Carmina burana et Shaker Loops

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Liège. Salle Philharmonique. 18-III-2011. John Adams (né en 1947) : Shaker Loops ; Carl Orff (1895-1982) : Carmina burana. Dorine Mortelmans, soprano ; Sébastien Guèze, ténor ; Thomas Mohr, baryton. Chœur de l’Opéra royal de Wallonie, Chœur et Maîtrise de l’Opéra des Flandres, Chœur symphonique de Namur, (chef de chœur : Marcel Seminara). Orchestre philharmonique de Liège, direction : Patrick Davin

Après avoir dirigé une Symphonie n°7 de Mahler trois semaines plus tôt, revenait à la tête de l’Orchestre philharmonique de Liège pour un programme hétéroclite couronné par les clinquantes Carmina burana ! Dans le cadre d’une saison-anniversaire, c’était une belle occasion de réjouir une multitude de spectateurs pas toujours habitués à fréquenter la salle philharmonique. Curiosité du programme, c’est une pièce de qui ouvrait le concert. A l’opposé des exubérants effectifs requis par la cantate lde , Shaker Loops fait appel à une unique formation de cordes. L’œuvre du compositeur américain composée en 1983 est encore fortement apparentée aux travaux de de par sa structure basée sur des motifs cyclique évoluant de manière imperceptible. Les cordes explorent ainsi sur cinq «boucles» une palette impressionnante d’effets reposant principalement sur des trilles et tremolos. ne ménage pas l’auditeur en lui imposant une lecture implacable boostée par des dynamiques souvent imposantes, parfois écrasantes. L’expérience musicale est saisissante et a certainement bousculé une partie du public par sa radicalité.

Environ deux-cent exécutants étaient rassemblés en seconde partie de concert pour interpréter Carmina burana. Marcel Seminara, chef de chœur de l’Opera royal de Wallonie avait reçu la délicate mission de ne faire qu’une des trois formations vocales rassemblées pour l’occasion. Ce rassemblement inédit mais surtout inattendu trouve son explication dans les emplois du temps respectifs des différentes institution lyriques du royaume. Les hommes du Chœur de l’Opéra royal de Wallonie étaient occupés par le Barbier de Séville joué actuellement à Liège tandis que les voix féminines du Chœur du Vlaamse Opera se réservaient à d’autres obligations. Seul le Chœur symphonique de Namur se présentait au complet. L’exercice s’est avéré plutôt sévère pour le dames du chœur wallon, dont l’ensemble était clairement abimé par plusieurs voix au vibrato encombrant. Le travail de Marcel Seminara reste à saluer, tous comme la discipline dont a fait preuve la Maîtrise du Vlaamse Opera. Le baryton que nous avions entendu en septembre dans Das Lied von der Erde (en tant que ténor), s’est montré peu inspiré dans le chant n°4 Omnia sol temperata, bousculé par l’orchestre. Une occasion manquée d’exprimer la sérénité et la tranquillité constituant pourtant l’essence de ces quelques pages. Les prochaines interventions du chanteur se montrent bien plus intéressantes. On en retient principalement le bel équilibre dans l’expressivité déployée dans les chansons à boire et surtout une aisance remarquable dans les différents registres abordés dans le chant n° 16 Die, nox et omnia. Son collègue est un ténor élégant mais agaçant lorsqu’à deux reprises, il entame ses phrasés avec un temps d’avance sur l’orchestre. Ce problème rythmique s’est malheureusement répété avec , soprano au timbre délicat mais encore fragile pour nous convaincre totalement dans le n°23 Dulcissime. La performance la plus probante de cette soirée reste celle de Patrick Davin. Le chef d’orchestre enchaîne avec brio les chants en démontrant qu’il en possède une excellente vision d’ensemble. Il sait faire preuve d’audace et d’imagination à travers des tempi parfois surprenant ( les réponses du chœur dans le n°7 Floret Silva Nobilis !) mais conserve surtout une excellente maîtrise de la dynamique générale de l’orchestre. En tenant ses musiciens à distance du précipice béant de la foire aux décibels, Davin nous rappelle qu’il est possible de faire de la musique avec Carmina burana.

Crédit photographique : Patrick Davin © DR

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