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De Brice Pauset à Beethoven, le grand écart de Péter Eötvös

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Paris. Salle Pleyel. 08-X-2010. Brice Pauset (1965) : Schlag cantilene ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour violon op. 61 ; Alban Berg (1885-1935) : Lulu Suite. David Grimal, violon. Agneta Eichenholz, soprano. Orchestre philharmonique de Radio France, direction : Péter Eötvös

«Une musique strictement autoréférencée n’existe pas. Et une musique rigoureusement «révérencieuse» n’existe pas non plus.» Ni méditation ni commentaire, la dernière création de se situe donc dans une zone grise, ce qui n’empêche pas le compositeur d’interroger la relation entre soliste et ensemble, ni de faire de rapides clins d’yeux au matériau mélodique de son modèle. Schlag cantilene commence un peu comme The viola in my life de Feldman, avant de dévier vers un discours plus subtil, moins démonstratif mais riche en belles trouvailles d’instrumentation, cependant que a fort à faire. Tellement d’ailleurs, qu’au bout d’un moment on ne l’entend plus, paradoxalement. Une transition assez malhabile (le moyen de surmonter un fossé de deux siècles !) mène ensuite au Concerto, dirigé de façon assez raide mais efficace par . Le discours coule aisément, même les petites surprises dont Beethoven a émaillé sa partition, du moins jusqu’à la cadence. À ce stade du premier mouvement, on s’interroge : une cadence avec trémolos de piano et accompagnement de percussion ? C’est que non content de proposer une «non-méditation» en ouverture de programme, s’est également employé à phagocyter le Concerto de Beethoven. Le résultat est assez curieux, sans plus ; tant qu’à jouer sur les contrastes, on se dit qu’en la matière la cadence de dans le Concerto pour trompette de Haydn était plus riche.

Le reste de l’œuvre s’écoule dans un agréable climat : la musique est assimilée par les interprètes, et rendue avec une grande clarté. Le mouvement lent permet ainsi à d’exprimer de savantes broderies, et le final (peut être un peu lent) de montrer encore quelques facettes de sa virtuosité. L’accueil ne pouvait être qu’on ne peut plus chaleureux, et élégamment récompensé par un extrait de Bach donné en bis.

Jouant décidément sur le grand écart stylistique, la suite du programme nous permettait d’entendre la rare Lulu-Suite d’, une succession de morceaux choisis tirés de l’opéra éponyme. Là encore, mais sans doute avec plus d’engagement, le style d’Eötvös joue sur une grande clarté, d’autant plus que le Philharmonique, impeccable, suit sa direction à la lettre. Nul doute que cette vision, qui évite les habituelles séductions post-romantiques de la partition, soit par beaucoup considérée un peu sèche ; elle a le mérite de proposer des contours francs. , de son côté, se révèle quasi idéale dans le lied central : quasi, parce qu’elle ne possède pas encore tout à fait les difficultés de sa partie, à commencer par cet incroyable suraigu, qu’elle hurle tout bonnement. On ne lui en voudra pas, vu la parfaite intelligibilité de son élocution, et la musique qu’elle met dans toutes ses phrases.

Crédits photographiques : © Andréa Flevégi

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Paris. Salle Pleyel. 08-X-2010. Brice Pauset (1965) : Schlag cantilene ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour violon op. 61 ; Alban Berg (1885-1935) : Lulu Suite. David Grimal, violon. Agneta Eichenholz, soprano. Orchestre philharmonique de Radio France, direction : Péter Eötvös

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