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Hans Richter-Haaser, un pianiste allemand à ne pas oublier

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Fantaisie pour chœur, piano et orchestre en ut mineur « Fantaisie Chorale » op. 80. Robert Schumann (1810¬1856) : Concerto pour piano en la mineur op. 54. Edvard Grieg (1843¬1907) : Concerto pour piano en la mineur op. 16. Hans Richter-Haaser, piano. Teresa Stich-Randall, soprano ; Judith Hellwig, soprano ; Hildegard Rössl-Majdan, alto ; Anton Dermota, ténor ; Erich Majkut, ténor ; Paul Schöffler, baryton-basse. Wiener Staatsopernchor. Orchestre Symphonique de Vienne, direction : Karl Böhm, Rudolf Moralt. 1 CD-R Forgotten Records fr309. Pas de code barre. Enregistré en juin 1957 et janvier 1958 en la Grosser Saal du Musikverein, Vienne. ADD. Pas de notice. Durée : 75’53.

 

Le très grand pianiste allemand (1912-1980) fait partie de ces musiciens que notre époque aurait tendance à sous-estimer, sinon oublier, car il n’avait guère le culte du vedettariat, ce qui évidemment au niveau renommée le mit, même de son vivant, en deçà d’autres pianistes pourtant moins subtils que lui.

Natif de Dresde, il débuta sa carrière de musicien à l’âge de 16 ans, acquérant progressivement un bagage impressionnant de pianiste, violoniste, percussionniste, compositeur et chef d’orchestre. C’est en cette dernière fonction qu’il se retrouve à la tête de l’Orchestre Symphonique de Detmold au lendemain de la Guerre 40-45 durant laquelle, comme tant d’autres, il subit les affres du prisonnier.

L’immédiat après-guerre vit son magnifique talent de pianiste s’épanouir, servant humblement les compositeurs qu’il vénère : Beethoven en tête, suivi de Brahms, Mozart, Schubert, Schumann. De 1948 à 1953, Deutsche Grammophon lui offre ses premières gravures en tant que partenaire du violoncelliste Ludwig Hœlscher, dans des sonates pour violoncelle et piano de Brahms, Grieg et Richard Strauss, et des arrangements de pages de François Couperin, Frescobaldi, Vivaldi, Verdi, Wolf.

De 1955 à 1958, Philips le révèle enfin en tant que soliste dans des gravures devenues légendaires : de Beethoven, les Sonates pour piano n°8 « Pathétique », n°14 « Clair de Lune », n°21 « Waldstein », n°23 « Appassionata », n°24 « À Thérèse » et n°28 (rééditées éphémèrement en CD en 1996 dans la série « The Early Years ») ; puis les trois œuvres concertantes regroupées sur le disque sous rubrique : la Fantaisie pour chœur, piano et orchestre en ut mineur « Fantaisie Chorale » op. 80 de Beethoven – direction (1894-1981), le Concerto pour piano en la mineur op. 54 de Schumann, et le Concerto pour piano en la mineur op. 16 de Grieg – direction (1902-1958). L’auteur de cette chronique se souvient avec émotion de l’intense plaisir éprouvé durant son adolescence lors de l’écoute jusqu’à l’usure de deux petits microsillons 25 cm Philips comportant le premier les deux Sonates « Pathétique » et « Clair de Lune » de Beethoven, et le second le Concerto pour piano de Grieg, joués avec intensité et rare poésie.

Par après, lorsque Richter-Haaser ne fut plus sous contrat Philips, la Columbia anglaise prit la relève de 1958 à 1964 pour un programme d’enregistrement plus étoffé : suite des Sonates pour piano de Beethoven avec les n°2, n°3, n°16, n°17 « La Tempête », n°18, n°22, n°26 « Les Adieux », n°29 « Hammerklavier », n°30, n°31, n°32, ainsi que les deux Rondos op. 51, les 33 Variations sur une Valse de Diabelli op. 120, et enfin les Concertos pour piano n°3, n°4, n°5 « Empereur » ; de Mozart les Concertos pour piano n°17 et n°26 « Couronnement » ; de Schubert les Sonates pour piano n°14 et n°19 ; enfin de Brahms le Concerto pour piano n°2 op. 83 qui a comme particularité d’avoir Herbert von Karajan à la direction des Berliner Philharmoniker : admirable interprétation qui hélas allait bientôt être reléguée dans l’ombre par celles de Géza Anda – un nom plus « vendable » – avec le même orchestre, d’abord sous la baguette de Ferenc Fricsay (mai 1960), puis Herbert von Karajan à nouveau (septembre 1967).

Beethoven était le dieu de , et il est vraiment navrant que le disque ne lui ait pas donné l’opportunité de graver l’intégrale des Sonates et des Concertos pour piano de l’illustre maître de Bonn. Toutefois réjouissons-nous de pouvoir l’entendre ici dans la relativement rare Fantaisie pour chœur, piano et orchestre en ut mineur qui nous permet de retrouver par la même occasion l’excellent et une palette impressionnante de solistes du chant. L’enregistrement de juin 1957 fait partie des premières expérimentations stéréophoniques de Philips, et le résultat est assez curieux (surtout lors d’une audition au casque), par la séparation radicale gauche-droite, et un piano qui, lorsqu’il joue seul, semble avoir été capté en mono pour être ensuite inséré dans l’ensemble. Quoi qu’il en soit, nous sommes en présence d’un document d’autant plus précieux que ni le soliste ni le chef ne semblent avoir réenregistré l’œuvre par après.

Mais évidemment, l’essentiel de ce disque est consacré au couplage un temps incontournable des concertos de Schumann et Grieg, et au moment de l’enregistrement (janvier 1958), Philips maîtrisait cette fois parfaitement la technique stéréophonique. Bien sûr, l’esprit de Dinu Lipatti plane pour l’éternité sur ces partitions, ce qui ne doit certainement pas nous empêcher d’apprécier à leur juste valeur d’autres versions ; et celles de Hans Richter-Haaser se classent assurément au sommet : tout en n’éludant en rien l’esprit chambriste de maints moments de ces deux concertos où le pianiste, en poète des plus purs, se fond admirablement à l’orchestre, il en maîtrise parfaitement les grandes envolées lorsque nécessaire, par sa technique incisive et irréprochable. Il n’est donc guère étonnant qu’un chroniqueur de « The Gramophone » de septembre 1958, Trevor Harvey, ait affirmé que « … le Finale du concerto de Schumann, ennuyeux dans tant d’interprétations, est ici un vrai plaisir. Quant au concerto de Grieg, la lecture de Richter-Haaser me semble avoir une approche plus appropriée que celle du disque récent de Claudio Arrau : elle est bien plus nerveuse et en vérité rivalise avec l’exécution de Lipatti. » C’est tout dire.

Rassemblant opportunément toutes les gravures concertantes de Hans Richter-Haaser réalisées par Philips, ce magnifique disque du label français Forgotten Records est d’autant plus recommandable que les transferts sont, comme de coutume, d’une splendeur inégalée.

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Fantaisie pour chœur, piano et orchestre en ut mineur « Fantaisie Chorale » op. 80. Robert Schumann (1810¬1856) : Concerto pour piano en la mineur op. 54. Edvard Grieg (1843¬1907) : Concerto pour piano en la mineur op. 16. Hans Richter-Haaser, piano. Teresa Stich-Randall, soprano ; Judith Hellwig, soprano ; Hildegard Rössl-Majdan, alto ; Anton Dermota, ténor ; Erich Majkut, ténor ; Paul Schöffler, baryton-basse. Wiener Staatsopernchor. Orchestre Symphonique de Vienne, direction : Karl Böhm, Rudolf Moralt. 1 CD-R Forgotten Records fr309. Pas de code barre. Enregistré en juin 1957 et janvier 1958 en la Grosser Saal du Musikverein, Vienne. ADD. Pas de notice. Durée : 75’53.

 
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