Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Ian Bostridge célèbre trois ténors du XVIIIe siècle

Plus de détails

Luxembourg. Grand Auditorium de la Philharmonie. 26-X-2010. Georg Philip Telemann (1681-1767) : Ouverture à quatre en fa majeur TWV 55 : 14. Antonio Caldara (1670-1736) : air « Lo so, con periglio », extrait de Joaz. Antonio Vivaldi (1678-1741) : air « La tiranna e avversa sorte », extrait de Arsilda, regina di Ponto RV 700 ; Sinfonia extraite de Ercole sur Termodonte RV 710. William Boyce (1710-1779) : air « Softly rise, O southern breeze », extrait de Solomon. Arcangelo Corelli (1653-1713) : Concerto grosso op. 6 n°4 en ré majeur. Alessandro Scarlatti (1660-1725) : air « Se non qual vento », extrait de Marco Attilio Regolo. Georg Frederic Haendel (1685-1759) : air « From celestial seats descending », extrait de Hercules HWV 60 ; suite extraite de Rodrigo HWV 5 ; air « Scorta siate a passi miei », extrait de Giulio Cesare HWV 17. Avec Ian Bostridge, ténor. Europa Galante, direction : Fabio Bondi

L’idée de célébrer trois des grands ténors du XVIIIe siècle est en soi séduisante, ne serait-ce que pour rappeler que le règne des castrats n’a pas empêché cette tessiture vocale de se développer et de s’imposer progressivement sur la scène lyrique partout en Europe. Le fait d’honorer en un même programme deux interprètes italiens et un musicien anglais, et de suggérer ainsi de possibles filiations, est un parti pris également intéressant, que reflète d’ailleurs la réunion de deux grands musiciens de notre temps, l’Italien Fabio Bondi et l’Anglais .

Il n’est pas sûr cependant que Bostridge, dont on connaît notamment le succès dans les répertoires intimistes dits « de salon » – la chanson anglaise, le lied allemand, la mélodie française –, soit le chanteur idéal pour relever un tel défi. Visiblement mal à l’aise dans la tessiture plutôt grave des airs composés à l’intention de Francesco Borosini, gêné de surcroît par un italien dénué de tout idiomatisme, le ténor anglais peine à convaincre au cours de la première partie : la vocalise est molle, la diction pâteuse – un comble pour ce talentueux « diseur »… –, la communication avec le public quasi inexistante. Manifestement plus à l’aise dans les airs anglais composés pour John Beard, Bostridge est sauvé in extremis grâce à un ravissant « Softly rise, O southern breeze », extrait de la serenata Solomon de William Boyce, et au cours duquel le chanteur semble enfin donner libre cours à son imagination musicale.

C’est également en interprétant un air pour Beard que Bostridge, au cours de la deuxième partie du programme, atteint des sommets d’émotion et de raffinement, grâce à un sublime « From celestial seats descending » tiré de Hercules. Le dernier air italien du programme, un air composé par Haendel pour une la de Giulio Cesare au cours de laquelle il avait réécrit le rôle de Sesto pour Borosini, permet de découvrir un Bostridge à l’italien enfin plus mordant. Et c’est au moment des bis, avec air du Don Chisciotte de Conti, et surtout avec le fameux « Scherza infida » d’Ariodante – déjà entendu dans cette même salle en 2009 – que Bostridge parvient réellement à retrouver toutes ces qualités de « diseur » par lesquelles il a séduit son public au cours de ces dix dernières années.

Si la rencontre du ténor anglais et du maestro italien ne semblait pas, a priori, aller de soi, la fin du programme confirme tout l’intérêt que l’on peut tirer du mélange de deux approches esthétiques diverses, mais en rien incompatibles. Avec la rondeur solaire qui est devenu sa marque de fabrique, à mille lieux des excès de zèle et de dynamisme caractéristiques d’autres formations spécialisées dans ce répertoire, l’ensemble aura séduit, notamment grâce à ces belles pages instrumentales qui ont fini par ensoleiller une soirée au cours de laquelle soliste et accompagnateurs auront mis quelque temps à se mettre au diapason.

Crédit photographique : © Philharmonie de Luxembourg

Plus de détails

Luxembourg. Grand Auditorium de la Philharmonie. 26-X-2010. Georg Philip Telemann (1681-1767) : Ouverture à quatre en fa majeur TWV 55 : 14. Antonio Caldara (1670-1736) : air « Lo so, con periglio », extrait de Joaz. Antonio Vivaldi (1678-1741) : air « La tiranna e avversa sorte », extrait de Arsilda, regina di Ponto RV 700 ; Sinfonia extraite de Ercole sur Termodonte RV 710. William Boyce (1710-1779) : air « Softly rise, O southern breeze », extrait de Solomon. Arcangelo Corelli (1653-1713) : Concerto grosso op. 6 n°4 en ré majeur. Alessandro Scarlatti (1660-1725) : air « Se non qual vento », extrait de Marco Attilio Regolo. Georg Frederic Haendel (1685-1759) : air « From celestial seats descending », extrait de Hercules HWV 60 ; suite extraite de Rodrigo HWV 5 ; air « Scorta siate a passi miei », extrait de Giulio Cesare HWV 17. Avec Ian Bostridge, ténor. Europa Galante, direction : Fabio Bondi

Mots-clefs de cet article

Banniere-ClefsResmu-ok

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.