Éditos

La polémique de l’été : Gidon Kremer/Verbier Festival

 

C’est donc la polémique de l’été ! Elle agite le petit monde musical et surtout le milieu anglo-saxon. Le violoniste , légende de l’archet, a précisé, dans une lettre ouverte, qu’il n’honorerait pas ses engagements de l’été au . Dans un texte publié sur le blog de notre confrère Norman Lebrecht, il met en avant son malaise devant l’évolution du monde de la musique classique qu’il juge de plus en plus inféodé aux règles du marketing et du renouvellement permanent. À ce titre, le Festival de Verbier, son sponsor officiel Rolex et sa pléiade de stars sont directement en ligne de mire. Son appel, largement diffusé sur la toile, et repris par un chef de la notoriété de Fabio Luisi alimente le débat.

Cela étant, si la musique classique est en phase de doutes et s’interroge, du moins dans les pays occidentaux, sur son devenir  (qui n’est pas rose), nous trouvons le texte de , en dépit de l’admiration que l’on porte à l’homme et l’artiste, à côté de la plaque !  Certes, le classique a cédé aux sirènes des tyrans de la communication. Est-ce un phénomène récent ? Absolument pas ! Que l’on se rappelle un Leopold Stokowski jouant dans des films ou s’affichant ouvertement aux bras de l’actrice Greta Garbo. Plus proche de nous, Herbert von Karajan a mis en scène les moindres éléments de sa vie et de son brushing ! Sans oublier Hélène Grimaud et ses loups ! C’était il y a plus de dix ans déjà ! Bien évidemment, la course à la nouveauté ou la « viande fraiche » pour reprendre les mots de Fabio Luisi n‘a pas cessé ! Mais là encore n’était-ce pas une évolution inéluctable ?

Le classique est archi-marginalisé dans les médias généralistes, porte d’entrée inévitable pour toucher le plus large public. D’un autre côté, la masse d’informations en tous genres est telle qu’il est indispensable de faire le buzz pour passer le cap de la notoriété. Certes, le transfert du marché de la musique vers l’Asie donne une surreprésentation  des jeunes  artistes asiatiques. Mais peut-on en vouloir aux firmes de disque de se placer sur l’un des seuls marchés porteurs de la musique (à ce titre la Corée est le cas unique au monde d’un pays où les ventes de disques classiques ne cessent d’augmenter) ? Sans aucun doute, Lang Lang, Yunja Wang et, Ray Chen sont des produits bien estampillés marketing (ce qui n’est pas incompatible avec un éventuel talent), mais les Tzimon Barto ou Alexis Weissenberg étaient-ils autre chose à leur éphémère époque ? Qui plus est,  comment ne pas s’étonner devant des formations musicales de haut niveau mais qui ignorent complètement des notions comme : le marketing, la communication, le droit ? Termes certes éloignés des fondements des conservatoires supérieurs mais ô combien indispensables dans le monde des années 2011 !

Il est légitime de comprendre qu’un homme sensible et intelligent comme Kremer, qui a connu les années d’or de la musique classique, se sente un peu égaré avec les mutations rapides du monde musical et avec le risque de disparition presque inéluctable  de la musique savante dans les pays occidentaux. Mais au lieu de taper sur les méchants agents et leurs  attachés de presse inféodés (à ce titre Norman Lebrecht est un as multi-médaillé), les artistes et organisateurs  ne devraient-ils pas réfléchir à améliorer le modèle des concerts qu’ils proposent et se poser des questions pourquoi leurs produits sont dans la plupart des cas guindés, coincés ou incapables, dans leur forme figée actuelle, de renouveler les publics ?

C’est pour ces raisons que l’attaque contre le festival de Verbier nous apparaît infondée. L’auteur de ces lignes a assez usé ses pantalons sur assez de festivals mondiaux pour trouver la manifestation suisse en tous points unique et exceptionnelle. Tout d’abord, pendant la durée du festival, la station vit par et pour la musique. Certes, le prix des concerts peut sembler élevé (en est-il différemment à Glyndebourne ou Lucerne ?), mais il existe des tas de manifestations gratuites dont des programmes de l’Académie qui démocratisent la musique jusque dans les télécabines ! Certes, il y a des stars, mais il y a toute une multitude de jeunes musiciens, des orchestres aux étudiants en passant par une semaine réservée aux amateurs (qui encadrés par des professionnels jouent de la musique de chambre). Par ailleurs, le bonheur de faire de la musique ensemble a, pour les artistes, toujours primé sur la hauteur des cachets. Par ailleurs, en quoi Verbier est-il un festival plus huppé que Salzbourg qui vit complétement renfermé sur ses places aux tarifs prohibitifs ou Orange, festival paralysée par une indigestion de naphtaline ? L’exploit du est d’avoir créé une dynamique autour de la musique et d’en faire quelque chose de fun avec des inévitables locomotives du box-office et des choix plus risqués ! Donc, au lieu de condamner Verbier, il faut s’en inspirer.

La musique classique est en danger, mais au lieu de ressortir les marronniers et de cibler les éternels méchants, il est urgent que tous les acteurs se mobilisent pour se renouveler !

 
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