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Après la mort du disque ? Les concerts en téléchargement : l’option new yorkaise

À emporter, Actus Prod, CD, Sur le Web

Il est un fait acquis, le disque se meurt à petit feu. L’année 2010 et ce début d’année 2011 sont catastrophiques pour le disque en général et surtout pour le disque classique (-22% pour les ventes en France au premier semestre 2011). Longtemps relativement épargné le secteur classique, prend de plein fouet le contexte dégradé. Mais face à cette chute inéluctable, quelles sont les solutions mises en œuvre ? Nous aborderons aujourd’hui la vente de concerts numériques par des orchestres.

 

Il est un fait acquis, le disque se meurt à petit feu. L’année 2010 et ce début d’année 2011 sont catastrophiques pour le disque en général et surtout pour le disque classique  (-22% pour les ventes en France au premier semestre 2011). Longtemps relativement épargné le secteur classique, prend de plein fouet le contexte dégradé. Mais face à cette chute inéluctable, quelles sont les solutions mises en œuvre ? Nous aborderons aujourd’hui la vente de concerts numériques par des orchestres.

Petit retour en arrière. En 2006, Universal (DGG et Decca) annoncent, avec faste et grandiloquence, le lancement de séries de concerts en téléchargement, exclusivement achetables en support numérique. Le label jaune (DGG) qui renonçait aux disques physiques fit alors beaucoup gloser les commentateurs ! Le New-York Philharmonic, le Los Angeles Philharmonic, le furent les premiers à inaugurer cette collection pour DGG alors que Decca s’engageait avec le Philharmonia de Londres et le Gewandhaus de Leipzig. Les deux compagnies multiplièrent les signatures : BBC Symphony, DSO-Berlin, l’Orchestre philharmonique de Chine, les deux orchestres de Radio France, Birmingham Symphony Orchestra, Lincoln Center Chamber Music Society et même le légendaire Israël Philharmonic rejoignirent cette dream team.

Que reste-t-il cinq ans après ? Seul le Los Angeles Philharmonic reste suivi avec des concerts de pour DGG (mais avec des résultats artistiques très aléatoires ou le très bon côtoie le navrant). Echec donc ? Pas forcément !

Si la multinationale du disque a presque plié bagage, certainement à cause d’un marché immature, les orchestres, du moins les orchestres américains, ont pris la relève et leur destin en main. Ainsi, sur les plates-formes de téléchargement, il est loisible de faire l’acquisition de bandes de concerts du Philadephia Orchestra (si l’on souhaite se faire mal aux oreilles à écouter les Beethoven d’Eschenbach), de l’American Symphony Orchestra (si l’on cherche des œuvres rares comme Africa de Clifford Still ou la symphonie n°2 de  ) ou  le modeste orchestre de Milwaukee qui affronte le grand répertoire, sous la direction de son chef  Andreas Delfs.

En Europe, à l’exception de l’orchestre du Gurzenich de Cologne (créateur de la Symphonie n°5 de Mahler) qui a mis au point un service original : acheter en CD ou MP3 l’enregistrement du concert à la sortie de celui-ci, puis mise en ligne du concert, achetable en téléchargement, pour ceux qui l’ont raté, les orchestres du vieux continent sont à la traîne en matière de réflexion sur l’après CD.

Cet article souhaite d’attarder sur le cas du qui va plus loin. Le NY Phil a été l’un des premiers à opter pour les concerts en téléchargement, sous bannière DGG. Après la séparation avec le label jaune, ils ont continué à voler de leurs propres ailes avec une intégrale des symphonies de Mahler dirigée par lors de son ultime année en tant que directeur musical de la phalange (que nous n’avons pas eu le courage d’écouter). Mais un cran a été passé avec l’itunes pass. Ce dernier, lancé en 2009, vise à proposer, principalement en souscription, les concerts de son directeur musical : l’excellent (bien que scandaleusement trainé dans la boue par une partie des commentateurs européens…) . Pour 50 dollars, on peut donc écouter 12 concerts et 30 œuvres symphoniques. Le choix est vaste de l’opéra (Petite Renarde Rusée de Janáček) à l’oratorio (Mendelssohn)  en passant par les tubes symphoniques (Mahler et Ravel) ou les créations contemporaines (Lindberg ou Grisey).

, vice-président en charge de la communication de l’orchestre nous éclaire sur les motivations de l’orchestre américain : « nous pensons que l’industrie musicale est arrivée à une phase d’évolution intéressante. L’idée d’un enregistrement studio débouchant sur la production physique d’un disque est devenu quasiment impossible, sauf rares exceptions, à cause des couts prohibitifs générés ». Qui plus est, le NY Phil a dû s’adapter à une triste réalité « il n’existe presque plus de magasins de disques aux Etats-Unis, l’un des plus grands de New-York a définitivement fermé ses portes. Dès lors, tandis que la musique en téléchargement augmente rapidement (ndlr : aux USA essentiellement). C’est donc pour nous un moyen de nous adapter aux évolutions et tout compte fait, nous sommes certainement plus accessibles de par le monde qu’à l’époque du CD. Nos tournées sont également un bon vecteur de promotion de ces concerts en téléchargement ».En ce qui concerne la qualité audio de ces bandes de concerts, est rassurant envers les audiophiles exigeants « quatre des concerts de la saison 2009-2010 ont été édités en format haute résolution (sur le site américain HD tracks) et nous travaillons à sélectionner des concerts de  la saison 2010-2011 pour les éditer également en haute résolution. Sur itunes, les concerts sont diffusés en iTunes Plus Format (en 256 Kbps AAC qui est le maximum qualitatif proposé par Itunes même s’il reste inférieur au son du CD) ».

En Europe, ce pass n’est pas disponible en souscription, mais la plupart des concerts sont achetables à l’unité sur les sites légaux de téléchargement. On recommande particulièrement une exceptionnelle Symphonie n°3 de Mahler, qui s’impose comme l’une des plus grandes lectures contemporaines, et un album Beethoven puissamment charpenté, avec toute l’énergie granitique du New-York Philharmonic, qui additionne les Symphonies n°3 et n°8. Par ailleurs, ces concerts permettent de proposer des raretés comme les Quatre chants pour franchir le seuil de (la musique contemporaine est l’une des marottes d’) ou des œuvres majeures de la musique post-1945 comme les Métaboles de Dutilleux. Certes, il y a certains ratés comme un concert Webern/Brahms un peu routinier par sa Symphonie n°4 mais, à l’image de labels orchestraux autoproduits comme LSO live, il y a des sommets et quelques publications de moindre niveau. On notera par ailleurs que le n’a pas complètement abandonner le CD et s’apprête à enregistrer les symphonies de pour le label Da Capo, mais il s’agit d’une initiative soutenue par la famille royale du Danemark.

Mais reste une inconnue majeure les ventes ? Le New York Philharmonic n’a pas pu nous donner de chiffres précis. Il n’empêche, même si  l’instantané et ses faiblesses potentielles, l’emportent sur le produit discographique (des disques studios à l’image de ceux de Bis restent des modèles artistiques, éditoriaux et techniques), les formules de concerts en téléchargement et surtout en souscription restent une optique intéressante que l’on aimerait voir se développer sur cette rive de l’Atlantique où l’on reste désespérément frileux au risque de creuser sa propre tombe.

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