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David Cohen interprète Lalo

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Liège. Salle philharmonique. 21-I-2011. Jean-Luc Fafchamps (né en 1960) : Lettre soufie : L(âm) ; Edouard Lalo (1823-1892) : Concerto pour violoncelle et orchestre en ré majeur ; Symphonie en sol majeur. David Cohen, violoncelle. Orchestre philharmonique de Liège, direction : Jean-Pierre Haeck.

La rencontre entre le chef d’orchestre et le violoncelliste remonte à dix années déjà. Cette collaboration fructueuse, dont l’OPL faisait bien évidemment partie intégrante, avait fait l’objet en 2003 d’un enregistrement du concerto pour violoncelle de d’Edouard Lalo. Depuis lors, la carrière de Cohen à pris son essor et le violoncelliste se partage aujourd’hui entre son poste de soliste au Philharmonia de Londres et son travail en tant qu’artiste concertant.

En prélude au programme de ce soir estampillé «Lalo», le compositeur belge voyait l’orchestre liégeois ajouter une nouvelle «lettre soufie» au cycle qu’il bâti petit à petit. Inspiré par le soufisme ( un mouvement spirituel islamique) le compositeur s’exerce en effet depuis une dizaine d’années à la composition de lettres soufies. Pour ce faire, il aborde chaque composition comme une exploration de la dimension théologique et symbolique des lettres. Il apparait de manière évidente que le terrain de jeu de Fafchamps est d’une grande complexité et que le programme de concert distribué aux auditeurs ne pouvait révéler tous les mécanismes de cette musique comparable à une pièce d’orfèvrerie. Ce qui retient tout d’abord notre attention c’est l’impression rarement ressentie dans les créations contemporaines d’une solide structure en évolution. Fafchamps n’additionne pas des instants, des cellules musicales : il sculpte, transforme, fait vivre sur une dizaine de minutes une immense phrase musicale. Elle repose sur des associations de timbres audacieuse, qui trouvent leur plus belle réussite dans le final de l’œuvre, lorsque la flûte aborde un long solo méditatif, sur lequel se superpose la plainte des timbales, effleurées par le percussionniste.

La suite du programme fait écho au disque enregistré par Cohen et Haeck, en associant à l’œuvre concertante l’unique symphonie du compositeur français.

Dans le concerto, le soliste nous fait forte impression à travers un premier mouvement installé par l’orchestre de manière imposante. Jean Pierre Haeck démontre rapidement qu’il n’est pas un accompagnateur effacé. Il propulse son orchestre comme un second narrateur à travers une partition qui limite pourtant les musiciens à des interventions comparables à des éléments de ponctuations habillant les élans mélodiques du soliste. Dans le second mouvement, Cohen tend hélas à oublier l’orchestre qui se tient derrière lui et l’allegro presto devient vite agaçant lorsque les flutes de l’orchestre courent désespérément après un soliste qui n’a pas réalisé que cette page ne permet aucun épanchement de sa part tant la mise en place des différentes parties s’avère délicate. L’allegro final voit revenir à une meilleure communication avec l’orchestre. Il subsiste ca et là quelques imprécisions ; la justesse reste perfectible dans les traits les plus virtuoses, mais ce concerto soulève tout de même notre enthousiasme par la symbiose entre l’orchestre et le soliste apportant à ce bouillonnant concerto la fougue qui en révèle les attraits.

La symphonie d’Edouard Lalo a beau être moins populaire que ses contemporaines ( la Symphonie de et la Symphonie n°3 de Saint-Saëns datent également de 1886), elle n’en demeure pas moins digne d’intérêt. La majesté et la gravité des matériaux thématiques développés dans le premier mouvement évoquent les grands élans romantiques et ils trouvent en un interprète précis. Le second mouvement fait la part belle aux bois auxquels le compositeur offre une introduction jubilatoire dans laquelle le pupitre des clarinettes se montre pourtant avare, par leurs sonorités manquant cruellement de rondeur. L’œuvre est subtile et ne manque pas de charme, si l’on fait abstraction de l’Adagio dont les dynamiques soulignées de manière écrasante par Jean-Pierre Haeck peuvent se révéler indigestes. Ainsi, Jean-Pierre Haeck aurait gagné à moins solliciter les cuivres, la balance générale pêchant souvent par son déséquilibre. Il s’agit de la principale réserve que nous émettrons sur cette exécution. Néanmoins, ne boudons pas le plaisir procuré par ce concert original et saluons l’initiative de programmation du chef d’orchestre, permettant au public de goûter aux saveurs d’une partition curieusement boudée par le disque.

Crédits photographiques : © Daniel Herendi

<strong>Liège</strong>. Salle philharmonique. 21-I-2011. <strong></strong> (1960- )&nbsp;: <em>Lettre soufie&nbsp;: L(âm)&nbsp;; </em> <strong>Edouard Lalo</strong> (1823-1892)&nbsp;: <em>Concerto pour violoncelle et orchestre en ré majeur&nbsp;; Symphonie en sol majeur. </em> <strong>David Cohen</strong>, violoncelle. <strong>Orchestre philharmonique de Liège</strong>, direction&nbsp;: <strong>Jean-Pierre Haeck</strong>.

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