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Jean Cartan ou le génie décapité

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Jean Cartan (1906-1932) : Quatuor à cordes n°1 ; Introduction et Allegro pour flûte, hautbois, clarinette, cor, basson et piano ; Sonatine pour flûte et clarinette ; Quatuor à cordes n°2. Ensemble Stanislas : Olivier Sauvage, flûte ; Pierre Colombain, hautbois ; Philippe Moinet, clarinette ; Nicolas Tacchi, basson ; Pierre Riffault, cor ; Catherine Chaufard, piano. Quatuor Stanislas : Laurent Causse et Bertrand Menut, violons ; Marie Triplet, alto ; Jean de Spengler, violoncelle. 1 CD Timpani 1C1187. Code barre : 3377891311872. Enregistré en juin 2010 et février 2011 salle Poirel (Nancy). Notice bilingue (français, anglais) excellente (Jacques Tchamkerten). Durée totale : 60’53

 

fait partie du club retreint des compositeurs emportés dans la fleur de l’âge avant leur trentième année. Issu d’une famille de scientifiques français, si son père associe son patronyme à celui d’Einstein au sujet de la relativité, Jean rattache le sien à Widor et Dukas parmi ses professeurs, Messiaen et Duruflé parmi ses camarades de classe. Il commence à composer vers 1925 quelques mélodies, un Pater pour solistes, chœurs et orchestre et de la musique de chambre dont les cinq pièces enregistrées ici constituent l’intégralité. En tout, une douzaine d’œuvres seulement, avant d’être emporté parla tuberculose à la de fin mars 1932.

Chronologiquement, Cartant compose entre 1926 et 1930 l‘Introduction et Allegro pour flûte, hautbois, clarinette, cor, basson et piano (la même formation que le Divertissement op. 6 de Roussel, son maître à penser qui suivra toute sa carrière non sans l’influencer), le Quatuor n°1 (1927) dédié justement à Roussel, le Quatuor n°2 (1930) – ces trois morceaux étant inédits au disque – et enfin la Sonatine pour flûte et clarinette (1931).

Dans un paysage musical extrêmement riche et saturé ouvert aux multiples influences et innovations, la voix suivie par dans cette entre-deux-guerres bouillonnante n’emprunte ni la voix de la subversion ni celle du refuge néoclassique. Le langage est original et surtout très personnel. Bien que s’inscrivant dans un cadre plutôt classique au niveau formel, son contenu ne se laisse pénétrer ni par la mode ni par les facilités. Bien au contraire, un chant tout à fait authentique s’exprime, bien ancré dans un vingtième siècle mêlant dissonances réfléchies et colorées, parodies (quatuor n°1, II) et pastiche (id., III), thèmes d’allures populaires retravaillés (id., I et IV). Le travail contrapuntique parfois très élaboré sous forme de fugato ou de multiplication thématique (quatuor n°2) l’amèneront dans des régions très avancées où évoluent des terrains mouvants le projetant aux bords de l’atonalité. En si peu de temps, il sera aisé de sentir cette évolution poussée vers une modernité dont on ne saura jamais quelle en aurait pu être la limite.

Jean Cartan n’est pas un bluffeur jeteur de poudre aux oreilles. La  sincérité qui émane de ce langage s’incarne parfaitement dans l’interprétation engagée de l’Ensemble et du , actifs défenseurs de la musique française chez le même éditeur (voir ses publications de Maurice Emmanuel, Guy Ropartz et Florent Schmitt). Un très bon point en tout cas pour le remarquable quatuor n°2 qui sait trouver la clarté dans la complexité et ne cherche jamais à édulcorer l’âpreté voulue des cordes.

Nicolas Mesnier-Nature

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