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Magnifiques musiques issues du terroir flamand

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August De Boeck (1865-1937) : Rhapsodie Dahoméenne ; Concerto pour violon et orchestre ; Nocturne ; Dans la Grange (achevé par Emmanuel Geeurickx) ; Le petit Roi du Rhin, suite symphonique d’après l’opéra Les Nains du Rhin (arrangement de Frits Celis) ; Fantaisie sur deux Thèmes populaires Flamands. Ning Kam, violon. Vlaams Radio Orkest (Orchestre de la Radio Flamande), direction : Marc Soustrot. 1 CD Etcetera « Flemish Connection VII » KTC4024. Code barre : 8711801101835. Enregistré du 25 au 28 juin 2007 au Studio 4, Flagey, Bruxelles. Notices quadrilingues (anglais, français, allemand, néerlandais) excellentes. Durée : 71’10.

Flor Alpaerts (1876-1954) : Capriccio – Joie ; Pallieter ; Romanza pour violon et orchestre ; Ricercare ; Idylle d’Été ; Suite James Ensor. Guido de Neve, violon. Vlaams Radio Orkest (Orchestre de la Radio Flamande), direction : Michel Tabachnik. 1 CD Etcetera « Flemish Connection VIII » KTC4025. Code barre : 8711801102085. Enregistré du 14 au 17 mai 2007 au Studio 4, Flagey, Bruxelles. Notices quadrilingues (anglais, français, allemand, néerlandais) excellentes. Durée : 63’51.

 

Nous devons à deux de nos confrères d’avoir attiré l’attention sur la superbe série « Flemish Connection » du label néerlandais Etcetera, conçue en collaboration de la radio classique flamande Klara : Jean-Luc Caron nous en a chroniqué le volume IV relatif à plusieurs compositeurs flamands, tandis que Pierre-Jean Tribot nous a fait connaître le volume V consacré à la figure musicale attachante d’, pianiste virtuose et compositeur ami de Grieg. En voici les volumes VII et VIII respectivement dévolus à et .

(1865-1937), né à Merchtem, commune au nord-ouest de Bruxelles, reçut ses premières leçons musicales de son père, organiste de la commune, avant de les poursuivre de manière très complète au Conservatoire Royal de Bruxelles. Romantique dans l’âme, De Boeck fut fortement influencé par l’esthétique du Groupe des Cinq, surtout de Borodine. Homme simple et sincère, il était ennemi de tout artifice, et sa musique spontanée, admirablement ciselée, mélodieuse et colorée ne manque pas d’humour : il suffit d’écouter son « tube », la Rhapsodie Dahoméenne (1893) pour en être convaincu. Cette partition de relative jeunesse est une entrée en matière idéale à ce beau programme dont elle constitue une brève ouverture.

L’opéra Les Nains du Rhin (1906) eut un succès éphémère dû surtout à la médiocrité du texte, mais certainement pas à la musique dont le compositeur et chef d’orchestre Frits Celis, conscient de l’excellente qualité, tira opportunément une suite symphonique nommée Le petit Roi du Rhin, qui au moins permet à l’essentiel de cette musique de survivre.

La brève Fantaisie sur deux Thèmes populaires Flamands (1923) est l’une des pages les plus réussies d’August De Boeck, et à son sujet, on ne peut que reprendre les propos de son compatriote Jef Van Durme, élève d’Alban Berg : « C’est De Boeck, l’optimiste, en ce qu’il a de meilleur : l’œuvre déborde de trouvailles ironiques, de véritables espiègleries flamandes. Tant de vie sur sa palette orchestrale ! » Par ailleurs, le Nocturne de 1931 est l’un des joyaux du compositeur, tout de noblesse et de grandeur, d’un impressionnisme aux harmonies subtiles et suggestives.

Le Concerto pour violon (1934) ne cherche pas la virtuosité, mais bien une pure expression musicale, alternant de manière habile passages dramatiques et gais en un lyrisme qui ne se dément jamais. L’Andante fut terminé dès 1912, mais l’œuvre complète en trois mouvements dut donc attendre une vingtaine d’années pour être achevée.

August De Boeck était très proche du peuple et se sentait bien en milieu rural : il aimait écouter le son du moulin à farine dans une grange, et cela lui inspira sa dernière œuvre orchestrale, précisément Dans la Grange, avec en sous-titre Pierrot raconte une Histoire, un scherzo vif et suggestif reflétant le battage des fléaux. L’œuvre, inachevée, fut complétée par Paul Gilson après le décès de De Boeck, mais elle nous est présentée ici avec une nouvelle conclusion rédigée en 1986 par Emmanuel Geeurickx.

Tout ce programme August De Boeck est idéalement interprété par la violoniste , deuxième Prix du Concours Reine Élisabeth 2001, et le très talentueux dont le nom est bien connu des mélomanes, grâce notamment au Concours Reine Élisabeth, et à ses enregistrements somptueux d’œuvres de chez Timpani.

Il était grand temps que l’on consacre un disque entier à l’œuvre orchestrale de l’Anversois (1876-1954), et celui-ci est somptueux. Cadet d’August De Boeck d’une demi génération, Alpaerts n’eut pas une jeunesse facile, ses parents étant décédés très tôt. Cela ne l’empêcha pas de devenir, par le travail et la ténacité, chef d’orchestre, compositeur, pédagogue et directeur de renom. Toutes ces activités, notamment au Conservatoire Royal d’Anvers qu’il dirigera de 1934 à 1941, lui laissent trop peu de temps pour la composition, mais bien que modeste, le catalogue de ses œuvres est d’une qualité constamment élevée.

Deux œuvres dominent le répertoire orchestral : l’ample suite d’orchestre Pallieter (1923) d’après le roman éponyme de Felix Timmermans (1886-1947), et la Suite James Ensor (1930) rendant hommage comme il se doit au fabuleux peintre ostendais. L’auteur de ces lignes se souvient toujours de l’impression, proche de l’envoûtement, ressentie à son adolescence lors de sa première audition à la radio de cette somptueuse partition qu’est Pallieter et que le compositeur considère plutôt comme une symphonie à programme en trois parties : Un Matin de Mai, Soir d’Été et Fête de Noces. Il a existé un enregistrement 78 tours Telefunken de l’unique Fête de Noces par le légendaire Franz André à la tête de l’Orchestre Symphonique de la Radiodiffusion Nationale Belge, bien sûr non réédité… Aussi est-il vraiment essentiel de retrouver ici une version intégrale de Pallieter, d’autant plus désirable que l’interprétation de en est vraiment sensationnelle (comme d’ailleurs tout le reste de ce programme Alpaerts), restituant à merveille le caractère souvent impressionniste d’une partition véritablement wagnérienne. Un vrai chef-d’œuvre de la musique flamande !

La Suite James Ensor, c’est un peu les Tableaux d’une Exposition de Flor Alpaerts, avec à l’instar des créations du peintre ostendais tout ce que la musique peut avoir d’expressionniste, de fantasque, d’ironie moqueuse et de sarcasme angoissants. La première de l’ouvrage le 20 juillet 1930 au Kursaal d’Ostende combla de joie James Ensor, ce qui n’est guère étonnant à l’audition de cette suite où voisinent Christ à Bruxelles, squelettes se disputant un pendu, jardin d’amour et autre cortège infernal…

Ce CD est idéalement complété par trois courtes pages de Flor Alpaerts, dont cette belle Idylle d’Été (1928), sorte de prolongement de Pallieter, qui montre une fois de plus l’attachement de ce grand et généreux musicien à la nature et ses manifestations.

Ces deux disques sont de véritables joyaux qui font honneur à la série « Flemish Connection » du label néerlandais Etcetera, et on espère bientôt de leur part un CD consacré à un autre superbe compositeur flamand de cet Âge d’Or : Marinus de Jong (1891-1984) avec son oratorio Le Chant d’Hiawatha op. 37 ou du moins son poème symphonique épique Hiawatha op. 36, sans compter l’une ou l’autre de ses quatre symphonies.

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August De Boeck (1865-1937) : Rhapsodie Dahoméenne ; Concerto pour violon et orchestre ; Nocturne ; Dans la Grange (achevé par Emmanuel Geeurickx) ; Le petit Roi du Rhin, suite symphonique d’après l’opéra Les Nains du Rhin (arrangement de Frits Celis) ; Fantaisie sur deux Thèmes populaires Flamands. Ning Kam, violon. Vlaams Radio Orkest (Orchestre de la Radio Flamande), direction : Marc Soustrot. 1 CD Etcetera « Flemish Connection VII » KTC4024. Code barre : 8711801101835. Enregistré du 25 au 28 juin 2007 au Studio 4, Flagey, Bruxelles. Notices quadrilingues (anglais, français, allemand, néerlandais) excellentes. Durée : 71’10.

Flor Alpaerts (1876-1954) : Capriccio – Joie ; Pallieter ; Romanza pour violon et orchestre ; Ricercare ; Idylle d’Été ; Suite James Ensor. Guido de Neve, violon. Vlaams Radio Orkest (Orchestre de la Radio Flamande), direction : Michel Tabachnik. 1 CD Etcetera « Flemish Connection VIII » KTC4025. Code barre : 8711801102085. Enregistré du 14 au 17 mai 2007 au Studio 4, Flagey, Bruxelles. Notices quadrilingues (anglais, français, allemand, néerlandais) excellentes. Durée : 63’51.

 
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