Lisa au pays des Soviets

À emporter, CD, Musique symphonique

Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Concerto pour violon n°1 op. 77, Valse lyrique ; Giya Kancheli (né en 1935) : V&V ; Arvo Pärt (né en 1935) : Spiegel im Spiegel ; Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Vocalise op. 34 n°14. Lisa Batiashvili, violon ; Hélène Grimaud, piano ; Orchestre Symphonique de la Radio Bavaroise, direction : Esa-Pekka Salonen. 1 CD Deutsche Grammophon. Référence et code Barre : 028947792994. Enregistré à Munich, Herkulessaal en mai 2010 et Paris, Ircam en novembre 2010. Notice trilingue (anglais, allemand, français). 68’21’’

 

En débauchant (ex-Sony), Deutsche Grammophon s’adjoint les services d’une valeur sûre du violon d’aujourd’hui et de demain. A côté d’Hilary Hahn (DGG), Janine Jansen (Decca) et Julia Fischer (Decca), les plus fins archets féminins de la jeune génération sont désormais dans le giron du groupe Universal. Pour son premier album dans la prestigieuse écurie, Batiashvili s’attaque –avec deux Stradivarius différents- à quatre compositeurs soviétiques du XXe siècle dont les esthétiques divergent.

Il y a aussi un monde de différence entre la féminité que dégage la musicienne sur les très nombreuses photos du livret (un book plus qu’une véritable notice) et la poigne de fer dont elle fait preuve dans le Concerto de . Après un Nocturne aux magnifiques couleurs crépusculaires et un Scherzo aux accents tziganes, la Passacaglia –avec sa redoutable cadence- est particulièrement impressionnante d’autorité et de détermination. Pour conclure, le finale voit la virtuosité diabolique (mais jamais gratuite) de Batiashvili se déployer dans un tempo très rapide. Il faut également rendre hommage à qui, malgré un Burlesque un rien trop prosaïque mais très en place, construit un monde sonore des plus appropriés (le Scherzo !), se montre toujours vif et acéré et fait de la passacaille une terrifiante procession funèbre. Le chef finlandais est incontestablement l’autre star de cet enregistrement qui mérite de figurer en bonne place dans la discographie.

La suite du programme est malheureusement moins convaincante. Malgré de belles qualités, V&V de ne tient pas toutes ses promesses et s’évapore assez rapidement. Si l’on y attend plutôt Gidon Kremer, Biatiashvili réussit néanmoins très bien cette pièce dont l’écriture violonistique, avec ses harmoniques, est beaucoup plus difficile qu’elle n’y paraît. Originellement conçue pour piano, la Valse lyrique de Chostakovitch a été expressément transcrite pour violon et orchestre à cordes par le père de la soliste. On ne peut que se réjouir de la brièveté de la pièce car cet arrangement aux parfums de guimauve semble plutôt destiné au public d’André Rieu … Pour terminer, apparaît en guest star dans Spiegel im Spiegel, morceau techniquement simplissime d’ au cours duquel les deux musiciennes séduisent par leur belle expressivité. Elles terminent avec la célèbre Vocalise op. 34 n°14 de Sergueï Rachmaninov, «bis» faisant fonction dont on se serait passé. Ce disque laisse en somme un sentiment mitigé et vaut surtout pour le morceau de résistance qui ouvre magnifiquement le programme.

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