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L’effet Volkov continue !

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Lyon. Auditorium Maurice Ravel. 31-III-2011. Edith Canat de Chizy (1950-) : Pierre d’éclair, création mondiale, commande de l’ONL. Richard Strauss (1864-1949) : Fantaisie tirée de l’opéra Die frau ohne schatten, op. 65. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°4, en sol majeur, pour soprano solo et orchestre. Camilla Tilling, soprano. Orchestre National de Lyon, direction : Ilan Volkov.

Voilà un concert plein de belles surprises et généreux en satisfactions musicales.

En premier lieu, la création de Pierre d’éclair d’Edith Canat de Chizy asseoit la singularité de la compositrice, définitivement en dehors des modes. «Le titre est de René Char : toute la mystique du poète est concentrée dans ces deux mots dont le rapport est à la fois antinomique et fusionnel. Antinomie de l’immobile et de la fulgurance, de la pesanteur et de la déchirure, mais aussi fusion de ces deux états de la matière» lit-on dans le programme. Il ne reste plus qu’à goûter le langage impalpable et mystérieux d’une pièce-monde de douze minute seulement où le sens de la spatialisation sonore de l’auteur de Omen et Times s’épanouit pleinement. Au continuum incarné par des cordes étales et enveloppantes à la fois répond la densité tellurique des cuivres et le déchirement magmatique des percussions. Subtilement dialectique, l’écriture esquive les confrontations de sonorités brutales et immerge l’auditeur dans un univers immatériel et cependant profondément incarné.

Très peu jouée, la Fantaisie tirée de La Femme sans ombre de contraste idéalement avec les moirures fuligineuses de Pierre d’éclair. Pour autant les amoureux de l’ésotérique opéra-fleuve de Richard ne reconnaîtront guère sa personnalité unique dans cette luxuriante pièce symphonique, qui trouve en les cordes de l’ONL -sans doute parmi les plus belles de l’hexagone- un galbe et une étoffe inespérées. Sans être dupe des facilités de la partition, qui ne rend pas toujours justice à l’atmosphères de songes lointains et inaccessibles de l’œuvre originelle, on succombe à la lecture hédoniste qu’en donne .

Désormais familier de Mahler, l’orchestre aborde la faussement enjouée Symphonie n°4 avec son aisance coutumière (Sixième par Simone Young). La surprise vient du chef israëlien qui par sa visible réflexion sur l’œuvre, et des choix interprétatifs parfois contestables mais toujours intelligents, nous épargne les lectures pasteurisés ou subjectives à l’excès qui rendent parfois le compositeur plus ou moins fréquentable.

Malgré un départ passablement hasardeux, le Bedächtig initial trouve rapidement le ton plein d’allant, et la veine irrésistiblement viennoise qui le caractérisent -bien qu’il soit troué de sombre éclats que Volkov au fait des lignes de force de la partition sait faire saillir. Tout respire presque idéalement, les cordes chaleureuses rebondissent comme il se doit, les bois s’égaient et colorent le ciel sonore. Diabolique apprenti-sorcier, grinçant et ironique, le problématique scherzo n’est pas le meilleur moment du concert. Volkov cherche à tout faire entendre et détache les pupitres, qui mis en difficulté par des tempi laborieux, n’échappent ni aux lourdeurs (cuivres), ni à un enlisement certain. Sublime création mahlerienne, l’adagio procure la béatitude attendu, avec des phrasés superbes, un vibrato très contrôlé, des violon stratosphériquement beaux. Souvent défiguré par des chanteuses redoutablement prosaïques, le lied final -échelle de jacob reliant l’humble auditeur au sublime de la vie céleste- est littéralement illuminé par , aussi pure de timbre et d’expression que dans un Incarnatus est mozartien. Le jeune chef accuse et exacerbe les contrastes passant de la bourrasque des clochettes initiales à la douceur de l’évocation du paradis par la voix angélique… jusqu’à l’apaisement final qui a laissé le public sans voix. Dans cet erwacht ouvrant sur l’infini, est passé quelque chose de l’ewig du Chant de la Terre.

Crédit photographique : © Simon Butterworth

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