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René l’énervé, ou Jean-Michel Ribes au pays d’Offenbach

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Paris. Théâtre du Rond-Point. 8-IX-2011. Reinhardt Wagner (né en 1956) René l’énervé, opéra bouffe et tumultueux en deux parties sur un livret de Jean-Michel Ribes. Mise en scène : Jean-Michel Ribes. Costumes : Juliette Chanaud. Lumières : Fabrice Kebour. Chorégraphie : Lionel Hoche. Avec : Sophie Angebault, Gaufrette / un Con de la Nation ; Gilles Bugeaud, le vieux Pacha / Foculot / un philosophe / le maître d’hôtel / l’huissier ; Benjamin Colin, un opposant / un Con de la Nation / l’officier ; Caroline Arrouas, chœur antique / Caramela ; Camille Blouet, Camille / Charlotte / un Con de la Nation ; Till Fechner, Hurtzfuller ; Sinan Bertrand, un philosophe / un opposant / un écolo ; Claudine Charreyre, chœur antique / un Con de la Nation / Piratella ; Emmanuelle Goizé, Ginette / une écolo ; Sophie Haudebourg, Fleur de blé / une opposante ; Antoine Philippot, un philosophe / un militant / un Con de la Nation / Conjay / le Ministre de la tête droite et du menton en l’air / le Pape ; Fabrice Schillaci, Timounet / un militant / un opposant / un Con de la Nation / Jobar ; Jacques Verzier, René 2 / chœur antique ; Sébastien Lemoine, Judasso / Gengis Khan ; Rachel Pignot, l’infirmière / une opposante, une écolo ; Guillaume Sevarec-Schmitz, chœur antique / un Con de la Nation ; Benjamin Wangermée, Karl / un écolo / le Ministre pour-la-modestie-on-ne-craint-personne ; Jeanne-Marie Lévy, Mamaman / une opposante ; Alejandra Radano, Bella Donna / une opposante / une écolo ; Gilles Vajou, Jessantout / un opposant ; Thomas Morris, René. Noémie Pumet, violon ; Laurent Desmurs, piano ; Jean-Yves Dubanton, guitare et percussions ; Ghislain Hervet, clarinette et saxophone baryton ; Maëva Le Berre, violoncelle ; Dominique Vernhes, flûte, accordéon et saxophone ténor. Direction Delphine Dussaux.

Au siège du parti majoritaire, l’heure est au choix d’un nouveau candidat. Le Vieux Pacha, trop gaga, ne se représentera plus. La préférence va à René, toujours énervé, toujours courant, bourré d’idées pleines de bon sens, à base de jets d’eau sous pression, car « pas d’idéologie, et beaucoup d’énergie, le succès est garanti ». Il est soutenu par le ministre Hurtzfuller, qui aime l’Arabe quand il est blond, et qu’il peut  vivre en harmonie avec ses amis du Cantal. Les Gens Chics sont contents, car « mieux vaut un va-t-en guerre qu’un universitaire », les Amis de la Finance le couvrent de montres en or en chantant « bling-bling ». Ailleurs, les Philosophes Nouveaux discourent dans le vide, préoccupés de leur prochain passage à la télé. Les écolos de Fleur de blé (« marchons pieds nus dans l’herbe, mangeons sain, mangeons frais, nous n’aurons pas la gerbe, ni la colique après » ) et les Cons de la Nation (« petit drogué, petit bougnoule, petit bouffeur de semoule, à tes fesses fait attention, voilà les Cons de la Nation ») suivent le mouvement. Dans l’opposition, Ginette court dans tous les sens, sans écouter personne, tandis que Gaufrette affirme ne pas dormir, mais chercher sous l’édredon, une solution pour la révolution. Judasso et Foculot se sauvent pour rejoindre le nouveau gouvernement, pendant que Gengis Khan prône la raie au milieu et le rapprochement vers le centre, avant de mourir d’un coup de foudre, braguette grande ouverte. Toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé, etc…

Avec ces personnages, qui ne sont pas vraiment des caricatures, mais plutôt des évocations de personnages ou de situations contemporaines, Jean-Michel Ribes ne fait pas acte de militantisme, ne propose pas de solutions à la crise politique, mais pose tout simplement un regard mi-acerbe, mi-amusé sur les travers de notre époque, tout comme l’a fait Offenbach au temps du Second Empire. La plume est acérée, les formules font mouche, la forme, versifiée, organisée en scène portant un titre, se rapporte délibérément au classicisme le plus pur. L’action est d’ailleurs ponctuée par les commentaires d’un chœur antique, qui sera reconduit en charter à la frontière avant la fin de l’ouvrage, car les Grecs, n’est-ce pas, sont toujours un peu métèques.

On pourra cependant reprocher à ce brillant pamphlet (presque trois heures !) son excessive longueur, surtout dans la deuxième partie, où l’on aurait pu aisément raccourcir les interventions superflues de René 2 et de la deuxième épouse, Bella Donna. Une bonne demi-heure d’ennui précède ainsi deux scènes finales suffocantes, qui ne prêtent vraiment plus à rire.

Tout comme dans les oeuvres d’Offenbach, la musique est brillante, savante sans être rebutante. , plus connu comme compositeur de musique de film, propose une partition enjouée, dans le style d’un excellent musical, non ! pas les cochonneries comme les Misérables ou Mozart l’opéra rock, mais louchant plutôt vers le style de Kurt Weill, avec des réminiscences de jazz, incluant également des rythmes de tango, de musiques du monde, et bien d’autres références honorables.

Les vingt et un chanteurs, connus () ou moins connus, certains ayant beaucoup fréquenté la troupe des Brigands (, , ) forment une troupe soudée, chacun incarnant plusieurs rôles en plus des chœurs, avec une telle rapidité que les changements de costumes ressemblent à une performance athlétique ! Dans la mesure où ils sont équipés de micros, indispensables à la compréhension totale du texte et à l’effervescence scénique, on ne se risquera pas à une analyse vocale détaillée, mais tous sont éblouissants de vie et d’engagement, tout comme les six musiciens de la fosse.

Tout comme dans les œuvres d’Offenbach, ce petit brûlot évoquant l’actualité politique de ces cinq dernière années n’évoquera plus rien aux spectateurs du siècle prochain. Qu’importe ! Pendant quelques mois, on se sera bien amusé…

Crédit photographique : Giovanni Cittadini Cesi

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Paris. Théâtre du Rond-Point. 8-IX-2011. Reinhardt Wagner (né en 1956) René l’énervé, opéra bouffe et tumultueux en deux parties sur un livret de Jean-Michel Ribes. Mise en scène : Jean-Michel Ribes. Costumes : Juliette Chanaud. Lumières : Fabrice Kebour. Chorégraphie : Lionel Hoche. Avec : Sophie Angebault, Gaufrette / un Con de la Nation ; Gilles Bugeaud, le vieux Pacha / Foculot / un philosophe / le maître d’hôtel / l’huissier ; Benjamin Colin, un opposant / un Con de la Nation / l’officier ; Caroline Arrouas, chœur antique / Caramela ; Camille Blouet, Camille / Charlotte / un Con de la Nation ; Till Fechner, Hurtzfuller ; Sinan Bertrand, un philosophe / un opposant / un écolo ; Claudine Charreyre, chœur antique / un Con de la Nation / Piratella ; Emmanuelle Goizé, Ginette / une écolo ; Sophie Haudebourg, Fleur de blé / une opposante ; Antoine Philippot, un philosophe / un militant / un Con de la Nation / Conjay / le Ministre de la tête droite et du menton en l’air / le Pape ; Fabrice Schillaci, Timounet / un militant / un opposant / un Con de la Nation / Jobar ; Jacques Verzier, René 2 / chœur antique ; Sébastien Lemoine, Judasso / Gengis Khan ; Rachel Pignot, l’infirmière / une opposante, une écolo ; Guillaume Sevarec-Schmitz, chœur antique / un Con de la Nation ; Benjamin Wangermée, Karl / un écolo / le Ministre pour-la-modestie-on-ne-craint-personne ; Jeanne-Marie Lévy, Mamaman / une opposante ; Alejandra Radano, Bella Donna / une opposante / une écolo ; Gilles Vajou, Jessantout / un opposant ; Thomas Morris, René. Noémie Pumet, violon ; Laurent Desmurs, piano ; Jean-Yves Dubanton, guitare et percussions ; Ghislain Hervet, clarinette et saxophone baryton ; Maëva Le Berre, violoncelle ; Dominique Vernhes, flûte, accordéon et saxophone ténor. Direction Delphine Dussaux.

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