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Et si Sibelius entrait enfin au répertoire de nos orchestres français

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Paris. Salle Pleyel. 28-IV-2011. Maurice Duruflé (1902-1986) : Trois danses pour orchestre op. 6. Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour piano n°1 en ré mineur op. 15. Jean Sibelius (1865- 1957) : Symphonie n°5 en mi bémol majeur Op. 82. Lars Vogt, piano. Orchestre de Paris, direction  : Paavo Järvi.

Il faut croire que aime bien ces copieux programmes car, à l’instar du concert avec Radu Lupu il y a moins d’un an, il a composé sa soirée de façon très semblable, avec une première partie conséquente débutant par une «longue» ouverture (près de 25 mn) consacrée à une œuvre «rare» suivie par un des grands concertos du répertoire (rien moins que le premier de Brahms), pour conclure par une symphonie et non des moindres avec la Symphonie n°5 de Sibelius.

Divertissement, Danse lente, Tambourin sont donc les Trois danses pour orchestre qui ouvrirent la soirée, composées par à partir de 1932 et qui furent créées en 1936 par Paul Paray. Jouée en ces soirées de printemps 2011 pour la première fois de son histoire par l’, cette œuvre ne semble pas présenter de difficultés particulières pour un orchestre moderne et la prestation du soir nous parut parfaitement adéquate pour une œuvre que nos oreilles découvraient par la même occasion. C’était même assez plaisant à entendre, fort joliment composé, certes avec toutes sortes d’influences pas seulement françaises, mais tout s’enchaînait avec harmonie et fluidité. Tout juste pouvait on se dire que l’aspect rythmique classique des danses n’était pas spécialement mis en lumière par le chef au profit d’un «symphonisme» peut-être plus dans l’esprit de l’œuvre de Duruflé.

Après quelques ajustements de plateau, le pianiste put prendre place à son clavier pour l’immense Concerto pour piano n°1 de Brahms qu’il vaut mieux pour l’affronter être en pleine possession de ses moyens. Ce n’était pas tout à fait le cas ce soir, le pianiste plus que fiévreux ayant même été proche de l’annulation, mais a quand même assuré ce concert, probablement pas sans difficulté si on en croit les évidentes marques d’effort qui se lisaient sur son visage. Conséquence ou pas, il nous a quand même semblé que cette interprétation pêchait par manque de continuité dans l’intensité du discours comme dans la tenue des notes dont certaines s’échappaient sous les doigts du pianiste. Ainsi le début de ce grandiose concerto fut un poil indolent, on monta brutalement en puissance au cœur du Maestoso sans plus d’évidence que ça, comme si le pianiste avait voulu garder ses forces pour tenir jusqu’au bout de ce long mouvement. Compte tenu des circonstances il n’avait peut-être pas le choix. De son côté l’orchestre prit soin de ne pas écraser le piano, l’accompagnant non sans une certaine épaisseur de son, pas forcément hors de propos dans cette œuvre, mais un peu monotone et pas assez porteuse de ce caractère dramatique inhérent à ce concerto. Les deux mouvements suivants, moins développés et de caractère moins épique, posèrent moins de problèmes, et même s’ils souffraient des mêmes défauts que le Maestoso initial, en pâtirent moins significativement. Mais cet opus 15 manqua quand même de souffle, de caractère et de continuité pour réellement convaincre. remercia le public pour ses applaudissements et offrit en bis un Nocturne de Chopin qui nous sembla un poil décousu lui aussi.

Sibelius n’est toujours pas si souvent joué que ça sous nos latitudes et pouvoir entendre une de ses plus grandes œuvres est une occasion à ne pas manquer. On ne boudera donc pas notre plaisir avec cette interprétation se rapprochant dans l’esprit du Duruflé du début, avec une volonté de faire harmonieux et fluide au détriment de l’épique et de l’organique. Pris sous cet angle chef et orchestre s’y montrèrent intéressants, et gardèrent une sorte de liberté de ton qui nous conserva attentifs. Leur jeu ne se départit pas d’un aspect lumineux en même temps qu’anti virtuose alors que la partition aurait volontiers supporté plus de noirceur et de panache, et du coup l’écoute n’allait pas sans certaines frustrations. Surtout sur l’arrivée des climax, qui chez Sibelius sont subtilement préparés par ses montées par vagues, et qu’on n’a pas senti ce soir aussi bien organiquement propulsés qu’ils auraient dû. Néanmoins, si cette Cinquième manqua sans doute de tension et de grandeur épique pour nous enthousiasmer complètement, elle resta fort intéressante et assez prometteuse pour l’avenir. Alors s’il vous plait, rejouez nous d’autres Sibelius.

Crédit photographique : Lars Vogt © Felix Brœde

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Paris. Salle Pleyel. 28-IV-2011. Maurice Duruflé (1902-1986) : Trois danses pour orchestre op. 6. Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour piano n°1 en ré mineur op. 15. Jean Sibelius (1865- 1957) : Symphonie n°5 en mi bémol majeur Op. 82. Lars Vogt, piano. Orchestre de Paris, direction  : Paavo Järvi.

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