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Des salles de concert sur son PC

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Si vous ne pouvez suivre les concerts des grands orchestres de la planète, Universal vous les livre directement sur votre ordinateur par le biais du téléchargement. Une nouvelle piste pour un secteur du disque en proie à une interminable crise ?

 

Si vous ne pouvez suivre les concerts des grands orchestres de la planète, Universal vous les livre directement sur votre ordinateur par le biais du téléchargement. Une nouvelle piste pour un secteur du disque en proie à une interminable crise ?

Face aux problèmes de vente du disque classique et à leur diffusion de plus en plus délicate du fait de la quasi-disparition des rayons spécialisés (ce dont témoigne la récente fermeture de la chaîne de magasins Tower Records), le téléchargement peut devenir une piste intéressante, à l’image du succès rencontré avec les musiques de variété.

Longtemps en retard sur ce support (il semble important de rappeler que le premier téléchargement dans le domaine de la musique de variété remonte à une dizaine d’année), les éditeurs de musique classique s’y lancent peu à peu. Certaines institutions musicales comme le ou la Radio Suisse romande ont proposé, avec un grand succès, le téléchargement gratuit pendant une durée limitée de certains de leurs concerts. Mais il revient à Universal, via ses filiales DGG et DECCA, de se lancer dans une importante politique de vente, via la toile, de concerts issus de grandes institutions symphoniques comme les Philharmonies de Los Angeles et de New-York, le Gewandhaus de Leipzig ou le Chamber Orchestra of Europe.

Disponibles sur les plates formes musicales de fnacmusic, virginmega ou itunes, ces albums sont téléchargeables au prix de 9. 99 euros, soit près de la moitié du prix d’un album proposé sous forme de disque compact, en dépit de l’absence de livret en français. En contrepartie, l’internaute peut sélectionner les œuvres ou les mouvements sans avoir à acquérir l’intégralité du concert qui de toute manière est souvent plus généreux en minutage qu’un disque compact classique. Une manière de cibler autant un public nouveau, plus jeune, rebuté par l’achat d’un album entier que des fidèles du disque à la recherche de compléments discographiques. Pour l’instant les résultats présentés par Universal semblent encourageants pour ce support : un concert de symphonies de Mozart avec à la tête de son New York Philharmonic se classa seconde meilleure vente classique et trente-cinquième meilleure vente tous genres confondus sur itunes aux USA.

Le rythme de parution annuel envisagé est assez important : quatre concerts en moyenne par orchestre, tandis qu’un concert qualifié «d’exceptionnel» pourrait même faire l’objet d’une édition en CD. Resmusica. com vous propose un petit parcours à travers différents titres de cette série :

(1803-1869) : Les Nuits d’été, Op. 7 ; (1756-1791) : Sérénade, KV 250 «Haffner». , ténor ; Glenn Dicterow, violon ; New York Philharmonic, direction : Sir Colin Davis. Enregistré le 27 avril 2006 à l’Avery Fischer Hall de New-York.

Le New York Philharmonic est déjà bien représenté avec trois titres dans la série des concerts DGG. Sir officie ici dans un programme Berlioz-Mozart, répertoire qu’il connaît comme sa poche. Son accompagnement des Nuits d’été est un modèle de style, d’attention et de poésie. chante bien, dans un français compris et convenablement articulé, mais comme d’habitude avec ce chanteur, on a plus l’impression d’un savant exercice de style que d’un moment de musique. Les choses se gâtent avec la Sérénade Haffner de Mozart. La moins réussie de la série des sérénades, cette pièce souffre des teintes assez raides et sèches de l’orchestre, conduit avec un sens du phrasé un peu ronflant et suranné par le vieux chef anglais. La prestation soliste du premier violon de l’orchestre est à l’image de ce concert : probe mais guère enthousiasmante. La restitution sonore est également assez décevante : les cordes sonnent de manière trop acide et le manque de réalisme global de ce travail est assez flagrant.

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concertos pour piano n°17 KV 453 et n°18 KV 456  ; Symphonie n°33, KV 319. Chamber Orchestra of Europe, direction et piano : . Enregistré en juillet 2006 au festival Styriate de Graz.

On attendait beaucoup de ce concert mozartien proposé par . Déjà auteur d’un intéressant disque couplant les concertos n°6, 15 et 27, le pianiste français poursuit son exploration des concertos pour piano dirigés du clavier. Bis-repetita pourrait-on dire tant ce concert est la suite stylistique du disque Warner. L’orchestre manque toujours de précision et il semble plutôt livré à lui-même tandis que le soliste nous offre une lecture libre et profonde de ces partitions qu’il nettoie de toute scorie galante, insistant sur la logique interne et la progression de ces œuvres. Chaque phrasé, chaque détail, chaque nuance apportent un éclairage nouveau sur la partition. La prise de son est assez réussie en matière de réalisme et de présence, mais elle manque un chouia de chaleur. En complément, Aimard abandonne son piano pour conduire une interprétation convenable mais peu engagée de la Symphonie n°33. Certes toutes les notes et les nuances y sont, et les solistes de l’Orchestre de Chambre d’Europe s’épanchent dans les solos, mais on sent bien que le pianiste n’a pas le bras pour transcender cette symphonie. La prise de son s’avère pourtant réussie en galbe et profondeur. En conclusion, ce beau concert de festival peinera à trouver une place dans des discothèques archi-fournies de références mozartiennes.

Steve Reich (né en 1936) : Variations pour vents, cordes et claviers ; trois mouvements pour orchestre ; Tehillim. Synergy Vocals ; Los Angeles Philharmonic Orchestra, direction : Stefan Asbury. Enregistré en mars 2006 au Walt Disney Hall de Los Angeles.

On monte d’un sérieux cran avec un concert en hommage à la musique de . Il faut d’abord saluer un programme d’une grande intelligence qui peut faire office de portrait rêvé pour découvrir ce pape du minimalisme. L’interprétation est absolument idéale au niveau de la pulsion, des timbres et du vécu de ces musiques hypnotiques. Bien au-delà du simple concert, ces interprétations se hissent au sommet de la discographie surtout pour les superbes Trois mouvements pour orchestre et Tehillim, deux chefs-d’œuvre absolus de leur auteur et de deux monuments de l’Histoire de la musique. La prise de son rend bien justice à ce style de musique.

Robert Schumann (1810-1856) : Genoveva, ouverture, Op. 81 ; Concerto pour piano et orchestre, Op. 54  : symphonie n°4, Op. 120 (instrumentation de ). , piano ; Gewandhausorchester Leipzig, direction : . Enregistré en septembre 2006.

Le premier «Decca concert» semble le clou de cette série. Proposant une affiche de stars dans un programme en hommage à , cet album s’avère indispensable. Grande fidèle du concerto pour piano de Schumann, la pianiste argentine est en totale fusion avec le chef et son orchestre. Orchestre et piano dialoguent constamment, semblant ne former qu’un seul ensemble. La finesse et les couleurs du toucher uniques de la musicienne servent sublimement cette musique à fleur de peau. Curieusement jouée dans l’imposante et massive orchestration de , la Symphonie n°4 est enlevée avec panache et dynamisme par un des très grands jours qui se plaît à creuser une pâte orchestrale volcanique. Connu pour ses prises de son légendaires qui ont construit sa réputation, Decca se sort assez bien de l’exercice périlleux du format digital. Le résultat est assez ample, généreux dans les dynamiques et la restitution des couleurs, mais il manque encore de réalisme et de précision dans les tutti pour être entièrement convaincant.

Avec ses hauts et ses bas, cette série est tout de même d’un grand intérêt permettant l’édition de grands concerts (Schumann à Leipzig), de programmes rares (Reich à Los Angeles) ou de témoignages intéressants d’artistes de premier plan (Mozart à Graz). Les prises de son sont assez en retrait par rapport à certains produits studios symphoniques ultra léchés (on pense à l’intégrale Chostakovitch de Kitaenko ou l’intégrale Mahler de Tilson-Thomas), mais convenable pour des enregistrements de concerts. Espérons quand même que le milieu du classique saura cette fois se séparer de son éternel talon d’Achille : la surproduction, qui du CD au DVD aura contribué à sa chute vertigineuse.

Pour d’autres informations, il faut se reporter au site de présentation de ces concerts : www. deutschegrammophon. com/dg-concerts ou www. decca. com/deccaconcerts. Une conférence de presse en ligne avec Riccardo Chailly sera proposée aux internautes le 11 décembre prochain. Ces concerts sont téléchargeables sur www. virginmega. fr www. fnacmusic. com ou iTunes music store France.

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