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Toulouse. Église St-Aubin. 15-X-2010. Jean-Sebastien Bach (1685-1750) : concerto pour clavecin en ré majeur BWV 1054. Carl Philipp Emmanuel Bach (1714-1788) : Concerto doppio a cembalo concertato, fortepiano concertato, accompagnati da due corni, due flauti, due violini, violette e basso en mi bémol majeur Wq 47. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : sonate d’église en ut majeur KV 328, sonate d’église en ut majeur KV 336, Concerto pour pianoforte en la majeur KV 414 N° 12. Yasuko Uyama Bouvard, piano forte et orgue ; Jan Willem Jansen, clavecin ; Les Passions Orchestre baroque de Montauban ; direction : Jean-Marc Andrieu

ouvraient leur nouvelle saison toulousaine ce vendredi 15 octobre à l’église Saint-Aubin, plus vaste que la chapelle Ste-Anne, où ils officiaient depuis cinq ans, dans le cadre du festival Toulouse les orgues. Avec deux œuvres bien connues de Bach et Mozart, le programme de ce concert était toutefois voué à la découverte avec deux rares sonates d’église de Mozart et l’étonnant concerto pour clavecin et piano forte de Carl Philipp Emmanuel Bach. a imaginé un parcours retraçant l’évolution des claviers et leur expression à travers le XVIIIe siècle en se souvenant de la fameuse rencontre de Potsdam en 1747 entre le roi de Prusse et le « vieux » Bach, qui fut à l’origine de l’Offrande Musicale. Frédéric II voulait impressionner l’homme du passé avec sa collection de pianos forte, mais l’expert en organologie s’intéressa aux modèles les plus récents en jugeant qu’ils n’étaient pas encore tout à fait au point.

Entre les Bach père et son fils le plus célèbre, puis le jeune Mozart (qui avait rencontré et appris à Londres de Johan Christian Bach), Les Passions explorent une période transitoire de recherche entre le contrepoint, l’Empfizeitkeit, le style galant et le préromantisme, qui se sont exprimés dans l’Allemagne naissante du XVIIIe siècle. Cette évolution se traduit naturellement par une recherche et une amélioration constante de l’instrumentarium, ainsi que des tempéraments et une volonté d’unification des diapasons, qui différaient alors d’une ville à l’autre… Et c’est justement à cette époque que cohabitaient encore le clavecin, l’orgue et le piano forte, avant que ce dernier ne domine l’essentiel des parties solistes. Il s’agit de cette brève période de transition entre l’instrument aristocratique ou d’église et le piano forte qui se répandra dans la bourgeoisie.

Temporisant pour ce programme entre les instruments anciens de son ensemble et les claviers mis à disposition ce soir-là, a opté pour un diapason à 430, qui donne une couleur particulière et évite aux musiciens d’être déboussolés. Le concerto BWV 1054 de Sébastien est une transcription de la célébrissime version pour violon BWV 1042, qu’il pratiqua largement à Leipzig pour le Collegium Musicum puis les dimanches au Café Zimmermann. Par le toucher tout en douceur de et la subtile précision de la direction de , cette pièce devenue universelle, qui échappe toutefois aux sonorisations d’ascenseurs, est interprétée avec grand naturel à la différence du martellement dont on affuble souvent les premières mesures au rythme marqué.

La surprise de la soirée venait de ce tardif double concerto pour clavecin et piano forte de CPE Bach. On ne peut s’empêcher d’y voir une sorte de lutte entre ancien et moderne où par le dialogue concertant entre les deux instruments à clavier, le piano forte cherche à s’imposer face au clavecin, qui vit une sorte de chant du cygne éclatant. C’est à cette même époque que le traverso a définitivement pris l’ascendant sur la flûte à bec, tandis que la viole de gambe avait déjà été supplantée par le violoncelle.

L’ensemble à cordes est augmenté de flûtes et de cors mêlant leurs voix au discours de deux solistes. Le son cristallin du clavecin répond à la rondeur bonhomme du piano forte en une subtile conversation humoristique et champêtre. Le compositeur ponctue cet aimable babillage de silences laissant certaines phrases en suspens. Le clavecin de Willem Jansen conserve une claire rigueur rappelant la sévère stature de Sébastien, tandis qu’au piano forte, Yasuko Uyama Bouvard utilise toute la coloration et la richesse harmonique de son Christopher Clark, copie du facteur viennois Anton Walter vers 1790. L’instrument naissant devient un partenaire incontournable de l’orchestre.

En seconde partie, Yasuko Uyama Bouvard passe à l’orgue positif pour deux sonates d’église de Mozart. La sonate KV 328 apparaît comme la plus développée du cycle des 17 sonates all’epistola que Mozart composa à Salzbourg pour les oraisons de son patron détesté, l’archevêque Colloredo. L’orgue se détache partiellement du continuo par un accompagnement obligé avant de devenir soliste dans la KV 336, qui clôt le cycle en 1780 avec une orchestration plus étoffée. On y sent l’influence des premiers concertos pour piano.

C’est en toute logique programmatique que ce concert généreux s’achevait avec le concerto pour piano N° 12 KV 414. Brillant et encore jeune, il s’inscrit encore dans cette période de transition puisqu’il oscille entre une formation orchestrale et un ensemble de chambre où les cuivres ad libitum peuvent être laissés de côté. D’ailleurs, il est parfois joué et enregistré avec un simple accompagnement de quatuor à cordes.

Selon une belle cohésion d’ensemble sous la direction souple et dynamique de Jean-Marc Andrieu, ce concerto dégage une joie juvénile. Le toucher véloce et clairement articulé de la claviériste lui donne une légèreté qui n’exclut pas la prise de risques. Son discours fluide prend une densité inattendue dans l’andante, soulignant une grande humilité musicale dans les silences de la cadence mozartienne de l’allegretto final. L’orchestre est d’ailleurs suspendu à ses doigts par une écoute d’une grande attention lors des deux cadences. Contrairement à ce qui était attendu, c’est cette œuvre et surtout cette interprétation qui auront le plus emporté l’adhésion du public.

Enregistré par France Musique, ce concert devait être diffusé à l’antenne jeudi 28 octobre si la grève reconductible le permettait.

Crédit photographique : Yasuko Umaya Bouvard © Alain Huc de Vaubert

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Toulouse. Église St-Aubin. 15-X-2010. Jean-Sebastien Bach (1685-1750) : concerto pour clavecin en ré majeur BWV 1054. Carl Philipp Emmanuel Bach (1714-1788) : Concerto doppio a cembalo concertato, fortepiano concertato, accompagnati da due corni, due flauti, due violini, violette e basso en mi bémol majeur Wq 47. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : sonate d’église en ut majeur KV 328, sonate d’église en ut majeur KV 336, Concerto pour pianoforte en la majeur KV 414 N° 12. Yasuko Uyama Bouvard, piano forte et orgue ; Jan Willem Jansen, clavecin ; Les Passions Orchestre baroque de Montauban ; direction : Jean-Marc Andrieu

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