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Peter Brook, la Flûte dépouillée

La Scène, Opéra, Opéras

Luxembourg, Grand-Théâtre. 14-I-2011. D’après Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Une flûte enchantée, librement adaptée par Peter Brook, Franck Krawczyk et Marie-Hélène Estienne. Mise en scène : Peter Brook. Lumières : Philippe Vialatte. Avec : Antonio Figueroa, Tamino ; Agnieszka Slawinska, Pamina ; Leïla Benhamza, La Reine de la Nuit ; Virgile Frannais, Papageno ; Betsabée Haas, Papagena ; Patrick Bolleire, Sarastro ; Jean-Christophe Born, Monostatos ; William Nadylam et Abdou Ouologuem, comédiens. Matan Porat, piano

Une Flûte enchantée

a souhaité retrouver dans son spectacle la quintessence du chef d’œuvre de Mozart, qu’il a choisi de dépouiller de ses oripeaux maçonniques et de son manichéisme un peu primaire. L’action se situe ainsi dans un espace entièrement vide, à peine meublé de quelques cannes de bambou mobiles qui permettent de figurer, selon les besoins de l’action, là une porte, là un obstacle, ici un arbre… L’effondrement final de ce rideau annonce la dernière offensive précédant la victoire, puis la reconstruction, par tous…, du paradis perdu. En privilégiant l’essentiel, c’est-à-dire la quête intime qu’est le but de toute vie – autant celle d’un Tamino que d’un Papageno –, n’affaiblit pas le conte initiatique qu’a toujours été le sublime opéra de Mozart, mais il le vide de sa magie et de son merveilleux. La musique en avait-elle vraiment besoin ?

L’adaptation assez fine qu’en ont tirée , Franck Krawczyk et Marie-Hélène Estienne souligne dans l’ensemble la modernité de l’œuvre, et cherche elle aussi à aller à l’essentiel. Si les voix solistes suppléent occasionnellement le chœur, dont elles soulignent efficacement les lignes vocales, deux comédiens officient en bons génies, remplaçant aussi bien les dames de la nuit que les prêtres de Sarastro ou les trois jeunes garçons de la version originale. La réduction pour piano traite l’instrument en percussion moderne, et se livre parfois à des évocations oniriques du meilleur effet. L’intégration du lied de Mozart «Die alte», confié à Papagena, s’intègre intelligemment dans cette nouvelle lecture de l’œuvre.

Sur le plan vocal, le plateau accuse quelques faiblesses, notamment chez les dames. La Polonaise n’en est pas moins une ravissante Pamina, capable d’émouvants phrasés et de beaux accents lyriques. Les chanteurs masculins s’en sortent globalement mieux, grâce notamment au naturel du baryton Virgile Frannais, très bon acteur, et au joli timbre du ténor canadien , dont la voix un peu légère conviendrait difficilement au rôle de Tamino dans un cadre plus conventionnel.

Mais ce n’est vraisemblablement pas pour juger de la performance musicale et vocale que s’était déplacé le public, qui a pu vivre dans cette épure peut-être excessive quelques moments intimes de la plus grande intensité. Sans doute est-ce par l’expérience de la simplicité, sinon du vide ou du néant, que le spectateur a été invité à rouvrir, pour quelques instants, ses yeux et ses oreilles d’enfant.

Crédit photographique : William Nadylam (comédien) et (Tamino) ; (Pamina), Virgile Frannais (Papageno), Abdou Ouologuem et William Nadylam (comédiens) © Pascal Victor (ArtComArt)

 

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