Des années 30 de toute beauté avec Gil Shaham

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Salle Pleyel. 06-IV-2011. Jean Sibelius (1865-1957) : Finlandia, tableau symphonique op. 26 ; William Walton (1902-1983) : Concerto pour violon en si mineur ; Serge Prokofiev (1891-1953) : Symphonie n°5 en si bémol majeur op. 100. Gil Shaham, violon. Orchestre de Paris, direction : Yoel Levi

Avec Korngold et Barber il y a une quinzaine d’année, il avait pris le chemin des studios. Aujourd’hui, c’est à Pleyel que le violoniste américain redonne voix à des concertos méconnus des années 30, avec l’ et pour trois saisons (ou plus).

En choisissant le concerto de ce soir, ne fait pas qu’explorer les années 30 : il explore aussi l’histoire du violon. L’œuvre, foisonnante, exigeante, intimiste et lyrique (sans effusions) porte l’empreinte de Heifetz. Il en fut le commanditaire et l’a voulue à l’image de son talent d’enfant prodige. en saisit le crépitement, la bravoure, la poésie et la pudeur aussi. Il a la virtuosité désinvolte, le flair pour trouver la note qui donne sens à la plus sinueuse des phrases ou qui bouleverse une atmosphère… tandis que l’orchestre semble pris dans la partition. En effet, ce dernier est présent dans les moments importants mais n’est pas assez alerte pour engager le dialogue avec un soliste pourtant désireux de communier. Le violon de , sa sonorité soyeuse et ses aigus translucides, font de la partie soliste un petit bijou qui brave la masse orchestrale parfois chaotique, parfois confuse – un peu, il est vrai, à l’image des temps troubles de l’Histoire.

La Symphonie n°5 de Prokofiev est une œuvre de choix pour un orchestre qui possède un son charnu et soutenu comme celui de l’. C’est cette corde-même qu’exploite le chef, , peut-être même un peu trop. Grandiose, suave et harmonieuse, cette interprétation défend le règne du beau sur celui du sens. Celui d’une œuvre hors contexte où le sens du rythme, les accents, les dissonances et les intervalles vertigineux censés créer la tension ne sont réellement qu’anecdotiques. On se laisse toutefois emporter par ces sonorités chatoyantes, le volume sonore épanoui et des moments très réussis qui pourtant n’enlèvent pas le doute : n’était-ce pas en fait du Gershwin?

Crédit photographique : Gil Shaham © Christian Steiner

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