Karl Böhm, ou le Ring dans toute sa clarté

À emporter, CD, Opéra

Richard Wagner (1813-1883) : Der Ring des Nibelungen. Theo Adam, Wotan, Der Wanderer ; Birgit Nilsson, Brünnhilde ; James King, Siegmund ; Leonie Rysanek, Sieglinde ; Wolfgang Windgassen, Loge, Siegfried ; Gustav Neidlinger, Alberich ; Erwin Wohlfahrt, Mime ; Kurt Böhme, Fafner ; Martti Talvela, Fasolt ; Annelies Burmeister, Fricka, Siegrune, 2e Norn ; Soňa Červená, Rossweisse ; Helga Dernesch, Wellgunde, Ortlinde ; Ludmila Dvořáková, Gutrune ; Hermin Esser, Froh ; Josef Greindl, Hagen ; Ruth Hesse, Flosshilde (Rheingold) ; Marga Höffgen, 1e Norn ; Gertraud Hopf, Waltraute (Walküre) ; Erika Köth, Waldvogel ; Danica Mastilovic, Gerhilde ; Martha Mödl, Waltraute (Götterdämmerung) ; Gerd Nienstedt, Donner, Hunding ; Elisabeth Schärtel, Grimgerde ; Dorothea Siebert, Woglinde ; Anja Silja, Freia, 3e Norn ; Vera Soukupová, Erda ; Thomas Stewart, Gunther ; Liane Synek, Helmwige ; Sieglinde Wagner, Schwertleite, Flosshilde (Götterdämmerung). Chor (chef de chœur : Wilhelm Pitz) & Orchestre du Festival de Bayreuth 1966-1967, direction : Karl Böhm. 1 coffret de 14 CD Decca 4782367. Code barre : 0028947823674. Enregistré en public en juillet 1966 (Rheingold, Siegfried) et juillet 1967 (Walküre, Götterdämmerung) au Festspielhaus, Bayreuth. ADD. Notices trilingues (anglais, français, allemand) bonnes, synopsis de l’opéra sans livret. Durée : 13h39

 

Dans sa récente série « Collectors Edition » qui nous avait déjà valu la réédition d’une excellente intégrale des symphonies de Dvořák par Witold Rowicki, Decca republie purement et simplement le Ring légendaire de qui était d’abord paru en juillet 1994 sous boîtier de 14 CDs Philips (4460572). Tout comme l’intégrale Dvořák-Rowicki, ces enregistrements furent initialement publiés en microsillon par Philips. Le changement de label semble induire que la célèbre étiquette hollandaise, absorbée par le groupe Decca-Universal, soit condamnée à disparaître…

Les premières tentatives d’enregistrement du Ring de Wagner au Festspielhaus de Bayreuth remontent à août 1927, lorsque l’épouse de Siegfried Wagner, Winifred, permit à la Columbia anglaise d’y capter, en l’absence de public, des scènes de L’Or du Rhin, La Walkyrie et Siegfried sous la direction de Franz von Hœsslin : tentatives encore bien timides, mais qui furent associées aux sessions plus prestigieuses consacrées à Parsifal sous les baguettes de Karl Muck et Siegfried Wagner. Le label viennois Preiser a réédité en un CD l’ensemble de ces vénérables gravures sous la référence PR90393.

Après ces pionniers, mais avant la guerre 40-45, des enregistrements d’extraits du Ring, soit commerciaux soit issus de la radiodiffusion, furent accomplis par des personnalités telles que Karl Elmendorff (artiste Columbia) et Heinz Tietjen (artiste Telefunken), mais il fallut attendre la réouverture du Festival, au lendemain de la guerre, pour qu’à partir de la saison 1951, la plupart des productions soient enregistrées, sinon publiées. Des années 50, nous disposons ainsi de tout ou partie de Ring dirigés par Hans Knappertsbusch, Herbert von Karajan, Clemens Krauss, et surtout le trop sous-estimé Joseph Keilberth qui nous en laissa pas moins de cinq de 1952 à 1955.

Enfin, dans les années 60 où fut enregistré le Ring de , des représentations dont certaines ont été récemment commercialisées mettaient au pupitre Rudolf Kempe, Otmar Suitner ou Lorin Maazel. Mais un événement discographique sans précédent allait occulter ces productions : la toute première intégrale studio mondiale du Ring par Georg Solti pour Decca (1958-1966), d’ailleurs talonnée par celle d’Herbert von Karajan pour Deutsche Grammophon (1966-1970).

La version Böhm du Ring sous rubrique est composite et se situe chronologiquement à la charnière des deux précédentes : enregistrée en grande partie par Deutsche Grammophon en juillet 1966 pour Das Rheingold et Siegfried, et en juillet 1967 pour Die Walküre et Götterdämmerung (ces deux années, afin d’assurer que chaque rôle soit dévolu au même chanteur), elle ne fut gravée en microsillon qu’en 1973, car aucun enregistrement intégral du Ring capté à Bayreuth ne fut officiellement autorisé à la publication avant cette date, en raison du contrat d’exclusivité d’EMI négocié par le redoutable Walter Legge dès 1951. Historiquement, cette version Böhm du Ring est donc la première production « live » officielle de Bayreuth à avoir été commercialisée dans son intégralité.

On a beaucoup glosé sur les versions Solti et Karajan du Ring, et il est vrai qu’elles firent toutes deux sensation : la première, fidèle à la tradition, mettant en évidence l’aspect divin et surhumain des protagonistes, la seconde privilégiant la psychologie des personnages, leur vulnérabilité, en les humanisant systématiquement. Évidemment, la version studio de Solti était débarrassée de toute contrainte de mise en scène, tandis que celle de Karajan découlait des représentations au Festival de Salzbourg, qu’il voulait libérées – même jusqu’à l’orchestre – des traditions accumulées depuis la disparition de Wagner.

Karl Böhm, lui, était tributaire de la mise en scène dépouillée et controversée de Wieland Wagner qui mettait surtout en valeur la psychologie des personnages, et par la même occasion, clarifiait le message musical. Et cette collaboration a fonctionné à merveille : avant Karajan, Karl Böhm, en dirigeant Wagner tel qu’il est écrit, a démontré, avec des tempi plus vifs que de coutume, que l’orchestre wagnérien était tout aussi clair et transparent que celui de Mozart, permettant ainsi au texte poétique de s’épanouir dans toute sa limpidité. Non seulement l’intégrale du Ring en public de Böhm, bénéficiant par ailleurs, seule des trois, de l’admirable acoustique du Temple wagnérien, se situe chronologiquement entre celles de Solti et Karajan, mais surtout et avant tout, elle est l’idéale vision d’un immense chef, à mi-chemin entre la conception monumentale et impérieusement grandiose d’un Solti, et celle d’un Karajan qui était mise au service de la qualité dramatique et des suggestions psychologiques parfois au détriment de la solennité et la grandeur qu’implique le texte musical.

On aura donc compris que cette version intégrale du Ring par Karl Böhm, ayant l’avantage d’être captée en public au Festspielhaus, et la première approuvée officiellement pour publication par les instances de Bayreuth, reste toujours la plus recommandable – et cela vaut également pour les chanteurs de légende qui y ont idéalement honoré .

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