La Scène, Musique symphonique

Bruxelles, le professeur Jurowski donne sa leçon de style

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Bruxelles. Palais des Beaux-Arts. 7-IX-2011. Modeste Moussorgsky (1839-1881) : Une Nuit sur le mont chauve (version originale) ; Serge Rachmaninov (1873-1943) : Rapsodie sur un thème de Paganini, Op.43 ; Franz Liszt (1811-1886) : Prométhée, poème symphonique, S.99 ; Alexandre Scriabine (1872-1915) : Prométhée, le poème du feu, Op.60. Nikolaï Lugansky et Igor Levit, piano ; The State Choir Latvija, London Philharmonic Orchestra, direction : Vladimir Jurowski.

Il faut être reconnaissant envers de se présenter, en tournée européenne, avec un programme rare et très intelligent.  Même si prises indépendamment, les partitions proposées lors de ce concert ne sont pas des raretés à proprement parler, additionnées sur une soirée, elles en deviennent exceptionnelles ! Le chef s’éloigne ainsi des programmes téléphonés de ses confrères de l’école russe qui ressassent sempiternellement la même poignée de tubes (on pense en particulier à Tugan Sokhiev visiblement incapable de programmer en tournée autre chose qu’une demi-douzaine de partitions). est un artiste qui aime se mettre en danger et offrir des nouveautés, on ne peut que l’en remercier !

La version originale de la Nuit sur le mont chauve est bien plus intéressante et plus radicale que la relecture de Rimski-Korsakov que l’on joue habituellement. Jurowski met d’emblée la barre très haute avec une interprétation éruptive et très verticale qui place à l’avant plan les options orchestrales de ce compositeur de génie dans un rouleau compresseur instrumental !  Sans transitions car le piano est déjà sur scène, le chef est rejoint par le virtuose Nikolaï Lugansky pour les Variations sur un thème de Paganini de Rachmaninov. Le pianiste fait feu de tout bois. Il fait valoir sa technique phénoménale pour transcender tous les aspects de cette pièce. Lugansky possède une puissance hors normes, mais à l’inverse d’un Matsuev, qui ne semble être de plus en plus qu’un simple cogneur, le musicien sait varier les couleurs et les nuances pour illuminer dans un feu d’artifice musical une partition qui ne masque pas certaines faiblesses.

La seconde partie du concert était dédiée à des lectures du mythe de Prométhée. Dans le poème symphonique de Liszt, Jurowski en évacue toute la pompe pour livrer une interprétation tendue et nerveuse qui valorise la science l’orchestration du compositeur. Quant au Prométhée de Scriabine, il fut sans conteste le sommet ce concert. Le chef, rejoint par le jeune pianiste et les forces chorales de Lettonie, rend toutes les facettes d’un orchestre extatique et puissant. Jurowski ne cherche pas les effets telluriques ou l’énergie intrinsèque de la partition, comme un Svetlanov ou un Gergiev, mais il pétrit une pâte orchestrale lumineuse réglant méticuleusement les dynamiques. Le chœur national de Lettonie fait preuve d’une homogénéité et d’une puissance de projection qui viennent couronner cette lecture magistrale de ce chef d’œuvre.

En dépit de minimes scories techniques, le London Philharmonic a fait corps avec son directeur musical, témoignant d’une énergie et d’une envie de jouer véritablement communicatives !

Crédit photographique :  Richard Cannon

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Bruxelles. Palais des Beaux-Arts. 7-IX-2011. Modeste Moussorgsky (1839-1881) : Une Nuit sur le mont chauve (version originale) ; Serge Rachmaninov (1873-1943) : Rapsodie sur un thème de Paganini, Op.43 ; Franz Liszt (1811-1886) : Prométhée, poème symphonique, S.99 ; Alexandre Scriabine (1872-1915) : Prométhée, le poème du feu, Op.60. Nikolaï Lugansky et Igor Levit, piano ; The State Choir Latvija, London Philharmonic Orchestra, direction : Vladimir Jurowski.

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