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Turangalîla-Symphonie par Rophé et l’OPL

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Charleroi. Palais des Beaux Arts. 28-IV-2011. Olivier Messiaen (1908-1992) : Turangalîla-Symphonie. Jean-Efflam Bavouzet : piano ; Valérie Hartman-Claverie, ondes Martenot. Orchestre philharmonique de Liège, direction : Pascal Rophé.

Orchestre philharmonique de Liège

La politique de communication du Palais des Beaux-Arts de Charleroi a tristement démontré ses faiblesses lors de ce concert donné par l’Orchestre philharmonique de Liège en son sein. Comment expliquer qu’une exécution de la Turangalîla-Symphonie d’ ne puisse attirer que deux ou trois cent mélomanes si ce n’est par un manque cruel de communication de la part des organisateurs ? La non existence d’un public potentiel ne pourrait être invoquée car la ville de Charleroi est pourtant parfaitement comparable à celle de Liège en terme d’importance de population et possède comme toute grande ville des établissements d’enseignement musical (conservatoire, académies… ). Un public potentiel existe donc à Charleroi et il est hélas à parier que ce dernier ignorait tout simplement la programmation de ce concert. C’est donc face à une bien triste salle que s’est produit l’OPL, placé sous la direction de son ancien directeur musical , habitué à diriger la Turangalîla régulièrement. La soirée avait tout pour satisfaire un large public en proposant en prélude au concert une courte présentation à l’image des séances commentées données régulièrement à Liège sous le nom du « dessous des quartes ». Lors de cette présentation, a présenté quelques thèmes musicaux caractéristiques de la symphonie avec l’aide du pianiste . L’ondiste Valérie Hartman-Claverie, ayant déjà exécuté plus d’une centaine de fois le monument de Messiaen en concert a présenté de manière générale l’histoire de son instrument, ainsi que la façon dont sont jouées les ondes Martenot au public.

L’exécution de l’œuvre fut de très bonne facture. L’acoustique du Palais des Beaux Arts apporte un son très rond à l’orchestre gargantuesque et valorise le travail de qui inspire une nouvelle fois à ses musiciens un jeu d’une très grande précision. Dans cet ensemble, le piano intègre la masse orchestrale plutôt que de s’affirmer comme soliste et révèle une dimension plus large de la partition que celle qui transparait au travers de la majorité des enregistrements de la symphonie. Ceux-ci tendent en effet souvent à amener piano et ondes Martenot à l’avant plan sonore de manière artificielle.

Lorsque les cuivres développent pour la première fois le thème-statue, la qualité de l’ensemble impressionne. Les attaques sont précises, la justesse impeccable. Joie du sang et des étoiles clôt avec brio la première partie de l’œuvre où ont été évoqués thèmes fleurs et thème amour. Débordante de joie et plutôt bien maîtrisée malgré la rythmique redoutable sollicitée à travers ces pages, elle se clôt par une cadence implacable de et un tutti orchestral extatique. En seconde partie de la symphonie, piano et ondes se marient à merveille lors de la très belle évocation du Jardin du sommeil d’amour. Valérie Hartman-Claverie maîtrise remarquablement son insolite instrument permettant, rappelons-le, de jouer via un clavier similaire à celui du piano, mais également de travailler par glissandi via un ruban métallique parallèle au clavier, sur lequel la musicienne promène une bague. L’instrument électronique est équipé de trois diffuseurs aux caractéristiques particulières. Le jeu déployé à l’aide du diffuseur construit autour d’un gong est certainement le plus séduisant, par son caractère métallique et énigmatique. Seule gêne retenue lors de cette exécution : la dynamique disproportionnée des ondes Martenot comparée au reste des exécutants, et ce particulièrement dans le registre aigu, rendant l’écoute parfois pénible. Des ultimes mouvements, nous avons retenu la beauté du « thème amour » ponctuant le huitième mouvement. Ce dernier forme une belle synthèse des différents thèmes musicaux voyageant tout au long de l’œuvre et est remarquablement habité par un orchestre ( encore !) en grande forme. Enfin, les percussions s’illustrent particulièrement avant que l’orchestre ne plonge dans le jubilatoire final. Le public ne s’est pas trompé en applaudissant longuement l’ensemble des artistes de cette soirée et tout particulièrement le chef d’orchestre Pascal Rophé.

 

Crédit photographique : Pascal Rophé © Katie Vandyck

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