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Richard Strauss (1864-1949) : Don Juan op. 20 ; Eine Alpensinfonie op. 64 ; Suite de valses de l’acte III du Chevalier à la rose. RIAS-Symphonie-Orchester, direction : Kark Böhm. 1 CD Audite 95. 611. Code barre 4 022143956118. Enregistré à Berlin-Dahlem à la Jesus-Christus-Kirche les 28, 29 mars 1952 (Alpensinfonie) et 4-6 février 1954. Notice bilingue (allemand, anglais). Durée : 79’32’’

 

et ont été non seulement contemporains mais également amis et l’assiduité avec laquelle le chef autrichien a défendu, aussi bien dans la fosse que sur l’estrade, l’œuvre du compositeur bavarois l’a fait considérer comme un des meilleurs spécialistes de cette musique. Audite nous propose aujourd’hui de le vérifier au travers de ces enregistrements live du début des années cinquante, réalisés avec et par la RIAS Berlin.

Juste pour l’histoire, rappelons que la fameuse radio RIAS Berlin a été créée par les américains dans le secteur ouest de la ville au sortir de la guerre (cela signifiait alors «Rundfunk im amerikanischen Sector»). Dès le début, en 1946, un orchestre lui était adjoint (il porte aujourd’hui le nom de Deutsches Symphonie-Orchester Berlin) et rapidement confié à Ferenc Fricsay qui en resta le chef jusqu’à sa mort en 1963. Faute de salle, les enregistrements radiophoniques étaient assez souvent réalisés dans la Jesus-Christus-Kirche de Dahlem, faubourg du sud ouest de Berlin, comme c’est le cas ici. Ce disque commence par un enregistrement de Don Juan de février 1954, précédent de quelques semaines à peine (avril 54) un autre Don Juan également publié par Audite dans son gros coffret Furtwängler. Dans les deux cas c’est la même RIAS qui a réalisé l’enregistrement, mais les différences sonores sont assez considérables, d’autant plus évidentes avec le remarquable travail de restauration réalisé par Audite à partir des bandes originales de la radio allemande. Force est de reconnaitre que le duo Furtwängler Philharmonique de Berlin l’emporte haut la main sur le duo Böhm RIAS. Que ce soit pour la pure densité et expressivité du son, phénoménale chez l’allemand, bien plus discrète chez l’autrichien, que pour la puissance dramatique et le suivi de la narration. Certes on a souvent vanté, et avec raison, la clarté et la précision du jeu de Böhm, ces enregistrements ne font pas exception, et si les parutions tardives du chef octogénaire peuvent le montrer un peu lent et lourd, les enregistrements plus anciens le montrent comme ici plus vif et animé. Reste que cette œuvre est une succession d’épisodes tendres et violents, où le jeu de tension détente est primordial. C’est justement ce que réussi Furtwängler dans son Don Juan d’anthologie et que ne parvient pas à réussir pleinement , qui rechigne à réaliser les molto appassionato d’une façon réellement «passionné», qui neutralise les tranquillo en quasi impassibilité (le dernier molto tranquillo précédant la mort du héros n’étant porteur d’aucune angoisse), qui réalise les strigendo à reculons, bref qui joue proprement l’œuvre mais ne délivre pas toute sa richesse expressive pourtant bien balisée par les multiples indications de , qu’il faut oser faire pleinement. Ici la rigueur et la réserve pudique bien connue de Böhm le pénalise.

S’il est une autre œuvre où rester sur la réserve est fatal c’est bien la Symphonie alpestre. Ici la pudeur est moins sollicitée (point d’érotique sensualité ni de morbidité au programme) et l’effet neutralisant l’expressivité relevé dans Don Juan a disparu. Encore que, par exemple, le Calme avant l’orage (Stille vor dem Sturm) lui aussi trop impassible et l’orage qui suit pas assez terrorisant montrent que Böhm a toujours du mal à se lâcher complètement. Plus gênant, on pourra trouver ici où là une rupture de ton avec des passages où on a l’impression d’être renvoyé de façon incongrue dans le salon bourgeois de Capriccio ou du Rosenkavalier plutôt que sur un sommet alpin. Curieux contraste sinon contresens. Mais c’est aussi une œuvre où la pure jouissance sonore est primordiale, et là difficile pour cet enregistrement (bon pour un live d’époque) de lutter avec les réussites récentes des derniers SACD (Haitink, Jansons, Luisi).

Au final cet album sera réservé aux inconditionnels du chef qui le trouveront encore jeune sexagénaire comme à ses plus beaux jours, avec ses qualités (et aussi ses limites) de toujours, que la Suite de valses extraite de l’acte III du Chevalier à la rose plus enjouée que dans ses versions tardives illustre parfaitement.

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Richard Strauss (1864-1949) : Don Juan op. 20 ; Eine Alpensinfonie op. 64 ; Suite de valses de l’acte III du Chevalier à la rose. RIAS-Symphonie-Orchester, direction : Kark Böhm. 1 CD Audite 95. 611. Code barre 4 022143956118. Enregistré à Berlin-Dahlem à la Jesus-Christus-Kirche les 28, 29 mars 1952 (Alpensinfonie) et 4-6 février 1954. Notice bilingue (allemand, anglais). Durée : 79’32’’

 
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