : Concerto pour orchestre Op. 38 (20/06/1950) ; Symphonie « Die Harmonie der Welt » (08/12/1952). Félix Mendelssohn (1809-1847) : Ouverture du Songe d’une nuit d’été (28/09/1947). Franz Schubert (1797-1828) : Ouverture de Rosamunde (15/09/1953) ; Symphonie n°8 « Inachevée » (24/10/1948 et 15/09/1953) ; Symphonie n°9 en ut majeur D. 944 (15/09/1953). Robert Schumann (1810-1856) : Manfred, ouverture (18/12/1949). Richard Strauss (1864-1949) : Don Juan op. 20 (27/04/1954). Richard Wagner (1813-1883) : Le Crépuscule des Dieux – Marche funèbre (19/12/1949) ; Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg – Prélude acte I (19/12/1949) ; Tristan et Isolde – Prélude et Mort d’Isolde (27/04/1954). Carl Maria von Weber (1786-1826)  : Der Freichtütz, ouverture (08/12/1952). Gerhard Tascher, Yehudi Menuhin, violon. Orchestre Philharmonique de Berlin, direction : Wilhelm Furtwängler. 12 CD Audite 21. 403 (+ 1 CD bonus en allemand), code barre 4 02214321403 4. Enregistrés par la RIAS Berlin entre 1947 et 1954 à Berlin. Notice bilingue (allemand, anglais). Durée : 14h33’15’’

 
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