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Pierre Dervaux et l’Orchestre du Théâtre National de l’Opéra de Paris

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Paul Dukas (1865-1935) : La Péri. Florent Schmitt (1870-1958) : La Tragédie de Salomé op. 50. Orchestre du Théâtre National de l’Opéra de Paris, direction : Pierre Dervaux. 1 CD-R Forgotten Records fr410. Pas de code barre. Enregistré le 14 et le 16 octobre 1957 à la Maison de la Mutualité, Paris. ADD [mono]. Pas de notice. Durée : 50:21

 

Forgotten Records remet à la disposition des mélomanes de précieuses gravures de réalisées en 1957, qui à notre connaissance n’ont jamais été rééditées en CD, hormis La Péri de dans une anthologie consacrée au grand compositeur français (EMI Studio CDM7631602).

Ces deux rééditions sont vraiment les bienvenues : outre le fait qu’elles rendent hommage à l’un des plus grands chefs d’orchestre français, elles sont le témoignage de l’exceptionnelle qualité de l’Orchestre du Théâtre National de l’Opéra de Paris des années 50, qui pouvait sans crainte rivaliser avec les diverses autres phalanges prestigieuses parisiennes.

(1917-1992) fut très tôt en contact direct avec la pratique musicale, puisqu’il fut timbalier aux Concerts Pasdeloup dès l’âge de 17 ans (il disait à ses étudiants en direction d’orchestre que «le poignet du chef d’orchestre, ce n’est pas le poignet du pianiste : c’est celui du timbalier»). Après la Guerre 40-45, il se destine à la carrière de chef d’orchestre et se retrouve à la tête de toutes les grandes formations parisiennes, en particulier de l’Orchestre des Concerts Colonne dont il sera président – chef d’orchestre de 1958 à sa mort. Défenseur le plus fervent des musiciens de son temps, il accomplit une brillante carrière internationale, notamment en Amérique du Sud où il obtient un succès considérable. Dès la fondation de l’Orchestre Philharmonique des Pays de la Loire, il en assume la direction de 1971 à 1978. Excellent pédagogue, il forme quantité de futurs chefs d’orchestre par son enseignement précis, rigoureux et exigeant («Un orchestre, ça se surveille comme du lait sur le feu !»

L’un de ses plus grands titres de gloire restera la création sur la scène parisienne et au disque, avec ce même Orchestre du Théâtre National de l’Opéra, des Dialogues des Carmélites de Poulenc, avec l’inoubliable dans le rôle de Blanche de la Force. Mais Pierre Dervaux enregistra également avec des orchestres non français, témoin cette gravure inégalée à ce jour, avec le New Philharmonia Orchestra, de l’œuvre intégrale pour violon et orchestre de Saint-Saëns chez EMI (5720012).

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Le couplage sur un même disque La Voix de son Maître – et respecté par Forgotten Records – de La Péri de Dukas et La Tragédie de Salomé de Schmitt est à notre connaissance unique, et pourtant, à y voir de plus près, il est l’évidence même : les deux œuvres trouvent leur inspiration dans une évocation très imagée de l’Orient d’un passé lointain, la première dans les légendes persanes, la seconde dans les intrigues du palais d’Hérode-Antipas et du destin tragique de Jean-Baptiste. En outre, ces partitions au chatoiement irrésistible, avant de trouver toutes deux leur consécration dans les salles de concert (quoiqu’elles y soient trop rarement programmées !…) et au disque, ont été portées à la scène par de nombreuses danseuses, dont la célèbre Natalia (ou Natacha) Trouhanova et ses fameux «Concerts de danse» au Théâtre du Châtelet.

C’est Désiré-Émile Inghelbrecht qui crée La Tragédie de Salomé dans une première version pour orchestre réduit, le 9 novembre 1907 au Théâtre des Arts, avec la danseuse américaine Loïe Fuller, célèbre pour sa fameuse Danse Serpentine et ses voiles. Toutefois, c’est sous une forme plus compacte mais pour grand orchestre que l’œuvre de Schmitt est universellement connue, depuis sa création le 8 janvier 1911 par l’Orchestre des Concerts Colonne et son chef attitré . Dédiée à Igor Stravinsky, voici ce qu’en écrit le dédicataire à en 1912 : «Cher et très cher ami, quand est-ce que votre géniale Salomé paraîtra enfin, que je puisse passer d’heureuses heures en la jouant d’un bout à l’autre à la folie ? Je dois avouer que c’est la plus grande joie qu’une œuvre d’art m’ait causée depuis longtemps…»

Quant au poème dansé La Péri, précédé de sa géniale Fanfare, il fut créé au Châtelet le 22 avril 1912 à l’un des concerts de danse donnés par Trouhanova. Il existe de nombreuses versions discographiques de La Péri, et bien que nous restions très attachés à la version Armin Jordan (Warner Classics «Les Incontournables» 5050466254627), celle de Pierre Dervaux – qui peut être rapprochée de la lecture d’Ernest Ansermet – la suit de très près, par la rigueur rythmique et le sens de la couleur orchestrale.

Pour La Tragédie de Salomé, nous n’hésitons pas un seul instant à qualifier l’interprétation sous rubrique de référence absolue, même devant des versions plus récentes (Martinon, Janowski…) : l’enregistrement du 16 octobre 1957 par Pierre Dervaux a certainement dû être cautionné pour publication par le très critique , lui qui devait encore offrir aux humains son ultime cadeau symphonique, l’année de sa disparition, cette belle Symphonie n°2 op. 137, créée au Palais des Fêtes de Strasbourg par Charles Münch et l’Orchestre National, le 15 juin 1958.

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(1813-1883) : Der fliegende Holländer, ouverture ; Tannhäuser, ouverture ; Die Walküre, Acte III : La Chevauchée des Walkyries ; Lohengrin, Prélude de l’Acte I ; Tristan und Isolde, Prélude et Mort d’Isolde ; Die Götterdämmerung, Acte III : Marche Funèbre. Orchestre du Théâtre National de l’Opéra de Paris, direction : Pierre Dervaux. 1 CD-R Forgotten Records fr447. Pas de code barre. Enregistré entre le 4 et le 27 avril 1957 à la Maison de la Mutualité et à la Salle Wagram, Paris. ADD [mono]. Pas de notice. Durée : 64:51

Cette anthologie de pages orchestrales wagnériennes universellement connues et appréciées appelle évidemment moins de commentaires. Et d’autre part il n’y a pas lieu de s’étonner de voir des interprètes français taquiner la musique de Wagner : cette anthologie proposée par Pierre Dervaux fut suivie de deux autres réalisées par André Cluytens en avril 1958 (sous le titre «Les différents visages de Siegfried») et en juin 1959, tout cela avec le même Orchestre du Théâtre National de l’Opéra (un bon sujet de réédition pour Forgotten Records !) ; et tout comme Cluytens d’ailleurs, Dervaux est un chef rompu à la scène lyrique. Ses qualités de rigueur, de clarté, de précision rythmique, et son sens de la couleur font merveille dans cette musique où l’on se prend à découvrir des détails habituellement enfouis dans la pâte sonore. Et on admirera particulièrement une Chevauchée des Walkyries éloquente, mais loin d’être grandiloquente, prise dans un tempo plus lent que de coutume, mais qui lui donne un caractère d’inexorabilité particulièrement impressionnant.

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Paul Dukas (1865-1935) : La Péri. Florent Schmitt (1870-1958) : La Tragédie de Salomé op. 50. Orchestre du Théâtre National de l’Opéra de Paris, direction : Pierre Dervaux. 1 CD-R Forgotten Records fr410. Pas de code barre. Enregistré le 14 et le 16 octobre 1957 à la Maison de la Mutualité, Paris. ADD [mono]. Pas de notice. Durée : 50:21

 
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