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Le bonheur est dans le parc

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris, Orangerie du parc de Bagatelle. 3 & 4-VI-2011. Concert I. Franz Schubert (17971828) : Trio en mi bémol majeur op. 100 (Andante con moto)  ; Eléonore Darmon, violon ; Claire-Lise Demettre, violoncelle, Victorien Vanoosten, piano. Quintette en do majeur à deux violoncelles op. 163 ; Quatuor Voce : Sarah Dayan, Cécile Roubin, violon ; Guillaume Becker, alto ; Florian Frère, violoncelle. Parrain : Gary Hoffman, violoncelle. Concert II : Antonín Dvořák (18411904) : Danses slaves op. 72, n°1, 2 et 7 ; Johannes Brahms (1833-1597) : Danses hongroises n°14, 15, 16 et 17. Natacha Kudritskaya, piano, Adam Laloum, piano ; Henrik Wieniawski (1835 -1880) : Polonaise en ré majeur ; Antonín Dvořák : Chanson que ma mère apprenait ; Pablo de Sarasate (1921-1992) : Airs bohémiens. Radu Bitica, violon, Natacha Kudritskaya, piano. Franz Liszt (1824-1894) : Rêve d’amour ; Rhapsodie hongroise n°15. Tristan Pfaff, piano. Antonín Dvořák : Quatuor à cordes n°12 en la majeur « Américain » (Lento). Bedřich Smetana (1824-1884) : Danse des comédiens. Quatuor Les anches Hantées : Romain Milhaud, Elise Marre, Nicolas Châtelain, Bertrand Hainaut, clarinettes

«Ce qui n’est pas accompli pour le bien des autres ne mérite pas d’être entrepris» écrit , présidente du jury musique de la Fondation d’Entreprise Banque Populaire citant une pensée bouddhiste qui résume à elle seule l’esprit de la Fondation et ses motivations. Savoir détecter l’artiste chez un virtuose, le faire jouer le plus possible, l’aider à se lancer dans les concours internationaux, lui demander des concerts dans les hôpitaux, auprès des handicapés, dans les prisons, contribuer aux «initiatives sociétales» de la Banque Populaire. Le vrai climat est crée, les musiciens jouent au maximum de leurs possibilités, le public est heureux, tout simplement. Les interprètes du trio doivent se lancer d’un coup dans l’Andante ; pas facile ni pour eux ni pour le public. Notre impression fugitive : doit s’affirmer mais la musicalité est là. Claire-Lise Démettre a une belle sonorité, ample et chaude. On sent chez Victorien Vanoosten, également chef d’orchestre, des dons sûrs d’accompagnateur (il a notamment pour partenaire ) et de chambriste. Un bémol cependant, concernant la programmation : dommage que ce trio ait été amputé. Habitude radiophonique désastreuse, surtout au concert. Jouant sur un Nicolo Amati de 1669 ayant appartenu à Leonard Rose, , dont la présence en impose, a su faire ressortir magnifiquement partie grave et dramatique qui donne sa couleur sombre à l’œuvre. Le nous transporta au bord de l’extase, dans ce chef d’œuvre de Schubert que chacun porte en soi. Sa prestation, ovationnée longuement, fut inouïe. La précision, l’homogénéité des musiciens est sidérante. C’est qu’ils ont le même sens de l’œuvre, de son unité, de son intériorité, comme une seule âme chantant avec ferveur à quatre voix respirant ensemble. Ils passent de l’angoisse lancinante à la douce et tendre lumière des mélodies apaisées. Des moments inoubliables, celui de l’Adagio, où le violon diaphane, si pur, de Sarah Dayan dialogue avec Gary Hoffmann qui l’écoute intensément tandis que les autres voix murmurent dans un long et admirable pianissimo ou encore la phrase de Guillaume Becker, bouleversante, dans l’allegretto. On ne peut jouer mieux ce quintette.

Merci encore à d’avoir rappelé l’importance culturelle de la musique des Gitans, des Bohémiens et des Tziganes, peuples qu’accablent trop souvent nos préjugés ignorants. et , premier prix du dernier Concours Clara Haskil, l’un et l’autre solistes de tout premier plan, forment un duo à quatre mains fusionnel. Ils chantent merveilleusement et avec le sens du rythme exact et savent passer de l’espièglerie au lyrisme langoureux et mélancolique des chansons. , ukrainienne et tellement française, danse en jouant, flamboyante, comme toujours, irradiant son talent et voyant juste dans tout ce qu’elle touche. Radu Bitica joue sur un violon signé Georgiu Tyr, prêté par Gordan Nikolic, il a le sens de ces mélodies qu’il joue avec une liberté contrôlée et fait merveille avec sa complice. qui remplaçait au pied levé, a été un peu trop sage mais impeccable. Même pour l’année Liszt, il ne faut pas tout transposer. Les Anches Hantées jouent très bien, c’est sûr, et ensemble, ce qui n’est pas aisé. Mais le Lento du quatuor américain transposé pour clarinettes perd de son charme, la ritournelle en perpetuum mobile disparaissant, et les danses de Smetana sonnent bien mais sans souplesse, bien sûr, comment faire autrement ? Le concert se prolonge parmi les chants d’oiseaux et les roses, par des échanges, au soleil, avec les artistes.

Crédit photographique : Eléonore Darmon © Abdallah Lasri

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