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Teodor Ilincăi, ténor

Artistes, Chanteurs, Entretiens, Opéra

A seulement 27 ans, le ténor roumain Teodor Ilincăi suscite admiration et étonnement, y compris dans ces colonnes (Macbeth à Bucarest), pour la beauté de sa voix, la pureté de son style tant dans l’opéra italien que dans le répertoire français et une présence scénique irradiante. Révélé par la reprise de La Bohème londonienne de John Copley (disponible en DVD chez Opus Arte), où il remplaçait Piotr Beczala, et depuis familier du Capitole de Toulouse, de l’Opéra de Hambourg et du Staatsoper de Vienne, le jeune chanteur nous a accordé un entretien dans la foulée de sa prise de rôle à Lausanne dans Roméo et Juliette.

Notre dossier : Art lyrique

Crédit photographique : photo © Adrian Stoicoviciu

 

ResMusica : Comment avez vous découvert la musique et quelles sont les raisons qui vous ont poussé à devenir chanteur?
: Je suis né en Moldavie roumaine pas très loin de Suceava et des monastères de Bucovine avec la musique dans les oreilles. Mon père et tous mes frères chantaient. Mais la musique classique je l’ai vraiment découverte au conservatoire ou j’ai étudié la musique byzantine et la pédagogie. J’ai également suivi des cours de philologie à l’université. Comme j’avais besoin d’argent, j’ai intégré le chœur de l’Opéra de Bucarest pour un contrat de un an et j’ai réalisé rapidement que je pouvais progresser et être soliste. J’ai choisi alors un grand professeur de chant, un ténor célèbre -le meilleur de Bucarest, Corneliu Fanateanu.

RM : L’Opéra National de Bucarest est connu pour la qualité et la diversité de sa programmation et surtout pour son esprit de troupe qui permet à de jeunes chanteurs de faire leurs armes. Vous y avez chanté vos premiers Alfredo, Ismaele, Macduff. Qu’y avez vous appris?
TI : J’ai appris à être fort. Il faut suivre son instinct et surtout ne pas trop écouter ce que les gens disent en pensant que c’est bien pour toi. C’est à toi de choisir ce qui est bien pour toi. L’esprit de compétition qui y règne nous pousse à faire de notre mieux. J’ai participé à des productions un peu vieilles mais aussi rencontré des metteurs en scène aux idées novatrices comme Petrika Ionesco pour Macbeth. Dès que j’ai un peu de temps, j’ai vraiment plaisir à retourner chanter à l’Opéra de Bucarest.

RM : Le chant roumain a connu d’illustres représentantes comme Virginia Zeani ou Ileana Cotrubas et aujourd’hui Angela Gheorghiu et Nelly Miriciou en sont les porte-drapeaux. Les connaissez-vous et avez vous chanté avec l’émouvante Roxana Briban qui s’est suicidée récemment?
TI : Ileana Cotrubas est une grande chanteuse que j’admire pour sa technique et son intelligence musicale terrible. J’ai participé à un gala avec Angela à Bucarest mais n’ai pas encore eu la chance de l’avoir comme partenaire. Nelly Miriciou se produit souvent à l’Opéra de Bucarest où elle est soliste comme moi. Quant à Roxana Briban, je regrette de ne pas l’avoir plus connue. Quand j’ai décidé de devenir soliste, elle m’a envoyé un mail touchant dans lequel elle m’écrivait que selon elle je ferai une belle carrière. C’était une interprète magnifique.

RM : En 2009, vous remplacez Piotr Beczala, souffrant, dans la fameuse Bohème de Covent Garden mise en scène par John Copley et dirigée par Andris Nelsons. Votre carrière internationale débute-t-elle à ce moment précis.
TI : Pas exactement car j’avais déjà chanté sur les scènes auparavant à Hambourg à Séville et en Italie. C’est surtout le DVD [NDLR : paru chez Opus Arte] qui a aidé à me faire connaître. Techniquement, en l’écoutant je remarque que j’ai encore des progrès à faire mais qu’il y avait beaucoup d’émotion et de jeunesse dans cette Bohème. Ma Mimi, Hibla Gerzmava était superbe. Je n’avais que 26 ans…

RM : Quels sont vos modèles parmi les ténors vivants ou disparus ?
TI : J’écoute Franco Corelli tous les jours, pour moi c’est le roi des ténors. J’admire aussi Jussi Björling, Benjamino Gigli et puis Placido Domingo pour sa technique et son parcours musical.

RM : Vous accordez une grande attention au style, très raffiné en ce qui vous concerne tant dans le répertoire italien que français?
TI : La musique française m’a aidé à développer ce style raffiné comme vous dites et je l’ai beaucoup travaillée. Le phrasé est très différent de la musique italienne. J’ai interprété le rôle de Faust au festival de Macerata. Quant à la prononciation, mon professeur roumain m’a toujours dit qu’elle devait être parfaite pour que le public puisse tout comprendre. Lorsque j’ai chanté Lenski à Monte-Carlo, j’étais le seul à ne pas parler russe mais il fallait que ma prononciation soit idéale.

RM : Que devez vous améliorer selon vous?
TI : La résistance. Surtout pour un rôle comme Roméo. Nous sommes comme des sportifs qui devons faire un effort permanent. Après le première, j’ai besoin de deux jours de repos. L’important est d’être encore frais à la fin de la représentation donc de savoir d’économiser.

RM : Quels sont vos prochains engagements?
TI : Ismaele à Vienne, Pinkerton à Toulouse et à Hambourg, Rodolfo à Barcelone, Roméo à Marseille et à Santiago du Chili. On m’a proposé Werther mais je ne veux pas le chanter tout de suite. J’ai eu la chance d’être engagé par Riccardo Muti pour le prochain Macbeth de l’Opéra de Rome après audition.

RM : Comment voyez vous l’évolution de votre voix?
TI : Pour l’instant je choisis mes rôles avec prudence mais dans quatre ou cinq ans je vais diversifier mon répertoire. Ma voix n’est pas si lyrique que cela et je dois me battre en permanence. Notamment pour chanter Roméo, le rôle le plus difficile que j’ai abordé pour l’instant et qui va me suivre pendant longtemps je pense. Bientôt je pourrai chanter le Duc dans Rigoletto mais on ne me l’a pas encore proposé. J’adorerai interpréter Luisa Miller, Ernani, Don Carlo et après 40 ans Aida. J’ai beaucoup de plaisir à chanter Lenski dans Eugène Oneguine et j’espère pouvoir un jour être Hermann dans La Dame de pique.

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