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Michael Tilson Thomas champion de la musique américaine

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Charles Ives (1874-1954) : A Concord Symphony (orchestration de Henry Brant). Aaron Copland (1900-1990) : Organ Symphony. Paul Jacobs, orgue. San Francisco Symphony, direction : Michael Tilson Thomas. 1 SACD Hybride SFS Media SFS0038. Code barre : 821936003824. Enregistré en public du 3 au 6 février 2010 (Ives) et du 22 au 25 septembre 2010 (Copland) au Davies Symphony Hall, San Francisco. DDD. Notices trilingues (anglais, français, allemand) bonnes. Durée : 77’07.

 

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Tardivement, la seconde moitié du XXe siècle a véritablement redécouvert (1874-1954), ce génial précurseur américain de la musique moderne, qui, avant tout autre, a pratiqué la polytonalité, la polyrythmie, le quart de ton et même, dans cette Sonate n°2 pour piano «Concord» – ou plus précisément «Concord, Massachusetts, 1840-1860» – les fameux tone-clusters, ou simplement clusters, qui feront l’objet en 1919 d’une utilisation et d’une étude systématiques par Henry Cowell, alors que la sonate de Ives fut essentiellement écrite entre 1909 et 1915.

Œuvre en quatre parties rendant hommage au mouvement philosophique des Transcendantalistes américains, elle porte en sous-titres le nom de ses principaux représentants : Emerson (pour Ralph Waldo Emerson), Hawthorne (pour Nathaniel Hawthorne), The Alcotts (pour Bronson et Louisa May Alcott), Thoreau (pour Henry David Thoreau). l’a bien définie en ces termes : «J’ai tenté de tracer un portrait impressionniste d’Emerson et de Thoreau, un croquis des Alcott, et un scherzo censé refléter le caractère plus léger que l’on trouve souvent dans le côté fantastique de Hawthorne.»

Tout en étant d’une extrême difficulté pour le piano solo, le caractère véritablement symphonique de la Concord Sonata appelait impérieusement une transposition à l’orchestre. C’est ce qu’a magistralement accompli le compositeur canadien Henry Brant (1913-2008) à ses moments perdus, dit-il, de 1958 à 1994 : «En me lançant dans ce projet, mon intention était […] de créer un langage symphonique qui entraînerait l’orchestre avec une assurance vigoureuse et présenterait l’étonnante musique d’Ives dans des sonorités claires, vives et intenses.» Le fait d’appeler le résultat A Concord Symphony montre à l’évidence qu’il s’agit d’une transposition orchestrale non exhaustive ou définitive de l’œuvre, tant l’original peut se prêter à de multiples réalisations sonores, ce qu’a d’ailleurs très bien compris Henry Brant.

On sait ardent défenseur de la musique de Charles Ives : il suffit d’en rappeler ses incomparables enregistrements chez Sony-BMG. Mais c’était une véritable gageure de risquer l’enregistrement public – même réparti sur quatre jours – d’une œuvre aussi complexe et d’une telle ampleur (50 minutes !) Pari tenu et d’une réussite totale !

Aux côtés de cette partition d’envergure, la Symphonie pour orgue et orchestre d’ (1900-1990), en trois mouvements, peut sembler bien concise mais n’en est pas moins riche. Après avoir créé l’œuvre le 11 janvier 1925 à la direction du New York Symphony Orchestra, Walter Damrosch dit au public de l’Aeolian Hall : «Mesdames et Messieurs, je suis sûr que vous conviendrez avec moi que, si un jeune homme doué peut écrire une symphonie comme celle-ci à l’âge de vingt-trois ans, d’ici cinq ans il sera prêt à commettre un meurtre.» Sans doute par ces propos le chef d’orchestre désirait-il taquiner les influentes dames conservatrices du dimanche après-midi, confrontées à la musique américaine moderne, mais cela montre surtout que Copland, élève de Nadia Boulanger qui tint la partie d’orgue lors de la création de la Symphonie pour orgue, pouvait être considéré comme le chef de file de l’avant-garde musicale américaine d’alors, qui comptait également Henry Cowell, Carl Ruggles ou Edgard Varèse.

Mais laissons la parole à qui caractérise son œuvre en ces termes : «L’orgue est traité comme une partie intégrante de l’orchestre plutôt que comme un instrument soliste avec accompagnement orchestral ; mais il reste néanmoins toujours au premier plan.» Conçue à Paris en 1924 alors que Copland achevait ses études de composition auprès de Nadia Boulanger, et terminée en Amérique à l’automne 1924, la Symphonie pour orgue et orchestre devait être ensuite métamorphosée par son auteur en 1928 pour le seul orchestre sans orgue, sous l’appellation de Symphonie n°1.

Les discophiles d’un certain âge se souviennent très certainement de la brillante première gravure studio mondiale de la Symphonie pour orgue de Copland réalisée en janvier 1967 par son ami Bernstein à la tête du New York Philharmonic, avec Edward Power Biggs en soliste. Il est réconfortant de constater que la présente interprétation de et du jeune aux cinq claviers d’un remarquable orgue Ruffatti ne leur cèdent en rien, bénéficiant par ailleurs de l’excitation d’une captation en public au superbe Davies Symphony Hall de San Francisco.

Voilà donc un disque vraiment essentiel de deux œuvres américaines dont finalement les enregistrements ne sont guère légion.

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Charles Ives (1874-1954) : A Concord Symphony (orchestration de Henry Brant). Aaron Copland (1900-1990) : Organ Symphony. Paul Jacobs, orgue. San Francisco Symphony, direction : Michael Tilson Thomas. 1 SACD Hybride SFS Media SFS0038. Code barre : 821936003824. Enregistré en public du 3 au 6 février 2010 (Ives) et du 22 au 25 septembre 2010 (Copland) au Davies Symphony Hall, San Francisco. DDD. Notices trilingues (anglais, français, allemand) bonnes. Durée : 77’07.

 
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