Concerts, La Scène, Musique symphonique

Yuri Temirkanov imprévisible … comme prévu !

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 14, 15-I-2011. Schumann (1810-1856) : Concerto pour piano et orchestre en la mineur op. 54. Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour piano n°2 en si bémol majeur op. 82 ; Symphonie n°2 en ré majeur op. 73 ; Symphonie n°4 en mi mineur op. 98. Nelson Freire, piano. Orchestre Philharmonique de Saint-Pétersbourg, direction : Yuri Temirkanov.

Cela faisait quelques temps que les concerts donnés chaque année par l’ au Théâtre des Champs- Élysées étaient consacrés exclusivement à la musique russe. Il fallait bien varier les plaisirs un jour et c’est maintenant chose faite grâce à ces deux concerts Schumann/Brahms, avec au clavier et le patron, à la «baguette», enfin si l’on peut dire puisqu’il dirige justement sans.

Le concerto de Schumann a l’habitude de se montrer rebelle aussi bien pour l’interprète que pour le public des grandes salles modernes qui peine souvent à entrer en intimité musicale avec l’œuvre, et plus d’une fois nous nous sommes dit que l’écoute au disque était plus appropriée que le live pour cette œuvre. La tradition n’a pas failli cette fois encore où il nous a semblé que chef et pianiste, au moins dans les deux premiers mouvements jouaient tout en douceur un aimable concerto de chambre avec l’inévitable effet qui l’accompagne, le manque présence et de tension renforcé par la sensation d’indécision musicale qui empêcha les interprètes d’emporter fermement l’auditeur avec eux. Impression confortée, et sans doute même en partie causée, par quelques imprécisions digitales du pianiste et les légers décalages avec et dans l’orchestre. Ce n’est que dans le final qu’on a pu avoir la sensation qu’on avait quitté la conversation policée pour plus de fermeté, achevant sur une note plus vigoureuse une réalisation un peu sage et passe partout sans attrait particulier.

Après la pause était programmée la symphonie n°2 de Brahms qui allait s’avérer une bonne surprise, grâce à la vision personnelle du chef et à la réalisation de l’orchestre qui retrouva ici toutes ses qualités habituelles de l’ère Temirkanov, bien différentes de son style sous Mravinski, faisant de lui une formation à part et de ses concerts une source permanente d’inattendu, en bien ou en moins bien d’ailleurs. Clairement dans la symphonie du soir, comme dans celle du lendemain, le chef nous fit du Temirkanov pur jus, tout en rondeur, souplesse, douceur, avec ce côté ludique qui parfois avec ce chef va jusqu’à une touche de désinvolture laissant dans ces moments l’auditeur perplexe et son orchestre à l’abandon. Heureusement, le premier soir il nous a semblé que la balance était restée du bon côté, et que la symphonie n°2 de Brahms, prise sur un ton très pastoral et dédramatisé, même si elle avait forcément perdu une partie de sa tonicité, résistait assez bien et intéressait jusqu’au bout. On en dira pas autant de la symphonie n°4 donnée le lendemain. De teneur beaucoup plus formelle, moins lyrique, bien plus contrapuntique et d’un ton de mi mineur plus dramatique que la symphonie en ré majeur de la veille, elle nécessite un soin méticuleux dans la construction, une grande précision dans les contrechants et contretemps, bref une rigueur de réalisation qui n’est pas toujours le point fort de ce chef. Et qui manqua ce soir. De fait le même ton général ludique et hédoniste qui avait tenu le coup la veille, pénalisa fortement l’audition de la cadette des deux symphonies, au point de friser le hors sujet.

On se serait attendu au milieu de ce fleuve de bonhomie à une exécution du même style du Concerto pour piano n°2 de Brahms qui constitua la première partie du dernier concert de cette série. D’autant que ce concerto supporte assez bien diverses approches. Curieusement pianiste et chef ont choisi de s’éloigner du ton pastoral adopté ailleurs pour dramatiser plus franchement leur discours qui prit une vigueur et une amplitude dynamique nettement plus marquées. L’aspect formel de l’œuvre passa forcément un peu au second plan, voire disparut (le sublime fugatto à peine fugué), mais l’œuvre resta vivante, avança sans cesse avec une urgence inusitée ailleurs dans ces deux soirées. Dans une œuvre qui manifestement l’inspire au plus haut point, impressionna nettement plus que dans Schumann, et porta à lui tout seul une grande partie de la réussite de cette exécution, où un Temirkanov manifestement attentif au jeu du pianiste essaya de l’accompagner dans le même esprit. Et comme la veille dans la symphonie n°2, le résultat, défendu avec panache, était assez convainquant.

Ainsi ces deux soirées furent d’un certain point de vue conformes aux prévisions, c’est à dire originales avec du bien et du moins bien. Le public fort chaleureux fut récompensé par les bis offerts par le pianiste et le chef (un bis chacun à chaque concert), et si Nelson Freire nous enchanta dans des Brahms tout en finesse, le chef nous resservit, en moins inspiré que certaines années, les mêmes extraits d’Elgar, dont on se demande si, à force, l’orchestre ne finira pas un jour par jouer tout seul le fameux Nimrod.

Crédit photographique : © DR

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 14, 15-I-2011. Schumann (1810-1856) : Concerto pour piano et orchestre en la mineur op. 54. Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour piano n°2 en si bémol majeur op. 82 ; Symphonie n°2 en ré majeur op. 73 ; Symphonie n°4 en mi mineur op. 98. Nelson Freire, piano. Orchestre Philharmonique de Saint-Pétersbourg, direction : Yuri Temirkanov.

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