Orchestre philharmonique Royal de Liège, 50 ans et des défis ?

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Liège. Salle Philharmonique. 09-XII-2010. Pierre Bartholomée (né en 1937) : Symphonie ; . Maurice Ravel (1875-1937) : Daphnis et Chloé, suite n°2 pour orchestre ; Igor Stravinsky (1882-1971) : Le Sacre du printemps. Orchestre philharmonique de Liège, direction : Pierre Bartholomée, Louis Langrée, Pascal Rophé.

Concert-phare de cette saison anniversaire, cette soirée présentée à Bruxelles ainsi qu’à Liège où le concert a été joué à deux reprises célébrait le cinquantenaire de l’orchestre liégeois qu’il s’agira dorénavant de nommer « Orchestre philharmonique Royal de Liège ». Ce concert faisait l’événement en réunissant simultanément ses trois principaux directeurs musicaux : , et . On (ne) s’étonnera cependant (pas) de l’absence de , l’éphémère directeur musical de la saison 2009-2010 dont même le nom a été expurgé de la chronologie officielle du programme de la soirée (il l’avait déjà été des photographies de la saison !) !

Le principal acteur de cette soirée était , directeur musical de l’orchestre entre 1977 et 1999 soit vingt-deux années de maison… Pour l’occasion, l’orchestre découvrait la symphonie dont l’institution lui avait passé commande il y a deux-ans. Sa composition fait appel à des effectifs classiques, agrémentés d’un ensemble de percussions et d’un marimba fortement sollicité tout au long de l’œuvre. Le disciple de propose une œuvre aux parfums messiaeniques, loin des caricatures habituelles de la musique contemporaine. On ressent un souffle qui anime la composition de bout en bout dont on retient quelques très belles images et d’audacieuses associations de timbres à travers une orchestration pourtant limpide. Il est difficile d’imaginer qu’une seule audition ait suffit à convaincre l’intégralité du public, mais a tout de même été chaleureusement applaudi par une salle visiblement émue de retrouver une baguette qui a marqué l’histoire de l’orchestre notamment à travers une trentaine de captations.

Lorsque entre en scène, le public se remémore facilement de nombreuses soirées d’exception : une Symphonie n°3 de Mahler bouleversante en 2005, un festival Mozart épatant ou tout simplement la Symphonie de , devenue au fil du temps une sorte d’hymne pour l’orchestre. Fidèle à sa modestie habituelle, le chef d’orchestre venait discrètement clore la première partie du concert avec la suite pour orchestre n°2 de Daphnis et Chloé. S’en suivent quinze minutes de grâce qui marqueront encore une fois les esprits. Dès le premier geste de Langrée, l’orchestre sonne comme transfiguré. Les phrasés sont aboutis comme jamais, les solistes se surpassent, notamment la flutiste Lieve Goossens qui conjugue admirablement virtuosité technique et musicalité. Le final est bestial, rassemblant l’ensemble des musiciens qui y jettent toutes leur forces.

En prélude à la seconde partie de ce concert, l’organiste prenait les commandes de l’orgue Schyven, merveille trop peut exploitée depuis sa restauration achevée il y a cinq ans déjà. Génial improvisateur, Escaich a offert au public un formidable panorama de l’incroyable panel de sonorités que propose l’instrument tout en s’amusant autour de la chanson traditionnelle « bon anniversaire ». Enfin, c’est qui clôturait magistralement ce concert avec le Sacre du Printemps, partition familière de l’orchestre qui l’avait jouée avec succès sous la baguette de Langrée mais aussi de Pascal Rophé qui en 2007 accompagnait la compagnie de danse dans une représentation complète du ballet. Le Sacre de Rophé exprime une tension permanente, du premier solo de basson au fracas orchestral de la «Danse sacrale». Redoutablement efficace, cette lecture ne laisse que – trop ? – peu de répit à l’auditeur pour reprendre ses esprits entre deux tableaux. Les tempi sont extrêmement rapides et si les musiciens s’en sortent à merveille, il faut avouer que l’acoustique réverbérante de la salle philharmonique n’est pas le meilleur allié de pareille interprétation. Certains solistes comme la petite clarinette à la sonorité fort étriquée déçoivent par instant, mais l’énergie dégagée par l’ensemble emporte au final un très grand succès public qui s’est même levé pour applaudir les trois chefs d’orchestres venus saluer le public au terme de cette soirée mémorable.

L’orchestre fête donc magistralement ses 50 brillantes et bouillantes premières années, mais il lui reste désormais à continuer à gravir des sommets escarpés avec un directeur musical dont l’absence commence à faire défaut…

Crédit photographique : Pierre Batholomée © Caroline Doutre

 

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