Concerts, La Scène, Musique symphonique

Lachenmann & Bruckner, vaste célébration par Sylvain Cambreling

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Paris. Salle Pleyel. 12-XI-2010. Helmut Lachenmann (1935) : Nun pour flûte, trombone, chœur d’hommes et orchestre ; Anton Bruckner (1824-1896) : Troisième symphonie en ré mineur, version Nowak. Dagmar Becker, flûte. Frederic Belli, trombone. Schola Heidelberg (chef de chœur, Walter Nussbaum), Orchestre symphonique de la SWR de Baden-Baden et Fribourg-en-Brisgau, direction : Sylvain Cambreling.

Par la simple alternance de deux œuvres, le programme de ce concert audacieux mêlait des époques, des styles et des formations on ne peut plus diverses. Un point commun tout de même, et c’est comme si Lachenmann et Bruckner s’étaient donné le mot pour jouer sur les limites de l’attention et de la résistance du public : les proportions monumentales des œuvres en question.

De l’aveu de Lachenmann, l’étirement dans le temps du discours musical est conçu pour amener l’auditeur à modifier sa perception du fait musical ; on est prié de ne pas écouter, mais d’entendre. Entendre quoi ? Une musique complexe, qui convoque un instrumentarium pléthorique (deux pianos, guitare-harpe, huit choristes …) et alterne entre chuchotements, feulements et vrombissements. Dans la même direction que le premier Varèse, mais plus loin, Lachenmann résout ainsi la problématique de l’intégration et du travail sur le bruit : plutôt que de faire voisiner sons concrets et sons instrumentaux, il charge l’orchestre (et les voix, dans Nun) de produire une série d’effets bruitistes, dont certains sont curieux, d’autres plus habituels dans ce répertoire. Le résultat est une juxtaposition un peu lâche de trames, d’atmosphères, qui nous ravissent par leur inquiétante beauté, comme la cadence des deux instruments, ou nous intriguent simplement. On en ressort avec l’intuition d’avoir écouté une grande œuvre, qui se serait déroulée devant nous, sans qu’on ait été convié à une communion avec elle.

Tout le contraire de la symphonie de Bruckner, vaste célébration d’un culte – divin ? Wagnérien ? La question semble ouverte, tant les supposés emprunts au maître de Bayreuth sont dilués dans un discours typique de son auteur. Contrapuntiste en diable, amoureux des solutions de continuité, des longues phrases, des tutti tapageurs, Bruckner est également un indéniable amoureux de la résonance. Comment considérer le thème cyclique autrement que comme la contemplation de l’accord parfait mineur, qui va s’enflant jusqu’à l’implosion ? L’interprétation de ces pages rend justice aux divers visages de l’inspiration, tour à tour lyrique, inquiétante, dansante dans le trio du Scherzo et majestueuse – bien sûr.

Crédit photographique : © Marco Borggreve

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Paris. Salle Pleyel. 12-XI-2010. Helmut Lachenmann (1935) : Nun pour flûte, trombone, chœur d’hommes et orchestre ; Anton Bruckner (1824-1896) : Troisième symphonie en ré mineur, version Nowak. Dagmar Becker, flûte. Frederic Belli, trombone. Schola Heidelberg (chef de chœur, Walter Nussbaum), Orchestre symphonique de la SWR de Baden-Baden et Fribourg-en-Brisgau, direction : Sylvain Cambreling.

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