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Des « Ors du Rhin » de belle facture

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Paris. Théâtre des Champs Elysées. 16-IX-2010. Robert Schumann (1810-1856) : Symphonie n°3 en mi bémol majeur « Rhénane » op. 97 ; Carl Maria von Weber (1786-1826) : Euryanthe, ouverture ; Richard Wagner (1813-1883) : Le Crépuscule des Dieux – Voyage de Siegfried sur le Rhin, Marche funèbre. Orchestre national de France, direction : Daniele Gatti

Ce concert de début de saison du National, sous-titré «Les Ors du Rhin», était composé d’œuvres ayant un rapport intime avec le fameux fleuve, «artère où coule le sang bouillonnant de l’Allemagne musicale» nous dit la brochure. C’est ainsi que a choisi des œuvres «bouillonnantes» avec la souvent rebelle Symphonie «Rhénane» suivie après l’entracte par la virtuose Ouverture Euryanthe de Weber pour finir par des extraits du Crépuscule des Dieux. Beau programme, présentant de multiples gageures techniques et musicales, dont s’est acquitté avec les honneurs un remarquable Orchestre National.

A-t-on pour autant ressenti le bouillonnement annoncé dans le programme ? Pas autant qu’idéalement, et principalement avec Schumann, car le chef, irréprochable ce soir dans la conduite de la dynamique et la qualité du tissu orchestrale qu’il réussit à créer, fut peut-être un peu trop conservateur et moins imaginatif dans l’animation du discours et dans le caractère dramatique et narratif qui aurait pu, et du, être plus affuté pour emporter totalement l’enthousiasme. Mais avant même que la musique commence, une curiosité nous attendait dans la disposition assez inhabituelle des instrumentistes sur le podium, car, si les premiers et seconds violons étaient de chaque côté du chef, les altos étaient plein centre, les violoncelles étalés juste derrières eux et les contrebasses divisées en deux groupes de quatre, placés aux extrémités du groupe de violoncelles. Il arrive que cette disposition soit utilisée dans les fosses d’opéra, plus rarement sur scène. Nous ne saurons dire si cela apporta un plus décisif, mais ça n’a pas nui à l’équilibre des forces. Mais revenons aux bouillons du Rhin illustrés par le premier mouvement de la Rhénane qui s’élance directement dans le flot sans la moindre préparation, ce que Gatti a réalisé à la lettre. On y sentit immédiatement une belle intensité sonore et de belles couleurs. Le tempo y était assez classique, ni précipité ni trop majestueux, mais ici où là nous avons perçu un élargissement ou un resserrement du temps, certes bref, mais dont la pertinence ne nous a pas sauté aux oreilles. Il faut dire que Schumann a été plutôt avare d’indication, un seul Lebhatf (animé) au début, et le chef doit se débrouiller avec ça jusqu’à la fin du mouvement. A lui de trouver comment plonger l’auditeur dans le fleuve, ce qui n’est pas trivial et pas si souvent réussi que ça. Ce soir on s’est dit qu’avec l’aide du Monsieur Plus cher à nos «réclames» d’antan, on aurait pu avoir une belle réussite car le niveau d’exécution était excellent. Les deux mouvements suivants conservèrent leur aspect appliqué et bien articulé, toujours un peu sage de caractère et les deux derniers mouvements, sans doute les plus curieux avec un quatrième très majestueux et un final presque jubilatoire tranchant avec tout ce qui a précédé, ont péché par leur étrange enchainement presque attaca, du coup fort peu «tranchant», ouvrant sur un final attaqué mezzoforte et non forte comme indiqué lui retirant d’emblée son impulsion et son caractère. Dommage, il faudra un peu de temps à Gatti pour redonner de l’élan à ce mouvement et ce n’est que vers la fin qu’il y parviendra vraiment.

Après l’entracte Euryanthe débuta sur les chapeaux de roues, respectant parfaitement l’Allegro marcato con molto fuoco, au risque de légèrement sacrifier l’articulation (un poil trop à notre avis). Ces 9 minutes constituent un petit morceau de bravoure pour l’orchestre, et celui-ci y fut exemplaire en même temps que son chef y fut plutôt bien inspiré. Désormais habitué de Bayreuth, Gatti nous sembla plus idiomatique dans Wagner que dans Schumann, donnant une belle ampleur à son exécution, tout en restant un poil réservé sur le «bouillonnement» du Voyage de Siegfried sur le Rhin, mais réussissant à maintenir la tension indispensable à une Marche funèbre réussie. Ce qui entraina les applaudissements d’une partie du public (un peu clairsemé quand même) rejoint après une certaine hésitation par le reste de la salle qui attendait une Immolation de Brünnhilde annoncée dans le programme (y compris dans le commentaire en direct sur France Musique) qui ne vint pas. Tant pis, cela permit de finir sur une bonne note un concert dont la principale qualité fut un niveau d’exécution très élevé plus qu’une bouillonnante métaphore du Rhin.

Crédit photographique : ©

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Paris. Théâtre des Champs Elysées. 16-IX-2010. Robert Schumann (1810-1856) : Symphonie n°3 en mi bémol majeur « Rhénane » op. 97 ; Carl Maria von Weber (1786-1826) : Euryanthe, ouverture ; Richard Wagner (1813-1883) : Le Crépuscule des Dieux – Voyage de Siegfried sur le Rhin, Marche funèbre. Orchestre national de France, direction : Daniele Gatti

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