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Les Illusions perdues, sans audace

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Moscou. Théâtre d’État Bolshoï. 25-IV-2011. Leonid Desyatnikov (1955) : Les Illusions Perdues, ballet en trois actes, d’après le livret de Vladimir Dmitriev, d’après le roman de Balzac. Chorégraphie : Alexei Ratmansky. Mise en scène et Costumes : Jérôme Kaplan. Lumières : Vincent Millet. Dramaturgie : Guillaume Gallienne. Avec : Vladislav Lantratov, Lucien  ; Svetlana Lunkina, Coralie ; Yekaterina Shipulina, Florine, Alexander Volchkov, Premier Danseur  ; Alexander Petukhov, Camusot ; Alexei Loparevich, le Duc ; Denis Medvedev, le Maître de Ballet ; le Corps de Ballet du Théâtre Bolshoï. Orchestre National du Théâtre du Bolchoï, direction : Alexander Vedernikov.

Le Bolshoï maintient une politique active de créations de ballets qui, depuis la dernière décennie, apporte une vitalité surprenante dans une troupe qui a désormais un rang incontestablement élevé parmi la pléiade de compagnies nationales. Les Illusions Perdues, à l’origine un ballet soviétique du début des années 1930, dans lequel Galina Oulanova s’était notamment illustré, sert de canevas à afin d’exploiter la veine narrative d’un ballet de facture néoclassique. Avec une équipe dramaturgique française, le ballet ressemble toutefois furieusement à nombre de ballets à la Neumeier, ou dans une moindre mesure, ceux de Cranko. On n’est pas sans penser à la Dame aux Camélias, autant dans la volonté de prendre comme sujet central une œuvre majeure du dix-neuvième siècle (où sont développés des amours contrariés, une vision sociale des lieux de loisir, les positions sociales de la femme), que le traitement chorégraphique (qui mêle identification entre différents personnages (Lucien et le Premier Danseur), représentation théâtrale comme lieu d’action), que dans la construction dramaturgique (l’inévitable vision de la bien-aimée à travers un écran de tulle, les excès désespérés de Lucien esseulé). Un des temps importants du ballet est, procédé déjà usité dans les récentes Flammes de Paris, la représentation d’un ballet dans l’action du dernier acte. Il faut donc se départir certainement du roman de Balzac pour tenter de trouver une cohérence interne au ballet, qui a toutefois quelques difficultés à éclore tout à fait.

Dans tous les cas, le couple formé par la seconde distribution est sans commune mesure plus juste et dans l’esprit de ce qui semblerait idéal. Alors que les créateurs de la veille (les inévitables Vassiliev et Osipova) tentaient de paraître dans des rôles à l’épaisseur dramatique inhabituelle pour eux, , loin de toute hystérie déplacée, et avec une pudeur coutumière, démontre combien ce répertoire est fait pour elle ; dans la fragilité humble et aimante de Coralie s’épanouit sur les trois actes un rôle discret, aimant et féminin. , soliste montant de la troupe (il n’y a bien qu’en France où l’on attend des années avant de promouvoir un talent éclatant), rend subtilement les facettes naïves et contemplatives de l’émerveillement de Lucien dans un Paris sublimé à l’arrivée de celui-ci dans la capitale ; l’évolution scénique, avec la folie des fêtes, les honneurs qu’il reçoit en tant que compositeur (activité de Lucien dans le ballet, et non d’imprimeur/écrivain comme dans le roman), les amours et amitiés changeantes, et l’évanouissement des chimères, forme un ensemble qui laisse présager d’une exploitation de ses dons d’acteur impressionnante et promettant une carrière fort intéressante. Yekaterina Shipulina, dans le rôle de Florine, établit qu’elle est devenue une danseuse mature, ayant toute légitimité à aborder des rôles principaux de cette envergure, prouvant que sa progression ne doit qu’à son travail plutôt qu’à ses qualités intrinsèques par ailleurs fort avantageuses.

Musicalement, le consensus de la partition instrumentale n’irrite aucune oreille, et les seuls intermèdes chatoyants sont les trop rares passages chantés par un soprano, où l’évocation d’une certaine mélancolie n’est pas sans rappeler les Russian Seasons, où déjà s’étaient rencontré le talent des mêmes chorégraphe et compositeur.

On ne sait si l’œuvre survivra dans le temps, elle n’est ni à négliger, mais assurément elle doit être à parfaire pour maintenir une attention continue.

Crédit photographique : (Lucien), Yekaterina Krysanova (Florine)/Artem Ovcharenko (Premier Danseur) © Damir Yusupov/Bolshoi Theatre

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Moscou. Théâtre d’État Bolshoï. 25-IV-2011. Leonid Desyatnikov (1955) : Les Illusions Perdues, ballet en trois actes, d’après le livret de Vladimir Dmitriev, d’après le roman de Balzac. Chorégraphie : Alexei Ratmansky. Mise en scène et Costumes : Jérôme Kaplan. Lumières : Vincent Millet. Dramaturgie : Guillaume Gallienne. Avec : Vladislav Lantratov, Lucien  ; Svetlana Lunkina, Coralie ; Yekaterina Shipulina, Florine, Alexander Volchkov, Premier Danseur  ; Alexander Petukhov, Camusot ; Alexei Loparevich, le Duc ; Denis Medvedev, le Maître de Ballet ; le Corps de Ballet du Théâtre Bolshoï. Orchestre National du Théâtre du Bolchoï, direction : Alexander Vedernikov.

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