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Yannick Nézet-Séguin, le grand moment attendu arriva… après l’entracte

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 23-IX-2010. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour violon et orchestre en ré majeur, Op. 61 ; Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°7 en mi majeur. Renaud Capuçon, violon. Orchestre Philharmonique de Rotterdam, direction : Yannick Nézet-Séguin

Pour sa deuxième visite du mois au Théâtre des Champs-Élysées, et son orchestre de Rotterdam ont choisi d’honorer, après Gustav Mahler, deux autres monstres sacrés du monde de la symphonie : Beethoven et Bruckner. Mais plutôt que de jouer une symphonie du premier, c’est son Concerto pour violon qui nous attendait en première partie, avant de retrouver la Symphonie n°7 du maître autrichien, peut-être sa plus connue avec la Romantique.

Si la salle n’était toujours pas comble, il est probable que la programmation du Concerto pour violon de Beethoven avec ait contribué à attirer un peu plus le public parisien (qui semble rechigner à remplir les salles en ce début de saison) que le concert Mahler précédent. Pourtant cette interprétation nous laissa franchement sur notre faim, surtout du fait du soliste qui nous donna une interprétation plutôt rêche sinon dure, dénuée de charme et disons le tout simplement d’émotion, alors que le chef essayait d’animer son accompagnement, lui aussi sans trop de variations d’un bout à l’autre. L’introduction orchestrale avait pourtant de l’allure, une belle ampleur, et une certaine vivacité tout à fait dans la continuité de style que le chef nous avait montré dans Mahler. L’arrivée du soliste nous refroidit vite tant on le sentit immédiatement en difficulté avec sa texture sonore, très froide et presque rebelle, et même avec la justesse ici ou là. Quant à la respiration, si importante dans cet Allegro ma non troppo, elle était réduite au minimum tellement enchaînait sans nuance phrase sur phrase. Du coup, toute poésie était absente de ce mouvement, jusque dans la sublime rêverie en son cœur, qui ce soir ressemblait plus à une lutte qu’à un doux rêve. Aucune progression non plus n’était au rendez-vous, ni de changement de climat entre les trois mouvements. Toute la richesse de cette œuvre géniale était du coup un peu envoyée à la trappe, adieu grandeur et majesté poétique du premier mouvement, adieu temps suspendu du second, adieu tout aspect ludique et jubilatoire du final, dont le début, ainsi joué, n’avait aucun sens, et dont les différentes reprises, puisqu’il s’agit d’un Rondo, ne progressaient jamais.

Heureusement vint une belle réussite après l’entracte, avec une Symphonie n°7 de Bruckner jouée avec une vivacité, une hargne, une ampleur qui lui allait fort bien. Le premier mouvement débuta par un très doux trémolo des violons (on avait déjà remarqué que ce chef et son orchestre réussissaient de magnifiques pianissimos) sur lequel les violoncelles lancèrent le premier thème avec une belle tenue. Tout cet Allegro moderato se développa impeccablement dans un tempo jamais languissant, jusqu’à une coda, terrifiante de difficulté, de laquelle chef et orchestre se sortirent avec les honneurs (plus d’aspect hurlant des fortissimos du concert précédent). On avait reproché au chef de ne pas réussir à donner toute sa cohérence et son unité au long premier mouvement de la Symphonie n°2 de Mahler, pas ici, probablement parce que l’écriture y est plus naturellement fusionnelle, et que Yannick Nezet-Seguin la respectait rigoureusement sans la brusquer. Toutefois le célèbre Adagio qui suivit reposa le problème de la cohérence d’ensemble d’un mouvement, auquel échappa comme on vient de le dire l’Allegro initial, mais aussi les deux derniers mouvements. Car cet Adagio est construit en vagues successives, qui culmineront sur le fameux coup de cymbale (présent ce soir) auquel succèdera une désagrégation progressive jusqu’à la fin du mouvement. Ce soir le chef nous donna la sensation que chaque vague remettait le compteur à zéro comme si ce qui avait précédé n’existait pas. La difficulté musicale de ce mouvement est là et n’était pas totalement résolue ce soir. Le Scherzo et le Finale allaient comme un gant au style du chef, toujours suivi à la lettre par son orchestre qui ne dérapa jamais malgré les difficultés à affronter, finissant en beauté une soirée mal commencée. Alors, si la Symphonie n°2 de Mahler nous avait parue plus prometteuse que totalement convaincante, cette Septième monta nettement d’un cran et constitua le grand moment de cette première série de concert de l’ au Théâtre des Champs-Élysées.

Crédit photographique : © Marco Borggreve

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 23-IX-2010. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour violon et orchestre en ré majeur, Op. 61 ; Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°7 en mi majeur. Renaud Capuçon, violon. Orchestre Philharmonique de Rotterdam, direction : Yannick Nézet-Séguin

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